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Dimanche 21 octobre 2018

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Redressement productif en vue pour l’industrie papetière française

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À l'heure du nouveau plan industriel de François Hollande, quel est l'état de l'industrie des pâtes et papiers en France? Le bois, la bioéconomie? En France comme au Canada, l'industrie doit se réinventer.

Janvier 2014 : l'une des plus grandes usines françaises de pâtes et papier annonce une fermeture l'été prochain. Pour les employés l'annonce n'a rien d'une surprise. Située au nord de la France à Douai, l'usine possède la plus grosse machine de papier couché du pays. C'était une force il y a deux décennies, mais en 2013 c'était devenu intenable. Aujourd'hui, la capacité annuelle est trop importante pour la demande.

L'usine originale où opère Stora Enso a été construite en 1920. Sa seule histoire résume assez bien l'évolution de l'industrie des pâtes et papiers française. Sautons quelques décennies pour se projeter vers le début des années 1990. On y coupait les effectifs en deux malgré la concentration des activités sur ce qui était alors considéré comme la plus importante ligne de production du genre sur la planète. Quelque 330,000 tonnes par an, 1500 mètres de papier par minute.

La situation est la même pour les autres acteurs du secteur. En 2013, le papetier Mondi menaçait de mettre le cadenas sur une usine près de Bordeaux. Gascogne un des plus importants groupes franco-français a même failli passer par la faillite.

Redressement?

La multinationale scandinave mettra à pied 2,500 travailleurs à travers le monde d'ici la fin 2014. Ce n'est donc pas qu'elle n'aime pas la France et pourtant, le pays est ébranlé. Dans l'atmosphère de morosité générale qui fait la manchette en France, plusieurs considèrent qu'il s'agit d'un autre signe de désindustrialisation accélérée.

Plus de 750,000 emplois industriels ont été perdus depuis 2003. Fermetures et délocalisations. En soi, c'était peut-être suffisant pour changer le nom du Ministère de l'Industrie par celui, plus prosaïque de Ministère du Redressement Productif. Qui disait que la langue structurait notre vision du monde?

Recul de la production

« Avant même de parler de la situation de l'industrie papetière il faut parler de la situation économique du pays » explique Paul-Antoine Lacour, directeur du service économique de la COPACEL, l'Union Française des Industries des Cartons, Papiers et Celluloses. « Les valeurs de croissance en France sont inférieures à 1 % ce qui se ressent sur l'industrie vu la corrélation directe entre le taux de croissance du PIB et l'activité des papetières. »

« En regardant la situation de l'industrie de plus près pour ce qui est des derniers neuf mois, on observe un recul de la production de près de 2 % explique l'économiste, mais ce recul masque des réalités très différentes puisque se sont essentiellement les papiers graphiques et les papiers de presse qui sont en régression – 9 % et 16 % respectivement. » L'emballage se maintient sur des niveaux d'activités de plus 3 %. La demande restera probablement assez basse pour l'ensemble des produits du secteur malgré un accroissement du marché des papiers hygiéniques. Juste avant Noël, la COPACEL qui voit à la défense des intérêts de l'industrie papetière accueillait un nouveau président, Yves Herbaut. Son objectif : défendre la compétitivité de l'industrie papetière en France.

La COPACEL, l’Union Française des Industries des Cartons, Papiers et Celluloses a notamment pour mission de « promouvoir les intérêts des producteurs de pâtes, de papiers et de cartons dans tous les domaines de leurs activité ».
Source : COPACEL

« On ressent encore fortement les effets de la concurrence venue des nouvelles technologies de l'information et de la communication », explique Paul-Antoine Lacour. Cette situation s'accompagne d'une faible visibilité en ce qui concerne les carnets de commandes en 2014.

La belle au bois dormant

Il y a 16,3 millions d'hectares boisés en France. Ceci représente environ 30 % du territoire. C'est une proportion considérable pour un pays européen. On estime que la filière forestière emploie quelque 450,000 personnes. Là-dessus, plus de 15,000 personnes travaillent à la production de pâtes de papiers et de cartons. Voilà qui représente le double des emplois du secteur de la construction automobile. Pourtant, selon la COPACEL, même si cette forêt est en croissance (« plus de 54,000 hectares par année »), celle-ci demeure trop faiblement exploitée. Est-ce que ce sera le prince charmant du redressement productif qui viendra réveiller la princesse endormie?

Filière économique sous valorisée?

La France est peut-être le quatrième pays le plus boisé de l'Union européenne, mais « c'est une filière économique sous valorisée ». Selon certains comme monsieur Lacour, la forêt est sous-utilisée. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette sous-exploitation : le morcellement de la forêt privée et le manque de productivité industrielle n'en sont que deux. L'économiste de la COPACEL l'explique en partie en soulignant que la France est importatrice nette de pâte à papier ou de produits finis alors qu'elle exporte ses grumes. « La balance commerciale de la filière est donc déficitaire. »

Alors qu'au Canada nous fonctionnons beaucoup sur un système où les mêmes entreprises sont à la fois celles qui exploitent la forêt, qui produit des sciages, de la pâte à papier et du papier, en France, ce sont des entreprises différentes. Il y a beaucoup moins d'intégration entre l'industrie papetière et l'industrie forestière. Autre enjeu spécifiquement bleu-blanc-rouge, la France peut faire peur aux investisseurs étrangers. On rappelle régulièrement dans des revues comme The Economist la lourdeur réglementaire, l'importance des syndicats et les fréquents conflits sociaux.

Filière chimie et matériaux

Le plan de François Hollande s'articule sur 34 volets qui couvrent une vaste gamme de secteurs allant des transports à la robotique en passant par le bois et la chimie verte. Pour y voir, on parle de renouveler sa production, d'utiliser les dernières avancées technologiques ou les équipements les plus récents. C'est bien vu selon la COPACEL car le parc industriel prend du vieux par rapport à ceux des voisins germaniques.

Dans le cadre des discussions entourant la « troisième révolution industrielle » de François Hollande, l'industrie des pâtes et papiers française a été placée dans la même filière industrielle que la plasturgie et la chimie. Paul-Antoine Lacour explique que le secteur participe aux comités stratégiques de filières qui réfléchissent aux plans industriels annoncés en novembre dernier. « Parmi ceux-ci, ceux qui peuvent être intéressants pour nous sont ceux liés à la chimie verte et aux biocarburants. Voilà qui fait partie des voies de diversification de l'industrie papetière. »

En France, comme au Canada l'industrie s'intéresse tout particulièrement à ce qu'il va se passer dans le domaine de la « chimie du végétal » : utiliser au mieux la cellulose ou la lignine pour produire de nouvelles molécules. Un autre plan industriel qui ne concerne pas directement les pâtes concerne les bois de construction. Somme toute, malgré le cynisme de certains sur ce « redressement productif », la COPACEL voit d'un très bon œil le processus de consultation entourant la nouvelle politique industrielle. On parviendra peut-être à une meilleure intégration des secteurs bois et papier par exemple ?

Des atouts de taille

L'industrie française possède plusieurs atouts. « Les forêts sont prêtes pour la récolte et les ressources en fibres recyclées sont nombreuses. » La COPACEL vante aussi des infrastructures performantes, une grande capacité d'innovation technologique et scientifique jumelée à une main-d'œuvre formée et à une fourniture d'énergie abondante vu le parc nucléaire « qui avantage les entreprises électro-intensives ».

Pour faciliter l'exploitation des petites parcelles de forêts, la COPACEL travaille à lever un frein important à l'exploitation du bois. À l'heure actuelle, il est ardu pour un acheteur de bois d'obtenir de l'information sur qui est le propriétaire d'une forêt. On prône donc l'accès aux noms des propriétaires à même les cadastres. Une petite réforme qui pourrait faciliter l'exploitation durable de la ressource ligneuse.

Plusieurs papeteries françaises réalisent que leur avenir ne peut plus uniquement passer par la production de papier. Le bois doit être valorisé sous différentes formes. On explore par exemple de plus en plus l'ajout d'unités de bioraffinage aux sites industriels. La production de biocarburant à partir du bois participe à une nouvelle manière de considérer la croissance. Jumelée aux principes de la bioéconomie qui suggère une remise en question des modèles d'affaires, l'industrie pourra participer à cette « troisième révolution industrielle ».

Dans la même ville du Nord-Pas-de-Calais où vient de fermer l'usine de Stora Enso, un important centre d'appels a vu le jour. Douai s'ouvre au tertiaire pour réchapper les emplois, mais cette région boisée au patrimoine industriel important n'a pas dit son dernier mot et la filière forestière semble être sur la bonne voie pour tirer son épingle du jeu.




Pour plus d'information, visitezwww.copacel.fr


 

 

 
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