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Vendredi 14 décembre 2018

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Recherche scientifique en forêt : des coupures qui coûteront cher

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Selon le Centre d'étude de la forêt (CEF), la décision du gouvernement du Québec de couper dans la recherche scientifique en foresterie risque de couter cher en termes de compétitivité internationale. L'économie des régions ne sera pas la seule affectée.

Dans une lettre adressée au premier ministre du Québec le 12 décembre dernier et publiée sur le site web de l'UQAM, le CEF exprimait son inquiétude face à des coupures qui pourraient mettre en péril tout un pan de la recherche sur les écosystèmes forestiers québécois.

Pour Pierre Drapeau, cosignataire de la lettre à Philippe Couillard, « les annonces de compressions budgétaires faites par le gouvernement du Québec, sont plus que préoccupantes, elles viennent freiner un élan important dans la collaboration entre les partenaires de la forêt : gouvernement, milieu universitaire et industrie ».

L'austérité tronçonne la recherche scientifique

Le professeur Drapeau de l'UQAM est codirecteur du centre d'étude de la forêt. Il cosigne cette lettre avec Louis Bernier, professeur à Université Laval. 53 professeurs issus de 11 établissements universitaires associés au CEF avalisent la démarche. « Nous demandons au gouvernement de reconsidérer sa position », explique Pierre Drapeau à Maitre Papetier. Le collectif d'universitaires souhaite voir réapparaître deux programmes de soutien à la recherche forestière.

Le Programme de recherche en partenariat sur l'aménagement et l'environnement forestiers a récemment été aboli alors que le programme de financement de la recherche et développement en aménagement forestier (PFRDAF) du ministère des Forêts de la Faune et des Parcs (MFFP), qui appui la recherche forestière à l'échelle des régions forestières est en processus de réévaluation. Pierre Drapeau rappelle ces deux programmes de recherche sont financés en partie par les redevances sur le bois récolté par l'industrie forestière.

Marchés internationaux et certifications

« Cette forêt, c'est le terreau d'où l'industrie des pâtes et papiers tire une bonne partie de la fibre nécessaire à ses opérations », rappelle Pierre Drapeau. En effet, dans un monde où les certifications environnementales permettent l'ouverture aux marchés internationaux et publics, les avancées en recherche sont de l'or en barre pour les industriels. Le codirecteur du CEF contextualise l'importance de la recherche scientifique en foresterie à l'heure ou l'accès aux marchés des produits forestiers passe de plus en plus par la certification, au moins à très court terme et « certainement dans le contexte Canadien ».

Le chercheur souligne que la place concurrentielle de l'industrie à l'échelle mondiale est de plus en plus liée aux certifications environnementales des territoires forestiers. En ce sens, investir en recherche sur les questions d'aménagement et d'environnement forestier permet de placer le Québec dans une position stratégique favorable. Le CEF affirme être soutenu dans cette vision des choses par les acteurs socio-économiques en région qui ont manifesté leurs inquiétudes à maintes reprises en lien avec cet enjeu. Parmi ceux-ci, « les représentants de l'industrie, qu'il s'agisse de Kruger, Tembec ou Resolu, ont toujours eu leur mot à dire concernant les activités de recherche considérées comme étant les plus pertinentes pour répondre à leurs besoins. »

« Un bon exemple pour illustrer le tout est celui de la biodiversité forestière. Le concept même de biodiversité était très vague il y a seulement 10 ou 15 ans. Or, des études du CEF sur la rétention d'arbres d'intérêt pour la faune dans les territoires aménages ont prouvées être très favorables au maintien de cette biodiversité caractéristique de nos forêts et ces travaux ont eu une influence sur les politiques publiques de gestion durable des foreêts dont le gouvernement se targuait justement cette semaine en réponse aux accusations de Greenpeace. » Pierre Drapeau rappelle que le ministre Lessard intervenait en dénonçant la désinformation pratiquée par l'organisation environnementale et en défendant le régime québécois comme le plus « sévère » au monde. Le 17 décembre, dans une lettre ouverte au Devoir, André Tremblay Président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec évoquait qu'en tant que « leader mondial en matière de certification des pratiques forestières, le Québec peut se montrer très fier des résultats obtenus par son industrie forestière. Plus de 80 % des forêts publiques sous aménagement au Québec font l'objet d'une certification environnementale selon l'une des normes reconnues internationalement. »

Leadership de l'industrie, retenue de l'État

Pierre Drapeau est d'accord avec cette analyse. « L'industrie est en constante évolution. Elle répond à l'évolution même du marché. Pour le CEF, les entreprises dans le secteur des pâtes et papiers ont fait preuve de leadership depuis une dizaine d'années. » Ce leadership qui se manifeste par l'obtention de certifications environnementales évolue normalement en parallèle avec les efforts gouvernementaux, mais pour l'instant, il semblerait que l'État fasse preuve d'une circonspection improductive.

« La Loi sur l'aménagement durable du territoire forestier d'avril 2013 confirmait pourtant l'intention du gouvernement d'accorder un rôle d'importance à la recherche scientifique en matière d'aménagement écosystémique », dit le chercheur. Selon Pierre Drapeau les coupures en recherche sont incohérentes avec l'intention du législateur. « Il est grand temps de traduire ces bonnes intentions sur le terrain, mais le danger, aujourd'hui, c'est que le gouvernement perde sa crédibilité. »


 

 

 
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