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Jean Hamel veut en finir avec le syndrome du marteau

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Jean Hamel de FPInnovations croit que l'industrie des pâtes et papiers saura mettre sa dent dans la « brève histoire de l'avenir ». L'ingénieur mécanique passionné par les questions sociopolitiques entourant l'innovation industrielle, fait référence ici au livre du même nom de l'économiste français Jacques Attali.

Vice-président, Pâtes, papiers et bioproduits chez FPInnovations depuis 2009, Jean Hamel s'est fixé l'objectif de mettre le pied sur l'accélérateur technologique aux deux ans. Quelle sera l'annonce de 2016 se demande-t-on en sachant que le début 2014 a été marqué par l'annonce en grandes pompes de la construction avec Kruger d'une usine de démonstration de filaments de cellulose à Trois-Rivières? Jean Hamel ne brisera pas le suspens, mais rappelle « qu'il y a un engouement certain envers les technologies d'extraction des sucres cellulosiques », et, d'un même souffle, pour brouiller les cartes, il parle d'extraction de la lignine.

Difficile de faire des paris. Jean Hamel a la responsabilité d'une foule d'autres programmes. Que ce soit en matière de biomatériaux, bioraffinage et énergie, pâte commerciale ou de produits de consommation comme le papier, les emballages et les tissus. En tout, il gère 50 % des opérations de l'organisme et sous sa responsabilité on compte 220 chercheurs et techniciens. Son budget d'exploitation est de 43 millions de dollars et là-dessus, 40 millions sont dédiés à la recherche au développement et à l'innovation.

« Nous avons introduit le concept du ‘développement de proposition de valeur itérative’ où l’innovation provient de l’interaction entre les entreprises, les organismes de soutien et l’environnement socioéconomique. »

Ingénierie concurrente

Si vous parlez aux collègues de Jean Hamel vous réaliserez rapidement que l'un de ses dadas concerne la recherche de l'impact réel. Plus qu'un dada, c'est une véritable vision qui correspond en tous points à celle de son organisation. « On ne travaille pas en laboratoire seulement pour le laboratoire dit-il sans discréditer la recherche fondamentale. » Pour lui, la définition même de l'innovation est de développer des produits (technologie, matériau ou processus) qui iront sur le marché.

FPInnovations adopte une vision large de la gestion de l'innovation. « Nous avons introduit le concept du 'développement de proposition de valeur itérative' où l'innovation provient de l'interaction entre les entreprises, les organismes de soutien et l'environnement socioéconomique. » Ainsi, l'équipe de Jean Hamel étudie très tôt si tel ou tel projet répond aux besoins du marché. « Par exemple, un de nos membres pourrait avoir besoin d'une solution en matière de durabilité environnementale dans ses processus industriels. » On jugera de son succès si l'innovation apportée, la solution qui sortira des portes de FPInnovations, a une valeur économique considérable.

« Nous travaillons avec des firmes d'ingénieurs-conseils à partir du moment où nous avons une technologie qui a une proposition de valeur importante. Nous leur demandons par exemple de travailler sur une intégration industrielle pour une usine qui produirait x tonnes d'un matériau spécifique par jour. » Un prototype de l'usine préliminaire est conçu et comprendra une estimation des coûts. Ceci génère des données analytiques détaillées et permet à FPInnovations de modifier les aspects les moins économiques d'un projet pour en faire une technologie gagnante. « Cette manière de procéder nous permet de libérer les chercheurs de ses évaluations complexes qui, de toute manière, ne sont pas de l'expertise des chercheurs. » Cette nouvelle méthode génère une série de questions de la part de ces consultants. Avec un regard extérieur au projet, ils réorientent parfois la recherche sur certains aspects qui n'avaient pas encore été explorés. « C'est ce que nous appelons l'ingénierie concurrente explique, Jean Hamel. Cette méthode passe par la veille concurrentielle effectuée par des équipes expérimentées et permet des itérations fréquentes qui réorientent rapidement le produit. »

« Comme industrie, nous sommes bien plus que des gestionnaires de machines et d’usines, nous sommes des experts en gestion et en utilisation de la ressource forestière. »

Recherche ne veut pas dire innovation

Jean Hamel distingue recherche et innovation. Il semble en faire une marque de commerce. Il explique qu'il y a une tendance, observable depuis quelques années, voulant que les chercheurs poussent leurs technologies jusqu'au bout sans considération pour « les forces collectives d'apprentissage ». En adoptant une gestion de l'innovation qui ne mise pas seulement sur une seule technologie, mais sur un ensemble de solutions technologiques.

Certains accusent encore l'industrie d'immobilisme. Pour l'expliquer, Jean Hamel parle du manque de vision de certaines entreprises et parle du « syndrome du marteau ». On utilise sans réfléchir ce que l'on a déjà à portée de la main. Au lieu, on pourrait réaliser que nous possédons une foule d'autres outils et compétences. « Pas la meilleure solution » dit-il en riant. « Avec un marteau, on a tendance à frapper sur tous les murs et à faire des trous partout! Pourtant, la compétitivité du secteur dépend de sa capacité à développer de nouveaux produits – à explorer de nouveaux marchés. » En effet, le bon menuisier est bien plus qu'un utilisateur de marteau! « Comme industrie, nous sommes bien plus que des gestionnaires de machines et d'usines, nous sommes des experts en gestion et en utilisation de la ressource forestière. »

Pour le Vice-président au casque blanc, l'industrie forestière doit en effet se concentrer sur son savoir-faire. « Ultimement, dans 20 ou 50 ans l'industrie reposera sur la commercialisation de nouveaux produits, mais sera toujours utilisatrice de biomasse forestière. » Jean Hamel se permet d'imaginer que « les fibres et résines utilisées pour fabriquer les avions proviendront un jour de cette biomasse forestière et que, pour voler, les Airbus, Bombardier et Boeing brûleront du carburant provenant des mêmes forêts ».

De la découverte à l'application industrielle

Depuis ces premiers jours au sein de l'organisme Jean Hamel cherche à mettre en pratique un concept qui l'inspire et qui est tiré d'un de ses livres cultes : le Need Approach Benefit Competition ou « BARC » en français. C'est l'acronyme de Besoins, Approche, Retombées, Concurrence. C'est une organisation admirée par Jean Hamel qui l'a appliqué pour la première fois : SRI International. Leur président a écrit un livre qui fait une revue complète des facteurs de succès en innovation: (Curtis Carlson and William Wilmot (2006). Innovation: The Five Disciplines for Creating What Customers Want.)

Responsabilité environnementale tremplin vers l'innovation

« Nos sociétés sont face à des défis importants en ce qui concerne la durabilité environnementale. En parallèle, nos besoins en matériaux performants, en énergie ou en produits chimiques augmentent et c'est aussi dans ce contexte qu'évolue l'industrie des produits forestiers. » Jean Hamel ajoute qu'elle est dynamisée par un ensemble de contraintes de marché et de normes en réponse à ces enjeux. « Je résume souvent la situation par une évidence qui met en contexte l'importance de notre travail : l'industrie doit répondre aux besoins des clients et ceux-ci ont considérablement changé au cours des dernières années. » Une des opportunités qui s'offre pour faire le pont entre ces besoins et enjeux sociaux consiste à miser sur les bioproduits.

CelluForce : exemple parfait de collaboration technologique

« Produit révolutionnaire dont personne ne veut » titrait La Presse un peu rapidement au lendemain de PaperWeek 2014. En effet, pour Jean Hamel, « il faut comprendre la réalité de l'industrie et être patients vu la courbe d'apprentissage inhérente à toute modification d'une telle chaine d'approvisionnement et, justement, il y a ces jours-ci des utilisateurs potentiels qui s'enlignent - l'intérêt pour la nanocellulose cristalline (NCC) se confirme plus que jamais ».

Pour amener des nouveaux matériaux sur le marché il faut s'intéresser à une vaste et complexe chaine d'approvisionnement. Ce n'est pas aussi simple que de mettre un produit sur une tablette de magasin pour le vendre illico au consommateur. Pour accélérer ses applications, il faut avoir des quantités significatives de matériaux à proposer et c'est ce qui attire les clients potentiels.

CelluForce est un partenariat entre Domtar, NanoQuébec et FPInnovations. La CNC, est un nanomatériau extrait de la fibre de bois. Il possède un excellent potentiel de développement et est considéré comme « l'exemple parfait du produit à valeur élevée ». Ses applications font rêver. Entre autres : peintures, revêtements, encres, adhésifs, textiles, papiers et cartons.

« Le partenariat avec Kruger est l’une des réalisations dont je suis le plus fier dans ma carrière parce que nous avons pu passer de la découverte à l’application industrielle en moins de quatre ans. »

Nouveau biomatériau: partenariat avec Kruger

Jean Hamel suit le projet de Kruger depuis sa sortie de laboratoire. « Nous avons rapidement identifié que le matériau pouvait avoir plusieurs applications; qu'elles soient liées aux produits usuels issus de l'industrie forestière ou à de tout nouveaux produits tels que les matériaux composites. »
« La structure du projet se devait d'être très différente de celle de CelluForce où nous avons constitué une coentreprise avec Domtar. » Dans ce cas, il y avait un produit unique, mais sans autant de potentiel pour les applications traditionnelles. Avec l'usine Kruger de Trois-Rivières, nous sommes en présence d'une alliance stratégique finie dans le temps. L'entente concerne le perfectionnement d'un procédé et la production de quantités significatives de filaments cellulosiques.

L'association de l'organisme à Kruger avait comme premier objectif de construire une usine de démonstration de filaments de cellulose d'une capacité de 5 tonnes par jour à Trois-Rivières. « Les filaments de cellulose sont un nouveau biomatériau à base de bois et il aura un impact immédiat sur l'industrie. En effet, ajouté aux processus de production de produits papetiers les filaments augmentent leur souplesse, leur légèreté et leur solidité. »

« Le partenariat avec Kruger est l'une des réalisations dont je suis le plus fier dans ma carrière parce que nous avons pu passer de la découverte à l'application industrielle en moins de quatre ans. La concrétisation du projet est le résultat d'un travail d'équipe admirable. » En tout, ceci représente 14 millions de dollars en recherche collaborative avant la mise en branle du projet.


(De g. à dr.) : Première rangée : M. Pierre Lapointe, président et chef de la direction, FPInnovations; l'honorable Denis Lebel, ministre de l'Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouvernementales, et ministre de l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec; Mme Martine Ouellet, ministre des Ressources naturelles du Québec; Mme Élaine Zakaïb, ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique du Québec; et M. Daniel Archambault, vice-président de direction, division Produits industriels, Kruger. Deuxième rangée : M. Jean-François Guillot, directeur général de l'usine Kruger de Trois-Rivières; M. Robert Aubin, député fédéral de Trois-Rivières; Mme Noëlla Champagne, députée de la circonscription de Champlain; Mme Danielle St-Amand, députée de Trois-Rivières; M. Yves Lévesque, maire de Trois-Rivières; et M. Pierre Janelle, vice-président, Fabrication – Québec, Papiers pour publications. Ils sont accompagnés de travailleurs de l'usine Kruger de Trois-Rivières.

La fin d'un empire

Entre ses lectures du Président de SRI International et de Jacques Attali, Jean Hamel supervise 46 projets de recherche. Si le premier livre concerne la gestion quotidienne de l'innovation – un sujet directement lié à son travail – qu'est-ce qui peut bien l'inspirer dans un livre de prospective? (Jacques Attali (2006). Une brève histoire de l'avenir.)

« J'y vois un lien avec notre industrie en ce que l'auteur explique qu'historiquement, lorsque un pays devient puissant, qu'il a terminé de bâtir son empire, une grande partie de son énergie est consacrée à défendre ses positions. Or c'est à ce moment qu'il perd le potentiel d'innover ou de croitre de manière durable. » Une analogie avec l'industrie des pâtes et papiers est en effet possible. « Nous avons beaucoup investi en équipements lourds au cours des dernières décennies et trop d'énergie a été investie à défendre nos acquis. » Une erreur qui nous ramène au syndrome du marteau, au menuisier qui fait des trous dans les murs! « Il faut considérer notre potentiel dit Jean Hamel, et croyez-moi, il y en a tout un. » Pourrions-nous imaginer par exemple que l'industrie forestière se transforme complètement dans les années à venir? Demandez à Jacques Attali ou, plus simplement, parlez-en à Jean Hamel!







Jean Hamel
, ing., vice-président, FPInnovations, a reçu son B.Sc. (1983), et M. Eng. (1985), en génie mécanique de l'Université de Sherbrooke. Il a joint l’institut de recherche en pâtes et papier Paprican comme ingénieur de recherche et a travaillé sur le développement, l'optimisation et le dépannage des équipements de finition du papier. En 1995, il s’est joint à Cartons St-Laurent à titre d’ingénieur sénior des procédés afin de travailler sur le développement de produits, l’optimisation de la machine à papier et le démarrage des équipements de finition.

En 1996 il est retourné chez Paprican où il a piloté la construction et le démarrage de la machine à papier pilote et mis au point la nouvelle installation pour les essais sur rouleaux, le premier concept d’unité d’affaire de l’organisation. En 2004, il est nommé directeur du programme de la performance des produits. En 2007, peu de temps après la fusion des trois instituts de recherche Paprican, Forintek et FERIC pour former FPInnovations, il est nommé directeur général de la recherche pour la division des pâtes et papiers où il se consacre à accélérer le transfert de technologie et le développement de nouveaux procédés d’innovation.

Depuis 2009, il est le vice-président de la division des pâtes, papiers et bioproduits de FPInnovations, où il dirige le programme d’innovations des pâtes et papiers ainsi que les efforts de R&D pour développer des nouveaux produits chimiques, des biomatériaux et des composites de fibres de bois. Il siège actuellement aux conseils d’administration d’Innovation Bio-industrielle Canada (BIC), l’ICGQ, et de l’ADRIQ. 



FPInnovations est un chef de file mondial qui se spécialise dans la création de solutions à vocation scientifique soutenant la compétitivité à l’échelle mondiale du secteur forestier canadien et qui répond aux besoins prioritaires de ses membres et de ses clients industriels et gouvernementaux.

L’organisme déploie son expertise autour de quatre principaux axes de recherche :
• l’optimisation de la chaîne de valeur
• la mise au point de solutions pour la construction et pour la vie
• la création de pâtes et papiers de nouvelle génération
• la bioénergie, les produits chimiques et les bioproduits avancés

Sa contribution aux enjeux industriels de l’heure prend de multiples formes
• une foresterie durable
• des produits écologiques
    - systèmes de construction
    - communications et conditionnement
   - produits chimiques et biologiques
• une fabrication autosuffisante sur le plan énergétique
• l’utilisation d’une source d’énergie renouvelable

      Pour plus de détails : www.fpinnovations.com


 

 

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