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Vendredi 14 décembre 2018

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Couper sur le papier ne sauvera pas la forêt

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Réduire sa consommation de papier ne sauvera pas les arbres. Un nouveau rapport de Two Sides vient le démontrer sur la base d'arguments essentiellement économiques et de faits scientifiques interprétés de manière plutôt étroite.

Il est vrai que plusieurs entreprises de services répètent ad nauseam que le passage aux communications électroniques sauve des arbres sans bien connaître le contexte entourant cette transition pour l'industrie des pâtes et papiers et sur les ressources forestières qu'elles exploitent. Il est donc bien que des experts fassent la lumière sur la situation afin de briser des mythes et c'est ce que fait cette semaine le groupe d'intérêt Two Sides en publiant un rapport encore tout chaud. Selon le groupe qui a mandaté une firme de recherche en foresterie, Dovetail Partners, les slogans de type : « Économisez le papier, sauvez un arbre » sont tout simplement erronés. Pire ? Ceci alimenterait la confusion auprès des consommateurs.

Two Sides regroupe des entreprises liées au secteur de la pâte et du papier ainsi que de toute « la chaîne graphique » : fabrication des encres et des produits chimiques, préimpression et impression, édition, etc. L'organisation se décrit comme un forum d'échanges sur les meilleures pratiques du secteur. Elle agit en fait comme un porte-voix à leurs intérêts. Dans ce contexte, il faut prendre leurs conclusions, et surtout leur manière de les communiquer, avec quelques grains de sel. Two Sides, souhaite « renforcer la durabilité de la chaîne et dissiper les idées reçues auprès des utilisateurs d'imprimés en leur apportant des informations vérifiables sur l'aspect attractif, pratique et durable du papier et de l'imprimé. »

Est-il bien nécessaire d'imprimer cet article?

« Dissiper les idées reçues. » Voilà qui est louable, et c'est ce que fait déjà très bien l'Association des produits forestiers du Canada (APFC). L'industrie, ses fournisseurs et distributeurs ainsi que les consommateurs profitent tous de meilleures connaissances sur la relation durable entre le papier et la forêt. À mon humble avis, outre le fait de soulever des questions très légitimes, le rapport de Twin Sides est, dans le langage des politiciens canadiens, « pétard mouillé ». Il souligne des évidences, mais n'insiste pas sur les nuances. Twin Sides ne montre pas les deux côtés de la médaille.

Quand on lit « est-il bien nécessaire d'imprimer ce message ? » au bas d'un courriel avec, en prime, l'icône d'un petit sapin vert, on se doute bien que ce n'est pas en cliquant sur « delete » que l'on sauvera la planète. On sait que c'est une formule consacrée, que c'est de la sensibilisation, et l'on se dit, quelque part que, oui, finalement, si nous réduisions tous notre consommation de papier, on exercerait collectivement, une moins grande pression sur la ressource. C'est une déduction intuitive fondée sur une logique implacable. Elle laisse bien entendu de côté les considérations macroéconomiques, juridiques ou politiques et ne considère pas la complexité des processus de production de papier qui est devenu un cocktail complexe de fibres recyclées et de fibres vierges. Dans ce contexte, certains suggèrent la formulation suivante : « si vous devez imprimer ce courriel, merci de recycler » ?

Conclusions de Two Sides

L'étude expose ce que Two Sides considère être « les faits essentiels » entourant les initiatives de dématérialisation et les pratiques forestières. « Couper sur le papier ne sauvera pas la forêt » (Going Paperless Does Not Save Trees) affirme le rapport. Au contraire, la perte de marchés pour le papier augmenterait le risque de réduction importante des surfaces forestières. Un des arguments pour l'expliquer tient essentiellement au fait que depuis une soixantaine d'années, la superficie de forêts gérées de manière durable a considérablement augmenté aux États-Unis. C'est aussi le cas chez nous, bien qu'il faille toujours faire attention à ce que disent les chiffres.

Dans ce sens, un marché stable pour les produits en papier et pour les autres produits du bois serait selon ce rapport la meilleure garantie de préservation des forêts. Une des raisons principales évoquées est que si le marché pour les produits forestiers se tarissait, il y aurait un risque important que l'activité soit remplacée par d'autres activités économiques comme le développement urbain ou l'agriculture. Il en résulterait une dégradation encore plus importante des surfaces forestières. Qui veut d'un nouveau Quartier 10-30 en Abitibi? C'est l'argument de Patrick Moore, l'écologiste pro-coupe forestière.

Parmi les autres raisons listées : les volumes importants de bois allant dans la bioénergie, l'utilisation d'arbres moins matures dans les scieries (bois d'œuvre) – arbres traditionnellement utilisés pour la pâte, et enfin, on mentionne qu'une baisse de la consommation de papier impliquerait indirectement une coupe d'arbres plus importante puisque les entreprises chercheront une nouvelle source de revenus.


Crédit photo : Mathieu Régnier

Favoriser un message positif

Cette série d'arguments semble logique, mais elle met de côté la capacité des entreprises du secteur à se réinventer dans un esprit de respect de la ressource. S'y attacher, c'est aussi mettre de côté de manière fataliste les contraintes volontaires de ces mêmes entreprises et la possibilité pour les gouvernements de légiférer pour protéger la ressource. Enfin, si l'argument économique est difficilement contestable, il exclut aussi la confiance, voire, l'admiration des consommateurs face à une marque.

La rigueur scientifique a été malmenée par l'industrie pétrochimique en lien avec les changements climatiques. Sous prétexte d'arguments d'autorité, ces entreprises ont escamoté le débat, parfois intentionnellement. Certaines en souffrent aujourd'hui en termes d'image. Voilà une erreur que l'industrie des pâtes et papiers ne devrait pas faire Toutes proportions gardées, l'industrie des pâtes et papier qui se définit maintenant de plus en plus comme celle des « produits forestiers » est peut-être l'une des plus durables en comparaison avec les autres industries extractives de ressources naturelles. Il n'est pas mauvais de le souligner et d'expliquer pourquoi. Toutefois, l'approche de communication responsable idéale demeurera toujours de démontrer les deux côtés d'un argument. Ceci vaut d'ailleurs pour les organisations environnementales comme pour les lobbys industriels.

Par ailleurs, les messages positifs risquent d'attirer les consommateurs bien davantage. À cet égard, la campagne « Pourquoi le papier » de Domtar donne probablement plus envie d'utiliser du papier au quotidien que le fait de savoir que si l'on diminue sa consommation, les arbres seront coupés de toute manière et qu'ils le seront probablement avec une moins grande attention pour les approches de foresterie durable. Le jour de la publication du rapport de Two Sides, Domtar dévoilait le programme PaperPal. Il s'agit ici d'un tout autre registre, mais l'on y traite d'un thème commun : l'utilisation de papier. PaperPal permet de relier deux générations grâce à l'échange de lettres manuscrites. Un autre très bon coup marketing, car il nous touche personnellement et qu'il est porteur d'optimisme. Les organisateurs fondent notamment leur projet sur le nombre de plus en plus considérable d'études indiquant que l'écriture à la main est bénéfique pour les enfants comme pour les aînés.


 

 
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