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Quoi de neuf, M. Monahan?

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Pierre Monahan est non seulement un vétéran mais aussi un pilier de l'industrie québécoise des pâtes et papiers. Son passage chez Domtar et Produits forestiers Alliance a été marqué par des projets d'envergure dans les années 90 et même au début des années 2000, alors que plusieurs compagnies commençaient déjà à gérer la décroissance de leurs marchés. M. Monahan est réputé être un homme d'action, franc, intègre, qui ne mâche ordinairement pas ses mots. Vous imaginez donc ma surprise lorsque j'ai vu son nom resurgir dans les médias, lui qui est à la tête du « groupe de réflexion » mandaté par le gouvernement du Québec pour identifier des pistes de sortie de la crise sans précédent qui frappe l'industrie.

Puisque l'État ne peut pas (ou ne veut pas, c'est sujet à interprétation) venir en aide à une industrie qui n'a pas nécessairement la cote populaire, le gouvernement de Jean Charest donne dans une activité de prédilection, soit la réflexion, au détriment de l'action. Or, les tables de consultation et groupes de travail sont habituellement l'apanage des politiciens qui ne savent trop quoi faire dans un dossier ou qui tente de retarder une échéance.

Franchement, avait-on besoin d'un tel groupe pour identifier ce qui ne va pas dans l'industrie, et ce depuis une dizaine d'années? Avec tous les comités qui se sont penchés sur le patient ces dernières années, la refonte du régime forestier, les groupes de lobbying comme le CIFQ et autres, vous croyez que les paliers de gouvernement ne connaissent pas la situation de l'industrie, n'ont pas déjà identifié les remèdes? Bien sûr, voyons. Ce nouveau groupe de réflexion n'est qu'une mascarade (une de plus) pour donner une image proactive du gouvernement et faire patienter les commandants du navire papetier, dont une partie de l'équipage a commencé à faire désertion. L'exercice n'enlève rien à la crédibilité de Pierre Monahan, bien au contraire, mais il est dommage qu'un administrateur papetier aussi « en vu » ait prêté ses services pour un exercice politique aussi théâtral que futile.

Les conclusions du groupe ne passeront pas non plus à l'histoire. On y préconise la baisse des coûts de production, notamment pour le papier journal, dont le prix moyen en 2009, soit 470$, constitue un creux historique; le prix de la fibre de bois devrait diminuer de 40$ pour améliorer la position concurrentielle de nos usines; diminuer les coûts de main-d'œuvre de 15$ la tonne; abaisser les coûts de l'énergie de 15$ la tonne; et bien sûr accorder de l'aide à l'investissement pour que l'industrie « prenne le virage technologique et développe des marchés et produits nouveaux. » A part ça, quoi de neuf M. Monahan?

Ces recommandations ont été maintes fois mâchées et remâchées depuis une quinzaine d'années, mais elles ont toutes le même défaut de faire appel à la bonne volonté d'acteurs extérieurs à l'industrie. Dans le cas du prix de la fibre, c'est le gouvernement québécois qui est le gestionnaire. Or ses décisions récentes dans ce dossier, ainsi que l'adoption du nouveau régime forestier il y a quelques semaines, démontrent que l'agenda gouvernemental ne vise en rien la baisse du prix de la fibre pour les usines, mais plutôt une décentralisation du système de prise de décision et des mécanismes de fixation des prix. Quant au dossier de l'énergie, c'est Hydro-Québec qui tient les rennes. Après avoir étouffé, dans les années 90, les initiatives de cogénération qui l'auraient privé de revenus industriels substantiels, la société d'État a recentré ses efforts auprès de la clientèle. Les initiatives mises de l'avant ces dernières années visent toutes une meilleure gestion de la consommation, mais quelconque baisse de tarif serait perçue comme un retour en arrière. Le groupe de travail de M. Monahan avance cependant une suggestion intéressante, soit la création d'une grille tarifaire en fonction du prix du papier, ce qui permettrait aux papetières de respirer un peu lorsque les prix des ses produits sont dépréciés. Mais cette initiative a probablement encore moins de chance de passer que le gel pur et simple des tarifs, une mesure qui va elle-même à contre-courant de la tendance haussière actuelle.

Je retiendrai tout de même des travaux du groupe de réflexion mené par Pierre Monahan des statistiques vraiment révélatrices. En Amérique du Nord, la demande de papier journal a chuté de 35% entre 2007 et 2009 pour atteindre 5,7 millions de tonnes. Le hic, c'est que 9 des 38 usines au Québec produisent du papier journal. Et même si la glissade devait ralentir un peu de 2010 à 2013, selon M. Monahan, elle se poursuivra tout de même, inexorablement. Une fois ce diagnostic posé (pour la Xième fois, il me semble), à quand la création d'un groupe d'action, qui verra à l'implantation des différentes recommandations faites au fil des années? Je soupçonne même que M. Monahan serait disponible pour en assurer la présidence ...

AbitibiBowater toujours en sursis

L'important intangible dont le groupe de réflexion du gouvernement n'a pas pris en compte dans son rapport est la situation précaire d'AbitibiBowater. Les travailleurs des usines toujours en exploitation (Clermont, Alma, et Grand'Mère) ont jusqu'ici accepté la nouvelle convention collective dans une proportion de 85%. L'entente de cinq ans prévoit des concessions salariales d'environ 16%, alors que la compagnie cherchait à réduire ses coûts de 30%. Au début mai, ce sera au tour des 350 employés de l'usine de Gatineau de se prononcer.

Même si les syndiqués adhèrent aux principes du nouveau contrat de travail, cela ne garantit en rien leur maintien au travail. AbitibiBowater est toujours en négociation avec le gouvernement sur la façon de combler le manque à gagner de 1,3 milliard$ dans le fonds de pension des employés. Selon les règles en vigueur à la Régie des rentes du Québec, la compagnie aurait cinq ans pour renflouer les coffres du régime de pension de ses employés.

Cela représente des paiements de 250 millions $ par année, ce que la papetière, actuellement sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers et dont la dette accumulée atteint 8 milliards $, est incapable de faire. La survie de l'entreprise dépend de cette entente avec la Régie des rentes. Obliger l'entreprise à respecter les règles en vigueur la mettrait automatiquement en faillite. Ce serait un bien triste sort pour des travailleurs qui vivent d'espoir depuis un an et pour le « géant » papetier canado-américain dont la taille et le prestige ne cessent de s'amenuiser.


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