Accueil Blogues Mathieu Régnier Plus de forêts à l’horizon ?

Plus de forêts à l’horizon ?

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Accroître la superficie de la forêt boréale pour capter plus de carbone et récolter plus de fibre ? Voilà peut-être un des rares avantages (paradoxal ?) que les changements climatiques pourraient avoir sur l'industrie. S'il faut demeurer positif, ne sautons sur les conclusions en matière de rentabilité économique!

Dans les mots de Claude Villeneuve, professeur au département des sciences fondamentales de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), il serait possible « de prendre de vitesse » le réchauffement climatique tant décrié. Voilà ce qui ressort de la lecture de l'article « L'atout carbone » (encart dans l'excellent numéro de Québec Science de juillet dernier). Ainsi, la bonne gestion des futures forêts du Grand Nord offrirait un énorme potentiel d'absorption du carbone responsable des changements climatiques, mais serait aussi à l'avantage des entreprises forestières qui sauraient en profiter. Mais attention ! Si les scientifiques aiment repousser les frontières du connu – c'est leur job – ceci mène souvent droit à... l'inconnu ou, plus justement, à 'des inconnus'.

Solution: scarifiage du sol

La solution avancée par les chercheurs de l'UQAC est le scarifiage du sol. Scarifier le sol est une opération qui équivaut à créer des sillons qui vont accueillir des jeunes pousses d'épinettes et d'autres conifères dont la croissance est optimale dans ces régions. Un peu comme planter des carottes dans un très grand potager. On parle ici du sol de la forêt boréale entre le 45° N et le 70° N. « Leurs recherches dans le Nord de la province ont révélé que le sol de la Boréalie est aussi riche que celui du sud et que, avec un petit coup de pouce, les arbres peuvent s'y implanter très bien. A la clé, une croissance accrue des forêts dans le Grand Nord et une augmentation de la quantité de carbone séquestré. »

400,000 nouveaux hectares

Les nouvelles connaissances développées en foresterie permettent de mieux planifier les mesures destinées à réduire les risques d'impacts négatifs des changements climatiques sur les écosystèmes, mais on oublie souvent que la recherche en foresterie peut aussi contribuer à ce que les forestiers réussissent à tirer profit des avantages pouvant découler des changements climatiques : ici, les températures plus clémentes à cette latitude. On évitait de planter dans ces sols du Grand Nord vu son épais tapis de lichens et d'éricacées. Or, en « ouvrant le sol, on enlève cette barrière et on ouvre la porte a? la forêt.»

Les chercheurs estiment que l'étendue scarifiable de ce secteur serait de 400,000 hectares. C'est une étendue considérable qui pourrait attirer certaines entreprises, mais il faut probablement relativiser. Toute proportion gardée, nous perdons bien plus à cause des feux de forêts chaque été. 400,000 hectares, voilà approximativement la superficie perdue l'été dernier en Saskatchewan à cause d'un feu important. D'un océan à l'autre, la moyenne annuelle des superficies brûlées est de 2,3 millions d'hectares.

Faisabilité économique

Un autre enjeu lié à cette nouvelle forêt en est un de rentabilité. C'est ce qu'explique Pierre Méthot, un ingénieur forestier. Pour cet expert, la faisabilité économique d'un projet d'une telle envergure est encore à prouver. Il faut en effet penser à l'accessibilité à la ressource pour les compagnies forestières, et ceci, particulièrement considérant le besoin d'infrastructures inexistantes dans une région au climat rigoureux ou les sols sont déjà fragiles. Normalement, la ressource doit être facilement accessible pour être traitée dans une usine. On réduit ainsi les frais de transport en camion ou en train par exemple et les émissions de combustibles fossiles qui y sont associées. De plus, sans avoir lui-même veillé à de telles opérations de scarification, Pierre Méthot, souligne qu'il s'agit d'une opération qui sollicite beaucoup la machinerie. « Imaginez les roches et autres obstacles dans le sol ? » D'après lui, plusieurs fournisseurs de machinerie forestière ne veulent pas garantir leurs propres produits dédiés à ces opérations.

Captation du carbone et albédo

La séquestration du carbone qui vient avec la croissance de nouvelles forêts est intéressante bien qu'il soit paradoxal que ce soit les températures plus clémentes qui la rendent possible. « Dans un contexte ou? s'établit progressivement un marche? mondial du carbone, la découverte a de quoi favoriser fortement le Que?bec explique Claude Villeneuve, qui ajoute que 400 000 hectares absorberaient 8% des émissions actuelles de CO2 du Québec ».

Justement, le ministre de l'Environnement David Heurtel a dévoilé il y a une dizaine de jours les résultats préliminaires d'une étude sur les stocks de carbone du Nord québécois. La capacité de séquestrer le carbone atmosphérique de la forêt boréale, de ses sols et de ses milieux humides serait plus élevée que la communauté scientifique le croyait. Si ceci corrobore les résultats des chercheurs de l'UQAC, cette étude rappelait par ailleurs que « la masse de carbone accumulée dans les tourbières est environ dix fois plus élevée que celle qu'on trouve dans les forêts. » Et que dire de l'effet d'albédo perdu par l'arrivée de nouvelles forêts ? La surface réfléchissante de la neige ou de la glace des étendues de toundra renvoie l'énergie solaire vers le ciel réduisant le réchauffement du climat. Une question à ne pas éclipser – certainement à approfondir. Si une forêt d'épinettes capte le carbone, elle réduit aussi cet effet réfléchissant.


 

 
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