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Une industrie première de classe

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Il est facile ces jours-ci de tomber dans le pessimisme généralisé et de partager la vision populaire (et journalistique) de l'industrie papetière, c'est-à-dire celle d'une industrie sur le déclin. Mais entre la fermeture pour une période indéfinie de Papiers Fraser à Thurso et la véritable saga de la restructuration financière d'AbitibiBowater, j'ai été (heureusement) ramené à la réalité par un dossier du journal Les Affaires du 30 mai sur le développement durable.

On y apprend en effet que pas une, pas deux mais bien trois compagnies papetières québécoises figurent dans le Top 20 des meilleures entreprises citoyennes de la province, c'est-à-dire Tembec, Cascades et Domtar. En environnement, les trois compagnies occupent le podium du Top 5, suivies de la Banque Royale en quatrième position et de Transcontinental en cinquième place, ce qui témoigne de tout le chemin parcouru par les papetières pour devenir des citoyens éco-responsables. Cascades et Domtar figurent, il va sans dire, dans le palmarès des compagnies avec la meilleure gouvernance en matière de vision durable. De véritables premières de classe.

A cet égard, le chemin parcouru par Domtar est remarquable. La direction a su positionner l'entreprise en offrant la plus importante gamme de papier écologique en Amérique du Nord. En effet, les papiers Domtar Earth Choice proviennent de forêts gérées de façon durable et sont certifiés par le Forest Stewardship Council, la certification la plus élevée dans ce domaine. Le FSC certifie donc toute la « chaîne de traçabilité » de Domtar, y compris ses scieries, ses papetières et ses produits finis. Une telle adhésion à un programme de gestion durable crée des petits et Domtar ne saurait se contenter de cette initiative. Guy Boucher, VP, Développement durable de la compagnie, ajoute que les exigences envers ses fournisseurs s'amplifient et que ceux-ci sont incités eux aussi à aller chercher une certification. En 2008, Domtar s'est jointe au North America Forest & Trade Network pour éliminer la déforestation illégale.

Et malgré tous ces pas franchis, Domtar a encore du chemin à faire, notamment du côté des émissions de gaz à effet de serre. Celles-ci ont chuté de 21,6% depuis 2002, ce qui est supérieur aux exigences du Protocole de Kyoto. Mais Domtar doit composer avec un handicap de taille : la majorité de ses usines sont situées aux États-Unis et elles utilisent le charbon comme source d'énergie. Avec le resserrement appréhendé des normes environnementales sous le gouvernement de Barack Obama, Domtar n'aura pas le choix d'améliorer l'efficacité énergétique de ses usines et de trouver du charbon de meilleure qualité, moins polluant.

Rendez-vous manqué (1)

Si la gestion durable constitue un bel exemple de pro-activité de la part de l'industrie papetière, il faut se questionner sur sa capacité à répondre à la demande du marché en papier écologique. Les éditeurs de plus de 600 magazines, journaux et livres ont besoin de 550 000 tonnes supplémentaires de papier recyclé pour cheminer vers les exigences du marché, ce qui équivaut à un contrat d'environ 560 millions$. Même si une compagnie comme Cascades répond tant bien que mal à cette demande en contenu recyclé, force est de constater l'écart entre l'offre et la demande, l'industrie mobilisant ses forces vives pour combattre la tourmente économique. Rappelons-nous qu'il y a deux ans, Kruger annonçait un projet de nouvel atelier de désencrage à l'usine de Trois-Rivières, un projet de 200 millions$, subventionné en partie par le gouvernement du Québec. Depuis, les prix des papiers recyclés se sont effondrés et la récession économique a fait le reste, obligeant Kruger à mettre le projet en veilleuse. Faut-il rappeler que l'industrie papetière québécoise, qui s'est assise sur ses lauriers dans les années 80, a un besoin criant de projets de ce type pour se renouveler et assurer sa place sur les marchés mondiaux? Il y a vingt ans, les dirigeants ont fait preuve d'un manque de vision et de courage. Aujourd'hui, on peut blâmer l'absence cruelle de capitaux. Le résultat demeure le même : il devient de plus en plus difficile de concurrencer les multinationales américaines, finlandaises et brésiliennes en terme d'offre de produits et de coûts de production. Le projet de Kruger, s'il se réalise, permettrait à la papetière de devenir un chef-de-file nord-américain dans les papiers de publication à contenu élevé en fibres recyclées. Mais dans un an ou deux, cela sera sans doute trop peu, trop tard.

Rendez-vous manqué (2)

Pour la deuxième année consécutive, le Congrès CFP (Carton, fibre, papier) a été annulé. Depuis deux ans, l'industrie papetière québécoise a fait le choix de se priver de cette plateforme d'échanges, de discussions et de brainstorming technique pour se concentrer sur la traversée de la tempête économique. Plutôt que de partager leur expérience et se concerter, les papetières gèrent la crise en solo. Un choix qui se reflète en fait sur tous les événements du type congrès, colloques, formation, etc. L'occasion est belle pour PAPTAC (l'Association technique des pâtes et papiers du Canada) de se pencher sur la question et de repenser la formule. Il est indéniable que l'industrie a besoin de plateformes pour faire le point sur ses activités et le plein de connaissances pour continuer de croître et d'évoluer. Que ces plateformes soient virtuelles ou réelles, il n'en tient qu'aux décideurs de choisir ce qui est le mieux adaptée à la réalité et aux besoins d'aujourd'hui.

Vu, lu, entendu ...

  • A l'émission RDI en direct sur l'économie le 21 mai, un professeur de l'Université du Québec à Rimouski (désolé, son nom m'échappe), a émis l'hypothèse que 25 des 50 papetières au Québec vont disparaître d'ici deux à cinq ans. Certaines d'entre elles, qui disposent d'installations plus propices, seront rachetées par des producteurs d'énergie du type Boralex pour transformer la biomasse forestière.
  • Les cinq principaux dirigeants chez AbitibiBowater ont gagné au total 14,3 millions$ en 2007 et 2008, soit 1,4 millions$ en moyenne chacun. John Weaver, PDG de la compagnie durant cette période, a empoché 11 millions$ US. Or, au cours de ces deux années, AbitibiBowater a perdu 2,7 milliards$ US et la valeur de l'action est passée de plus de 37$ en 2007 à presque zéro à l'heure actuelle.

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