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Réduire, recycler et repenser

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Selon l'OCDE , l'Allemagne recycle ou composte 65% de ses déchets. Le reste est incinéré, puisqu'il n'y a aucun site d'enfouissement au pays. Comparez cette situation à celle des États-Unis, où 35% des déchets sont recyclés ou compostés, 12% sont incinérés et les 54% restants sont enfouis. Au Canada, les mêmes catégories sont 24, 4 et 72%, respectivement.

Les raisons de cette situation sont nombreuses. Une de ces raisons est que l'Allemagne est plus densément peuplée, avec peu de place pour les sites d'enfouissement, alors que le Canada et les É-U ont des densités de population beaucoup plus faibles, et il n'est souvent pas judicieux sur le plan économique de transporter des matières recyclées sur de longues distances ou de les incinérer à petite échelle.

Une autre raison est que le prix moyen de l'électricité payé par le consommateur est trois fois plus élevé en Allemagne (~0,36 $ US / kWh) qu'aux États-Unis (0,11 $) et au Canada (0,10 $), ce qui incite les allemands à investir dans l'incinération pour la production d'électricité.

Mais les principales raisons sont politiques et culturelles. Les contribuables allemands ont financé un système sophistiqué de tri dans chaque communauté pour trier les déchets en plusieurs catégories, afin que la pureté relative de chaque flux soit assez bonne, avec un minimum de contamination.

Par contre, au Canada et aux E-U, il n'y a pas de stratégie centrale et l'objectif de la plupart des gouvernements municipaux est de sembler faire quelque chose au sujet des déchets tout en réduisant le coût pour leurs contribuables. De nombreuses communautés se sont retrouvées avec un recyclage à flux unique, ce qui a entraîné deux problèmes liés entre eux. Le premier est qu'il faut séparer de nouveau les déchets en des flux distincts utilisables, ce qui coûte trop cher. Le deuxième problème est que le prix du marché pour les matières recyclées n'est pas très bon, en raison du niveau élevé de contamination.

Bien sûr, l'industrie du papier a compris les aspects négatifs du recyclage à flux unique depuis des années et a essayé d'améliorer la qualité de son papier recyclé en achetant des flux plus propres tels que des surplus de tirages, des résidus de presse, des documents déchiquetés et des papiers de bureau triés. Des systèmes de collecte uniquement pour le papier ont été mis en place dans les écoles et les institutions, et les épiceries obtiennent de bons prix si leurs flux de boîtes en carton recyclé sont propres. Mais le volume de papier recyclé le plus important dans de nombreux centres provient du matériel de flux unique, ce qui a obligé les usines de papier dont la matière première est constituée de papier recyclé à investir des millions de dollars dans des triturateurs à tambour qui travaillent en continu plutôt que dans des triturateurs qui travaillent en discontinu afin de pouvoir gérer les niveaux élevés de contaminants dans cette matière. Les déchets générés par ces triturateurs vont ensuite à l'enfouissement.

Il y a toujours un surplus de matières recyclées provenant de la collecte à flux unique. Jusqu'à récemment, la plus grande partie de ce surplus était livrée à la Chine, où le coût de la main-d'œuvre était si bas que des personnes pouvaient être embauchées pour enlever les contaminants à la main. J'en ai discuté dans un blog précédent à propos du papier recyclé.

Dans le cadre de son initiative « Épée nationale », la Chine a décidé de changer sa politique et de réduire de 5% à 0,5% sa limite de contamination acceptable pour les plastiques, le papier mixte ou le carton importé. Ce changement a été un choc pour les centres de recyclage en Amérique du Nord, qui sont maintenant coincés avec des matières recyclées dont ils ne peuvent pas se débarrasser.

Ce changement semble être le résultat de plusieurs tendances actuelles en Chine:

  • une augmentation du PIB par habitant (de 348 $ en 1990 à 8 000 $ en 2017 - un facteur de 25). En conséquence, il est plus difficile de trouver des employés prêts à trier les produits comme le papier contaminé pour un faible salaire.
  • Les efforts de la Chine de faire son propre recyclage ont diminué sa dépendance sur les importations. Son système de collecte ressemble beaucoup plus au système allemand de collecte de flux séparés, sauf que ce sont principalement les entrepreneurs privés plutôt que les gouvernements qui gèrent le processus de collecte.
  • La Chine veut améliorer son image actuelle de pays qui « prend les déchets du monde ».

Alors, quelle est la solution pour les Nord-Américains qui sont coincés avec des systèmes de collecte à flux unique qui ne fonctionnent pas?

À court terme, les centres de recyclage au Canada recherchent de nouveaux marchés tels que l'Inde, envoient les matières recyclées à l'enfouissement, ou essaient d'obtenir des subventions du gouvernement pour passer à une technologie de tri plus avancée mais plus coûteuse (mais leur capacité à vouloir respecter la limite chinoise de 0,5% en continuant avec de la matière à flux unique est discutable).

À long terme, les villes nord-américaines doivent prendre le taureau par les cornes et passer à un système de séparation à la source, semblable à celui de l'Allemagne. C'est déjà la norme à Vancouver et à St. John's. Et en Chine ! Donc si votre communauté fait toujours du recyclage à flux unique, passez le message à vos élus et administrateurs locaux que ce n'est pas une solution durable !


Martin Fairbank a travaillé dans le domaine de la foresterie pendant 31 ans, y compris de nombreuses années pour un producteur de pâtes et papier et deux ans avec Ressources Naturelles Canada. Détenteur d'un PhD en chimie et d'une expérience en amélioration de procédés, développement de produits, gestion d'énergie et de production rentable, Martin est actuellement un conseiller indépendant basé à Montréal. Il est également écrivain et a publié récemment Resolute Roots qui relate les 200 ans d'histoire de la compagnie Produits forestiers Résolu et de ses prédécesseurs.

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