Accueil Blogues Guillaume Roy Les astres s’alignent pour donner plus de valeur à la fibre de bois

Les astres s’alignent pour donner plus de valeur à la fibre de bois

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art6-photo2Stratégie 2012-2017 : Pour transformer l'industrie québécoise des produits forestiers

Les astres s'alignent pour donner plus de valeur à la fibre de bois

Au mois de juillet, le gouvernement lançait la Stratégie 2012-2017 : Pour transformer l'industrie québécoise des produits forestiers. Une initiative supplémentaire qui permettra au Québec de continuer de s'affirmer comme un leader mondial dans la transformation des produits forestiers.

« Essentiellement, c'est une stratégie très en ligne avec la vision d'avenir du CIFQ sur la transformation de l'industrie et sur La voie biotechnologique de l'APFC », croit André Tremblay, président-directeur général du CIFQ. Même si 268 M$ ne représente pas une somme astronomique pour l'instant, estime M. Tremblay, pour une fois la stratégie a le mérite d'être claire. « On sait dans quelle direction le gouvernement veut aller ».

Selon Greg Hay, directeur exécutif à PAPTAC, « cette stratégie emboîte le pas à d'autres initiatives lancées au cours des dernières années par l'APFC, le CIFQ, le réseau de recherche universitaire FIBRE et FPInnovations. »

De son côté, Jean Hamel, vice-président du secteur pâtes et papiers à FPInnovations, souligne que « la stratégie prend une approche de gestion de l'innovation avec un focus sur la recherche et sur les voies les plus prometteuses qui rejoint la vision de FPInnovations ». La base de la stratégie est d'amener de nouveaux produits sur les marchés.

Les temps changent

L'industrie des pâtes et papiers a grandement évolué au cours des dernières années. Selon Jean Hamel, deux constats s'imposent. Primo, l'industrie accepte maintenant que les choses changent. Des marchés ont complètement disparu faisant en sorte que plusieurs usines ont fermé. « Nous n'étions pas mauvais à faire du papier, mais ce sont les marchés qui ont fermé les usines. »

Deuxio, tout le monde travaille dans la même direction. La recherche fondamentale, la recherche appliquée, les gouvernements et les entreprises travaillent dans le même sens pour développer de nouveaux produits. Les gouvernements ne font pas que soutenir l'innovation, mais ils investissent aussi dans les compagnies comme ils l'ont fait avec Celluforce. Ils partagent ainsi une part du risque. Selon M Hamel, qui est également président de Celluforce, les usines de démonstration font partie de la formule gagnante pour favoriser un développement accéléré des nouveaux produits. « Avec de nouveaux matériaux, il y a toujours le syndrome de l'œuf et de la poule. Il faut attirer les clients à utiliser un produit qu'ils ne connaissent pas et trouver des investisseurs pour un produit dont le marché est inexistant. »

Grâce à la recherche, aux investissements privés et gouvernementaux, à la vision concertée des différents intervenants, la première usine de nanocellulose cristalline au monde a vu le jour au Québec. Les fonds alloués au développement des biotechnologies et à l'implantation d'unités de démonstrations ne pourront qu'aider à trouver de nouveaux débouchés à la fibre de bois.

« Canadians are kicking our ass »

Le Canada et le Québec sont en pôle position pour tirer profit de la révolution biotechnologique. Jean Hamel témoigne que dans une conférence de l'agenda 2020, des leaders américains avouent qu'ils sont en train de se faire damer le pion par les Canadiens (« Canadians are kicking our ass! »).

En Europe comme aux États-Unis, les experts se demandent comment le Canada a réussi à aligner tous les intervenants dans la même direction tout en stimulant les investissements majeurs dans les secteurs en émergence. « On doit être fiers du travail accompli jusqu'à maintenant. Il reste beaucoup de travail à faire, car il y a tellement de changements en cours, des défis auxquels nous devons faire face pour continuer à maintenir l'industrie la plus profitable. Nous avons besoin de produire des produits à haute valeur ajoutée pour tirer le maximum de profit de l'arbre », note Jean Hamel.

Partenariats recherchés

Jean Paris, professeur en génie papetier à la Polytechnique, croit que ce ne sont pas tous les produits issus du bois qui seront rentables et commercialisés. « Nous devons partir des besoins et d'opportunités de marchés pour développer de nouveaux produits et non pas des possibilités technologiques, car il y a des centaines de produits que l'on peut fabriquer avec de la biomasse forestière. »

Selon ce dernier, la collaboration avec d'autres industries qui fabriqueront les produits finis est très importante. « L'industrie papetière fabriquera probablement des produits intermédiaires. Prenons l'exemple de la lignine. Je ne crois pas qu'une usine papetière finira par faire de la fibre de carbone, mais plutôt de la lignine prétraitée. »

Mohammed Benyagoug, directeur général du Consortium de recherche et innovation en bioprocédés industriels au Québec (CRIBIQ), croit que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour soutenir le bioraffinage. « Le Québec traîne de la patte dans la fabrication d'intermédiaires chimiques que l'on appelle les molécules plateformes, ou building blocks en anglais ». Pourtant, le Québec possède une bonne masse critique de chercheurs pour se démarquer dans ce domaine, ajoute M. Benyagoub. Au cours des prochaines années, le CRIBIQ tentera de créer des liens entre les producteurs de biomasse forestière et l'industrie chimique afin d'accélérer le processus de développement de cette filière.

« Il y a des rapprochements à faire avec beaucoup d'autres industries, comme la pétrochimie, le maquillage, l'aéronautique. C'est intéressant, mais il reste à voir comment les ponts vont se faire entre des industries qui n'ont jamais eu de rapport dans le passé », souligne Greg Hay, qui croit qu'une démarche « outside the box » sera nécessaire pour que l'industrie puisse créer un maximum d'emploi.

Il n'y a pas que l'industrie papetière et forestière qui est en turbulence, croit Jean Hamel. D'autres secteurs, comme celui de la pétrochimie doit faire face à des défis similaires. « Ils sont à la recherche de produits plus verts, qui produisent moins de carbone, qui consomment moins d'énergie et qui sont moins nocifs pour l'environnement. Tranquillement, les arrimages sont en train de se faire. »

Renouvellement de la main-d'œuvre

Un autre point fort de la stratégie gouvernementale est d'avoir souligné que des efforts devront être faits pour renouveler la main-d'œuvre. « Il y a urgence d'agir, estime Mariya Marinova, chercheuse au département de génie chimique à la Polytechnique. La formation de la main-d'œuvre est un gros problème. Il y a eu une grande baisse d'intérêt dans le domaine. Les récents débouchés avec le bioraffinage et la conversion de la biomasse intéressent beaucoup les nouveaux étudiants. »

Selon Denis Trottier, adjoint parlementaire à la forêt, la stratégie de valorisation des produits forestiers sera soutenue pleinement par le nouveau gouvernement péquiste. « Une chose est sûre, le monde forestier va redevenir une priorité du gouvernement ». Dans une allocution prononcée lors de la campagne électorale en Mauricie, Pauline Marois s'est également prononcée sur le sujet.

« Pour favoriser l'innovation et le développement de nouveaux marchés, j'entends personnellement m'impliquer afin de rassembler les entrepreneurs, les travailleurs, les spécialistes et les universitaires, ainsi que les instances gouvernementales. C'est ensemble que nous pourrons établir les grandes orientations pour développer des produits à forte valeur ajoutée et projeter notre industrie dans le XXIe siècle ».


Le bois a toujours fait partie de notre quotidien. Avec l'engouement pour des produits plus verts et les développements pour rendre les dérivés du bois plus compétitifs, la fibre de bois se retrouvera dans une gamme impressionnante des produits de la vie courante. Bioplastiques, cosmétiques, produits pharmaceutiques, produits chimiques, biocarburants, matériaux composites et j'en passe. Grâce aux synergies créées entre les différents acteurs, le Québec est dans la position de tête pour profiter pleinement de la révolution biotechnologique, et ainsi créer un maximum d'emplois.

Les secteurs traditionnels doivent demeurer en santé pour maintenir l'industrie à flot. Mais étant donné que des marchés ont disparu, l'innovation est la clé pour tirer un maximum de valeur de l'arbre. Faire plus avec moins, voilà le défi à relever au cours des prochaines années.

Grâce à un bon diagnostic de la situation, la stratégie gouvernementale a bien ciblé les secteurs d'intervention. Un pas de plus dans la bonne direction.


 
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