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Dimanche 21 octobre 2018

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Économie circulaire: tournis européen

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On entend beaucoup parler d'économie circulaire dans le domaine du développement durable. Depuis décembre dernier, il fait maintenant partie de la réalité commerciale en Union européenne et l'industrie papetière devra s'y adapter. La Confédération des industries papetières européennes (CEPI) s'y prépare prépare depuis longtemps et se réjouit des mesures adoptées par la Commission.

Après quelques années dans les cartons, la Commission européenne adoptait en décembre 2015 un train de mesures pour intégrer le concept d'économie circulaire aux activités économiques de l'Union européenne. Suivant de près les pourparlers ayant précédé l'adoption de ces mesures qui devraient normalement être suivies d'une vaste gamme de réformes législatives, la Confédération des industries papetières européennes (CEPI) s'est rapidement prononcée et ceci ne pourra que faire réagir le reste du monde. L'industrie papetière européenne répond en effet à près du quart de la demande mondiale (23%), emploi 180,000 personnes et représente plus de 500 compagnies.

Le concept d'économie circulaire appelle à l'adoption par une entreprise d'une vision d'ensemble et d'une approche collaborative et transversale des enjeux environnementaux auxquels est confrontée son organisation. À l'échelle transnationale, l'idée, selon le communiqué de la Commission, est « d'aider les entreprises et les consommateurs européens à opérer la transition vers une économie plus forte et plus circulaire, dans laquelle les ressources sont utilisées de manière plus durable. » On y parle de « boucler la boucle du cycle de vie des produits grâce à un recours accru au recyclage et au réemploi des matériaux ».

Boucler la boucle de la filière cellulose

La CEPI explique qu'en reconnaissant la contribution de la biomasse et des bioproduits, la Commission européenne prend désormais en compte que la circularité commence souvent par la matière première qui provient de sources renouvelables. « Nos attentes ont été satisfaites et cette initiative politique majeure a correctement identifié les synergies nécessaires pour trouver des solutions réelles aux enjeux qui se présentent dans notre secteur », affirme Marco Mensink, directeur général de la CEPI. Le fait que la Commission reconnaisse la nécessité d'une collecte sélective de papier distincte des autres matières est aussi très bienvenu par la CEPI. « Ceci pourra fournir aux usines des matières premières de bonne qualité », ajoute monsieur Mensink. Mieux, la nouvelle série de mesures prévoit aussi de limiter l'expansion des dépotoirs ce qui ne pourra que fournir plus de fibre aux entreprises intéressées. Pour le directeur de la CEPI, il ne faut pas attendre; il espère que ces mesures deviennent lois au plus vite.

Il faut croire que l'industrie européenne n'attendra pas la règlementation avant d'agir. La semaine dernière, avec le World Economic Forum, la CEPI publiait un guide (ou « livre blanc ») pour la meilleure gestion et la meilleure intégration de l'écodesign dans la production de papier. La publication résume les principaux choix à effectuer par les parties prenantes. Qu'il s'agisse d'acteurs directement impliqués dans la chaine de valeur du papier tels que les imprimeurs et les papetiers ainsi que ceux qui sont indirectement touchés comme les autorités locales, les producteurs d'encre ou les fabricants d'équipement. Déjà en 2014, le Conseil National de l'Emballage produisait une étude sur l'importance de ce sujet dans son secteur d'activité. Le groupe français y recommande par exemple l'écoconception ou la réutilisation. Certains diront que de tels retournements coutent cher, mais, en Europe, les mesures annoncées seront financées grâce à une enveloppe de 650 millions d'euros au titre du programme Horizon 2020 (le programme de financement de l'UE pour la recherche et l'innovation). Une autre source de financement proviendra des fonds structurels pour la gestion des déchets à hauteur (5,5 milliards d'euros) et par des investissements dans l'économie circulaire réalisés par les différents États membres. Notons que le chiffre d'affaires annuel du secteur papetier est évalué à 75 milliards d'euros.

Ça vire de quel côté?

Il y a un an, je rencontrais Daniel Normandin, de l'Institut du développement durable, de l'environnement et de l'économie circulaire (Institut EDDEC), dans le cadre d'un cocktail-conférence de Cataléthique intitulé « L'économie circulaire : ça tourne de quel côté? ». On y expliquait que « le concept d'économie circulaire amène un nouveau paradigme pour permettre l'intégration de nouvelles façons de concevoir la production, la consommation et la gestion de biens en fin de vie et que l'économie circulaire cherchait à promouvoir un cycle de production, de consommation et de récupération en boucles aussi fermées que possible ». Pour le directeur de l'Institut EDDEC, le modèle économique linéaire traditionnel « extraire, fabriquer, consommer et jeter a véritablement atteint ses limites ». Or le vent tourne au Canada aussi.

Définir la circularité

En France, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) définit l'économie circulaire comme étant un « système économique d'échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l'efficacité de l'utilisation des ressources et à diminuer l'impact sur l'environnement tout en permettant le bien-être des individus. » Toujours dans l'Hexagone, l'Institut de l'économie circulaire explique que « son objectif ultime est de parvenir à découpler la croissance économique de l'épuisement des ressources naturelles par la création de produits, services, modèles d'affaire et politiques publiques innovants ». En lisant ceci, il faut espérer ne pas avoir le tournis. Ce qu'il faut surtout retenir, qu'il s'agisse d'une scierie, d'une usine de papier fin, de cogénération, de stratifiés croisés, de produits d'hygiène personnels ou de produits biochimiques, c'est que l'économie circulaire prône une approche interdisciplinaire pour parvenir à l'atteinte d'objectifs d'intérêt général. Dans les faits, pour une entreprise, les mesures européennes vont dans le sens de l'évolution même que prend l'industrie depuis quelques années. L'économie circulaire mise sur la diversification et l'interdépendance entre les différents secteurs de production. Ceci permet d'élargir la réflexion sur les possibilités offertes par la fibre de papier.


 

 
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