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Réchauffement climatique (et papetier)

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De mémoire de météorologue, le Québec vient de fermer la porte sur l'hiver le plus chaud de l'histoire. Le printemps hâtif que nous connaissons constitue d'ailleurs un signe précurseur de la tendance au réchauffement provoquée par le phénomène climatique El Nino.

De mémoire de chroniqueur papetier, l'hiver 2009-2010 fut également un des plus chauds de l'histoire pour l'industrie papetière et forestière. Et les prochaines semaines risquent d'être torrides pour les travailleurs du papier et du bois, dont les conditions de travail seront fortement perturbées. Deux grands dossiers influenceront ce réchauffement :

Les renouvellements de conventions collectives : après une période de piétinement l'automne dernier et au début de l'hiver, la cadence s'est passablement accélérée. A tel point que les travailleurs de la Fédération des travailleurs et travailleuses du papier et de la forêt (FTPF-CSN) des usines AbitibiBowater à Clermont, Alma et Grand'Mère ont déjà accepté la nouvelle convention. Au moment d'écrire ces lignes, seuls les travailleurs de l'usine de Kénogami (à Jonquière) avaient choisi de reporter le vote à plus tard.

Les modalités de ce contrat de travail seront connues plus tard, mais on sait déjà que personne du syndicat n'a le sourire aux lèvres. Sylvain Parent, président du FTPF-CSN, avoue d'emblée que les négociations se sont déroulées avec l'objectif commun d'éviter la faillite et que l'entente prévoit d'importantes concessions au chapitre des salaires, du régime d'assurance collective et des primes de vacances. L'employeur a aussi obtenu des changements à l'organisation du travail entraînant une réduction des coûts de main-d'œuvre.

A titre de comparaison, l'entente de principe signée le 15 mars dernier par le syndicat SCEP-FTQ pour les travailleurs de l'usine Smurfit-Stone à LaTuque donne une idée de l'ampleur des concessions consenties : gel salarial pour les deux premières années du contrat de 4 ans, et des augmentations de 2% pour chacune des deux dernières années du contrat. La compagnie, également placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, a tout de même consenti à maintenir les avantages du régime de retraite négocié en 2004 (soit la formule 1,75% du salaire moyen à 57 ans, moins l'indexation de 2011 et 2014). Autre point de comparaison : au début mars chez Cascades Lupel, les travailleurs ont accepté à 82% des hausses salariales de 1% cette année, 1,75% en 2011, et de 2% en 2012 et 2013. La situation financière de Cascades étant meilleure qu'ailleurs, la direction n'a pas coupé dans les avantages sociaux. Le ton est tout de même donné pour les autres négos en cours : au faux sentiment de prospérité suggéré par la convention collective cadre de 2005, succède le sentiment (réel) de frugalité.

Une nuance s'impose d'elle-même dans le cas d'AbitibiBowater, puisque ces sacrifices ne garantissent encore rien. L'entreprise grevée d'une dette de plus de 8 milliards$ cherche toujours, après un an, à s'entendre avec ses créanciers sur une éventuelle réorganisation financière. De plus, la compagnie doit s'entendre avec le Régime des rentes du Québec pour recapitaliser son régime de retraite. Juste ce dossier pourrait tout faire basculer. C'est dire la précarité de la situation pour cette compagnie dont certains ex-dirigeants mégalomanes ont eu « les yeux plus grands que la panse » lorsqu'on a élaboré le plan de fusion d'Abitibi et de Bowater, pourtant deux colosses aux pieds d'argile.

La réforme du régime forestier québécois : s'il faut se fier au Conseil de l'industrie forestière du Québec, l'industrie est assise sur une bombe avec le nouveau régime forestier qui sera adopté sous peu au Parlement. Si la ministre Nathalie Normandeau parle de changements visant une plus grande régionalisation de la prise de décision, le Conseil craint les abus de bureaucratie (par des fonctionnaires régionaux qui jouiront de plus de pouvoir) et des coûts supplémentaires pour l'industrie.

Il y a 25 ans, lorsque que Québec a réformé le régime forestier et créé le système de CAAF (les contrats d'aménagement forestier), celui-ci était loin de faire l'unanimité. Le gouvernement avait consulté tous les partenaires industriels avant de passer à l'action. Le système de CAAF, bien qu'imparfait, a duré tout ce temps.

L'an dernier, le ministère des Ressources naturelles a refait le même exercice de consultation. Cette fois avec les 14 partenaires du consensus sur la réforme du régime, dont le Conseil de l'industrie forestière, ainsi que deux associations municipales, le syndicat FTQ et des représentants de la forêt privée, des transporteurs de bois, des propriétaires d'équipements forestiers, etc. Pas évident d'établir une réelle unanimité avec autant d'acteurs. Qu'à cela ne tienne, Québec a voulu élargir le consensus à d'autres groupes : la Fédération des producteurs de bois du Québec, l'Ordre des ingénieurs forestiers, le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement, l'Union des producteurs agricoles, la CSD, la CSN. En tout, six groupes de travail et un mois de travaux.

A une autre époque, on appelait cette tactique « diviser pour régner ». Belle poudre aux yeux que toute ces initiatives de consultation car pendant que les partenaires s'affairaient à dégager les grandes lignes de leur consensus (visant avant tout à protéger des acquis – c'est tout à fait normal), le ministère des Ressources naturelles avait déjà fait son lit! Il tablait non seulement sur l'élimination des CAAF (et de l'hégémonie des grandes compagnies forestières sur la forêt publique québécoise) mais surtout sur la régionalisation de la gestion forestière et sur la mise aux enchères du bois provenant de 30% de la forêt publique pour affaiblir des joueurs déjà très amochés par la crise qui perdure.

Sur papier, la réforme doit permettre une meilleure disponibilité de la ressource, notamment pour les petites et moyennes entreprises de transformation qui sont le plus susceptibles de participer à des projets de bioraffinage et de valorisation de la biomasse. Dans la réalité, il est assez étrange que le gouvernement du Québec veuille alourdir la fonction publique régionale à l'heure ou l'endettement de l'État commande plutôt un grand ménage de ce côté. Mais nous n'en sommes pas à une contradiction près avec le gouvernement Charest ...

Puisque la ministre Normandeau semble faire preuve d'une détermination à toute épreuve et que la réforme devrait être adoptée « sans modification sur le fond », il faut espérer que le Conseil de l'industrie forestière et tous les partenaires de la table de concertation ne perdront pas leur temps à de vaines querelles, qui pourraient effectivement faire très mal à l'industrie, mais travailleront plutôt de façon constructive à l'implantation du nouveau régime, tout en modifiant certaines dispositions qui risquent de moins bien fonctionner sur le terrain que sur papier.

Et puis un de ces quatre, il faudra bien aussi faire du ménage dans toutes ces associations censées représenter les intérêts de l'industrie forestière, mais qui contribuent plutôt à la diviser et à l'éloigner d'un consensus et d'une cohésion qui changeraient considérablement le rapport de force avec les autorités gouvernementales.

Papiers Fraser Thurso est mort, vive Fortress Specialty Cellulose!

La vapeur va bientôt se remettre à sortir des cheminées de l'ancienne usine de Papiers Fraser à Thurso. L'usine a officiellement été vendue à Fortress Specialty Cellulose, une entreprise de Colombie-Britannique pour la (modique) de 3 millions$. Plus important encore, le nouveau propriétaire a obtenu un prêt de 100 millions$ pour redémarrer l'usine qui fabriquera non plus de la pâte kraft mais de la pâte de rayonne pour l'industrie du textile.

Au Canada, une seule autre usine fabrique ce genre de pâte, soit AV Cell à ses installations d'Atholville, au Nouveau-Brunswick. L'usine, propriété de l'indienne Adyita Birla, exporte sa production en Inde, ou les besoins sont considérables dans ces marchés en expansion.

Si tout va comme prévu, la production à la nouvelle usine de Fortress devrait commencer au mois de mai, ce qui représente un pénible hiatus de presqu'un an pour la petite communauté de Thurso depuis l'arrêt des activités par Papiers Fraser.


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