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Surplus de copeaux : recibler pour mieux viser

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Source : Le Maître papetier

Le surplus de copeaux dans les scieries et son incidence économique est certainement la nouvelle de l'été. Elle risque même d'éclipser – en partie – la renégociation du « pire accord » de l'histoire (lire ici, l'ALENA selon Donald Trump).

La demande pour le papier journal continue de baisser, l'utilisation de fibre recyclée augmente et la compétition internationale est de plus en plus féroce chez les producteurs de pâtes. Or, les scieries continuent de produire du deux par quatre pour le marché nord-américain et... beaucoup de copeaux. Était-il inévitable dans ce contexte que les scieries soient confrontées à une problématique de surplus de copeaux?

Les observateurs le présageaient depuis quelques années. Clairement, il y a moins en moins de marchés pour la matière et ceci malgré les avancées technologiques qui permettent diverses utilisations pour les copeaux.

Au plan économique, les conséquences de cette situation risquent de devenir tout aussi préoccupantes que celle des droits punitifs sur le bois d'œuvre imposés par les États-Unis. Certains croient toutefois que les deux enjeux sont liés et que les marchés ont anticipé l'arrivée des droits compensateurs. Voilà qui expliquerait en partie le roulement des scieries. Par ailleurs, la peur des quotas d'exportation fait des siennes. Il est possible que les propriétaires de scieries aient décidé de vendre pendant que c'était le temps. Quoi qu'il en soit, le problème est plus structurel que conjoncturel. C'est le modèle économique qui n'est pas au rendez-vous.

Bioraffineries à la rescousse ? Pas certain !

On imagine que les bioraffineries qui valorisent les résidus forestiers sont déjà ou pourraient devenir un débouché possible pour ces copeaux. Erreur! Leurs prix sont trop élevés. L'équilibre économique pour une scierie se situerait entre 70 et 100$ la tonne de copeaux. C'est loin d'être la réalité des bioraffineurs.

Dans l'article du Journal de Montréal mentionné plus haut, ce que l'on peut comprendre de la réaction de Patrice Mangin, directeur général du projet Bioénergie La Tuque (BELT) c'est que dans le cas précis de cette bioraffinerie qui vise à fabriquer du diesel ou des biocarburants renouvelables pour le transport, la marge est probablement très différente par rapport à celle de bioraffineries qui produisent par exemple des huiles pyrolytiques. Ces dernières ne sont pas des carburants de transport à proprement parler, mais plutôt une forme de pétrole brut. Dans ce cas, la tonne produite peut donc se vendre assez bas. Certains parlent de 30 à 40$ la tonne. Pourtant, l'équilibre économique du projet BELT dont parlait monsieur Mangin se situerait à 60$ la tonne métrique sèche. Et quand il fait allusion à ce 60$, ce n'est pas sur le coût d'approvisionnement des copeaux, mais sur le coût des résidus forestiers laissés non utilisés en forêt. Patrice Mangin précise d'ailleurs pour Le Maître Papetier qu'à l'international, pour alimenter de larges bioraffineries, le coût du « non-livré usine » est pratiquement du double.

Innover pour s'adapter

Attendons-nous à observer ces situations de surplus de plus en plus. Oui, aujourd'hui les scieries produisent trop de copeaux et ce sera encore le cas demain. Il faut se souvenir que les usines de papier étaient habituellement leurs plus importants acheteurs et ce n'est une nouvelle pour personne que celles-ci sont de moins en moins nombreuses. Le Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ) le notait par exemple dès 2010 suite aux rencontres de son Comité sur la revalorisation de l'industrie forestière.

En comparaison avec la situation québécoise d'il y a dix ans, le nombre d'usines de pâtes et papier qui achètent des copeaux a grandement diminué. Il passe d'une soixantaine à 34 aujourd'hui. Là-dessus, seulement une vingtaine utiliserait de la fibre qui n'est pas recyclée : les copeaux ! Au centre du Québec, une usine Kruger est récemment passée au recyclé comme matière première. La tendance se maintient.

Dans une scierie québécoise, c'est environ la moitié d'une bille de bois qui sort normalement sous forme de résidus après sa transformation en deux par quatre. Là-dessus, les copeaux représentent une portion importante. « Pour les scieries, il faudra probablement songer à une reconsidération complète de leur modèle d'affaires et de leur façon de travailler, indique Patrice Mangin, qui précise que si l'on continue sans changement, le coût moyen peut se stabiliser autour de 70-80$ pour les copeaux avec des risques cycliques pour les scieries lorsque le prix sera plus bas (60$ et moins) ». Une solution qui est probablement déjà évaluée par le gouvernement serait d'augmenter la taille du diamètre du bois dit 'commercial' pour le faire passer de 8-9 cm à 10-12 centimètres. Cela pourrait réduire les résidus en scierie et augmenterait l'efficacité des opérations.

Cibler la bioéconomie

D'autres options sont à étudier en ce qui concerne l'opération même des scieries. On peut songer par exemple à la réduction à la source avec une plus grande utilisation de logiciels de « rendement matière ». Par ailleurs, comme le Canada produit grosso modo 16 millions de tonnes métriques de copeaux chaque année, leur valorisation pour d'autres usages que les pâtes et papiers et que pour le bioraffinage devient un enjeu de taille. Pensons ici à la fibre de cellulose, aux bioproduits comme les panneaux d'isolation ou aux composites bois-polymères.

L'effondrement du marché des copeaux requiert l'adoption sans plus tarder de mesures concrètes des gouvernements. Celles-ci pourraient prendre la forme de financements renouvelés pour favoriser l'innovation comme de mesures règlementaires provisoires. Ceci pourrait prendre la forme de directives visant l'amélioration de la qualité? des billes de déroulage ou de sciage. En parallèle, d'autres mesures pourraient aider les scieries à compenser la perte de revenus associée à l'amenuisement de la valeur du panier des produits du sciage.


 
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