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Vendredi 14 décembre 2018

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Plage de variabilité naturelle et aménagement forestier

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La plage de variabilité naturelle (PVN) est une approche d'aménagement forestier et de récolte forestière qui mime les perturbations naturelles. Depuis peu, elle est officiellement prônée par l'Association des produits forestiers du Canada (APFC).

Les entreprises forestières membres de l'APFC convenaient récemment d'adopter cette approche qui imiterait la nature... dans la mesure du possible. Avec un peu d'imagination, quelques bonnes débusqueuses et de sérieux fondements scientifiques, la plage de variabilité naturelle (PVN) est une solution sage à la gestion des écosystèmes forestiers canadiens comme ce le serait pour de nombreux pays où il y a encore de grands massifs de forêts intactes.

Au Canada, PVN est le résultat du travail conjoint d'entreprises membres de l'APFC et de groupes environnementaux comme ForestEthics. Aujourd'hui, c'est sous le chapeau de l'Entente sur la forêt boréale canadienne (EFBC) qu'on en fait la promotion. Selon l'EFBC, on y travaille depuis près de cinq ans. On peut le croire, on ne fomente pas de telles révolutions du jour au lendemain. Toutefois, entre une adoption formelle et l'expérience terrain il y a deux mondes et le concept a déjà été proposé au Canada sans qu'il soit étendu à grande échelle. La bonne nouvelle est qu'il s'agit maintenant d'un idéal reconnu par le principal porte-parole de l'industrie. Chose certaine, entre les épinettes, les pratiques d'aménagement forestier se profilent de manière de plus en plus respectueuse du milieu naturel.

S'inspirer de la nature?

Les experts en développement durable parlent souvent de biomimétisme pour définir la reproduction artificielle de processus biologiques par des produits de synthèse ou par des biomatériaux. Domaine émergent de la recherche et concept à la mode, c'est aussi et peut être surtout un « processus d'innovation » qui prend son inspiration dans le monde naturel. Il en résulte des solutions novatrices aux enjeux de la durabilité. Or, on pourrait certainement argumenter que la PVN est une forme de biomimétisme. C'est dans l'air du temps. Des observateurs moins enclins aux sciences naturelles diraient qu'il s'agit plutôt de mimétisme organisationnel. La PVN est appliquée par les provinces canadiennes depuis déjà quelques années. Il s'agit en fait d'une base conceptuelle à l'approche d'aménagement forestier écosystémique pratiqué ici et là, a mari usque ad mare. De plus, des organisations comme le Forest Stewardship Council (FSC) l'intègrent depuis plusieurs années. L'organisme de certification international utilise plutôt le concept « d'étendue de la variabilité naturelle ».

Dans la norme d'aménagement forestier de FSC Canada, ce concept d'étendue de la variabilité naturelle est considéré comme une méthode pour établir une référence à partir de laquelle mesurer le changement et évaluer les risques liés aux options d'aménagement forestier. Dans le contexte des tensions entre certaines entreprises forestières et FSC, on est à même de se demander pourquoi l'EFBC développe son système de PVN alors que son caucus environnemental reconnait déjà la pertinence des outils développés par FSC. Par ailleurs, si le FSC rejoint tous les objectifs de l'EFBC, l'organisme offre en plus une solution appropriée en ce qui concerne le respect des droits des autochtones avec les concepts de consentement libre, préalable et éclairé. FSC permet ainsi de mettre sur le marché des produits certifiés de sources responsables au Canada. On sait que FSC travaille à la révision de sa norme d'aménagement forestier qui comprend la norme dite « norme nationale Boréale ». Une version finale de cette norme est d'ailleurs prévue à la toute fin de l'année (2016) et elle s'alignera avec les nouveaux principes et critères de FSC.

Aménagement forestier à l'ère écosystémique

À première vue, la PVN, tout comme l'étendue de la variabilité naturelle du FSC utilise les plus récentes connaissances en matière de structure et de composition des écosystèmes forestiers. Inévitablement, ceci pourra devenir un excellent guide pour encadrer les activités d'aménagement par les entreprises du secteur. La récolte se fait alors en suivant un modèle de destruction ou de régénérescence qui ressemble étroitement à ceux qui proviennent de perturbations naturelles comme le feu, le vent ou les insectes ravageurs comme la tordeuse des bourgeons de l'épinette. En simplifiant, on peut comprendre ces « plages » comme de vastes lisières boisées de formats non conventionnels. Des forestiers y reconnaitraient peut-être les fameuses coupes en mosaïque. On le voit, la science évolue, mais le vocabulaire des spécialistes en communication n'est pas en reste. Dans le langage des experts en biologie de la conservation, on parle d'une approche écosystémique à la gestion des forêts. Or pour l'EFBC, l'aménagement écosystèmique est un: « système d'aménagement qui tente d'imiter les modèles et les processus écologiques, dans le but de maintenir ou de restaurer les niveaux naturels de composition, de structure et de fonction des écosystèmes à l'intérieur des peuplements et dans le paysage. »

Dans un communiqué récent, le président et chef de la direction par intérim de l'APFC, Paul Lansbergen souligne qu'il s'agit d'un « engagement à l'égard des paysages naturels en forêt boréale canadienne. » L'approche est sertie d'un processus d'évaluation qui permettra par exemple d'intégrer de nouvelles données en lien aux impacts des changements climatiques.

Dans le contexte de l'EFBC, la PVN est un engagement volontaire pour les entreprises partenaires. Idéalement, cet engagement devrait hâter et élargir son utilisation actuelle par les membres de l'APFC. À terme, ceci représentera une zone de 73 millions d'hectares de forêt boréale. L'approche est louable et bienvenue, mais dans le contexte des développements normatifs internationaux, voilà peut-être un dédoublement qui sera source d'une confusion entre les normes d'aménagements forestiers. Or cette confusion est déplorée par l'industrie et par les groupes environnementaux depuis longtemps déjà. En effet, la PVN s'ajoute aux engagements de plusieurs entreprises qui souhaitent obtenir une certification indépendante.

Pour en savoir plus

• Publication de l'EFBC : « Exigences forestières pour l'analyse de la plage de variabilité naturelle (PVN) et l'établissement de cibles. CBFA, 2015. »
• Feuillet d'information de FSC Canada : « L'étendue de la variabilité naturelle » (décembre 2015).


 

 
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