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Shame on you, Black Diamond!

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Les batailles syndicales se suivent et se ressemblent depuis quelques années dans le Québec papetier. Lorsqu'Abitibi-Consolidated a charcuté dans sa main d'œuvre et dans les bénéfices marginaux pour équilibrer son budget de restructuration et plaire à ses actionnaires, j'avais déjà attiré l'attention des lecteurs/lectrices du Maître papetier sur ce qui se préparait ailleurs, notamment chez Papiers Fraser, Papiers Stadacona et FF Soucy de Rivière-du-Loup.

Les usines du groupe Papiers White Birch (Stadacona, FF Soucy et Papier Masson de Gatineau) se battent à l'heure actuelle pour leur survie. Pourtant lorsque l'homme d'affaires Peter Brant a acquis l'usine Papiers Stadacona de Enron en 2004 pour la somme de 205 M$ (et subséquemment celles de FF Soucy et de Papier Masson), tous les espoirs étaient permis. La crise structurelle dans l'industrie papetière et forestière aura finalement eu raison de ce bel enthousiasme, les réserves financières de Brant-Allen dans l'aventure papetière s'amenuisant dangereusement.

Après s'être protégé de ses créanciers, Brant-Allen a tenté de restructurer ses avoirs papetiers mais sans succès. Un plan d'action avait précédemment été mis en place pour atténuer les effets de la chute de 30% de la demande en papier journal et d'un dollar canadien rôdant autour de la parité avec la devise américaine. Dans le cas de l'usine de Rivière-du-Loup, une réduction des coûts de production de 15 millions$ étaient préconisée. Lorsqu'on sait que FF Soucy est l'usine la plus rentable du groupe, c'est dire combien la situation financière du groupe est sérieuse.

Le sort de l'entreprise se jouera vraisemblablement d'ici le 30 avril. Lorsque Papiers White Birch a été incapable de négocier une nouvelle entente de travail avec ses usines, elle a décidé de les mettre en vente. Pas moins de 16 offres lui ont été signifiées. Or, curieux hasard, c'est celle de Black Diamond Capital Management qui a été retenue par Brant-Allen. Black Diamond est en effet le créancier principal de Papiers White Birch. Et comme tout actionnaire majoritaire, Black Diamond est d'abord intéressée à récupérer sa mise. D'où sa position intransigeante dans les dossiers de la vente de l'entreprise et du fonds de retraite des employés.

En fait, ce que demande Black Diamond c'est ni plus ni moins l'abolition du régime de retraite. Ca veut dire quoi? Les rentes des employés et des retraités seraient amputées de presque 30%, avec un impact inégal selon les groupes d'âge. Pour un salarié âgé d'entre 50 et 55 ans, la baisse serait plutôt de 65%. Or la moyenne d'âge des employés chez Papiers White Birch est présentement de 52 ans. La condition posée par Black Diamond atteint donc une majorité d'entre eux. Un peu plus de 1000 personnes travaillent dans les trois usines, dont 550 à celle de Papiers Stadacona à Québec.

Le dossier de Papiers White Birch s'inscrit dans le cadre plus global du désistement des grandes entreprises dans le financement d'une partie du fonds de pension de ses employés. Aux États-Unis cette tendance dure est bel et bien installée et nos entreprises doivent maintenant composer avec. Dans l'industrie papetière nord-américaine, avec des marchés en régression et des coûts énergétiques à la hausse, nous en sommes réduits à sabrer dans les sacro-saints bénéfices marginaux (qui étaient devenus au fil des ans des acquis obligés). Le problème actuel tient plus dans l'intransigeance de Black Diamond Capital Management, qui refuse de négocier tout aménagement qui atténuerait les effets d'une mesure aussi drastique. Le cabinet de la ministre Julie Boulet, responsable de l'Emploi et de la Solidarité sociale, a proposé à la direction de reporter de 5 à 10 ans l'échéance pour rembourser le manque à gagner dans les fonds de pension, tel que convenu avec AbitibiBowater. Mais Black Diamond Capital n'a toujours pas montré d'intérêt à cette offre. De plus, l'employeur a annulé une série de rencontres avec les représentants du syndicat canadien de l'énergie et du papier au Québec.

Justement, le vice-président syndical, Renaud Gagné, crie haut et fort qu'il est hors de question d'accepter une telle abomination, au risque de voir les usines fermer puisqu'ils perdront de toute façon leur fonds de pension. Les syndiqués ont-ils vraiment tout à perdre? Il convient de souligner que le déficit du fonds de pension de l'ensemble des employés de Papiers White Birch dépasse les 180M$! Pas étonnant que Black Diamond ne soit pas intéressé à renflouer ce déficit, qui ne lui est pas attribuable. Mais ce processus doit-il se faire encore sur le dos des employés? Comment Black Diamond espère-t-elle garder l'expertise vivante de ces usines en coupant aux plus expérimentés des revenus de retraite bien mérités et pour lesquels ils ont contribué? Son attitude rigide fait certes partie du jeu des négociations, de l'épreuve de force en cours, mais elle trahit peut-être aussi son peu d'intérêt réel pour les actifs en jeu. Une compagnie qui aurait à cœur de garder ses actifs en opération et de les rentabiliser sur le long terme mettrait de l'eau dans son vin et examinerait, à tout le moins, un scénario de retrait plus progressif du financement de certains bénéfices comme le fonds de pension.

Malheureusement, il semble que Black Diamond ne tienne pas réellement à ces trois usines, son comportement honteux trahissant des velléités à court terme. Aussi bien dire que les employés sont perdants, car ils comptent pour pas grand-chose dans l'équation tirée par la firme de gestion de capitaux (par définition, ce type de firme acquiert des entreprises en difficulté, fait le ménage et revend tout avec profit le plus rapidement possible). Que Papiers White Birch soit purement liquidée ou achetée par Black Diamond, les employés seront traités avec le même manque de reconnaissance et de respect.


Jaclin-Ouellet
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