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Toujours pertinent, FSC est à un point tournant

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FSC Canada est dans la tourmente et sa relation avec l'industrie forestière québécoise n'est pas de tout repos. Le mandat de l'organisation n'a toutefois jamais été aussi pertinent, car, à travers le monde, les pressions économiques sur la déforestation sont toujours plus importantes que celles qui visent à exploiter la forêt de manière durable.

Le mandat de François Dufresne, président de Forest Stewardship Council Canada (FSC Canada), n'est pas de tout repos. Le MaÎtre Papetier l'a rencontré dans ses bureaux du centre-ville de Montréal en octobre. C'était quelques jours seulement avant que l'industrie forestière décide d'exprimer publiquement ses profondes inquiétudes au sujet des « nouvelles normes d'exploitation de la forêt encore non aménagée au nord du Québec ». C'est ce que souligne une lettre du Conseil de l'industrie forestière du Québec au gouvernement et à FSC Canada.

Après Résolu, c'est donc près de 30 autres joueurs forestiers qui soulèvent des doutes sur la pertinence d'avoir une certification environnementale FSC. Dans la foulée, le directeur général de FSC, Kim Carstensen, critique particulièrement les déclarations de Produits forestiers Résolu selon lesquelles l'entreprise ne désire plus de nouvelles certifications de l'organisme et ceci, même si elle vient de récupérer une certification suspendue en janvier 2014 pour deux territoires d'exploitation.

François Dufresne est arrivé chez FSC Canada en mai 2012. Il y est notamment responsable de la planification stratégique, du financement et des relations avec les parties prenantes comme les groupes environnementaux, les instances gouvernementales et l'industrie forestière. Nous reproduisons l'entrevue telle qu'accordée avant les plus récents développements de l'actualité.

Le FSC a été fondé en 1993 à Toronto, au Canada, par des représentants de groupes environnementaux, l’industrie forestière, des professionnels du secteur forestier, d’organismes autochtones et de groupes forestiers communautaires de plus de 25 pays.

FSC est un système international de certification et d’étiquetage visant à promouvoir une gestion responsable des forêts à l’échelle mondiale. Le bois, le papier et les autres produits certifiés FSC affichent le logo FSC et sont vendus sur le marché par des entreprises certifiées.

                                 Source : FSC Canada 

Le Maître papetier (LMP) :   Le Canada est un pays important pour FSC. Est-ce que nous sommes bons joueurs en comparaison avec d'autres pays ?

François Dufresne (FD) : Il faut d'abord définir ce que signifie être un bon joueur. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte, la proportion des forêts certifiées, le nombre de membres, la reconnaissance de la part des consommateurs de produits forestiers, etc. Globalement toutefois, je répondrais par un 'oui' – nous sommes un bon joueur !

FSC et d'autres normes de certifications sont implantées un peu partout à travers le monde. Présents dans quelque 80 pays avec des bureaux dans 35 d'entre eux, nous sommes bien placés pour établir des comparaisons. Déjà, contrairement à plusieurs autres formes de certifications que certains qualifient de compétitrices, nous ne sommes pas affiliées à des normes régionales. Le Canada est un pays où la certification a beaucoup de succès. Les bonnes lois forestières canadiennes constituent une bonne base pour expliquer cet état de fait.

On trouve 50,8 millions hectares de forêts certifiées FSC au pays et il y a des milliers de produits vendus ici qui utilisent les fibres certifiées FSC et qui portent notre label. 34 % des forêts certifiées au Canada le sont selon une norme FSC. En fait, le tiers de nos certifications à l'échelle du globe se trouvent, ici, au Canada. Au total, FSC compte près de 190 millions d'hectares à l'échelle mondiale. Plus précisément, c'est donc 31% des forêts certifiées à l'échelle du globe qui se trouvent au pays.

Les groupes nationaux de FSC possèdent tous trois chambres dans leurs structures de gouvernance : sociale, environnementale et économique. Au Canada, nous avons une quatrième chambre qui est la chambre dite « autochtone ». C'est unique au monde.

LMP : Par rapport d'autres certifications similaires comme le CSA ou le SFI, quels sont justement les autres avantages de FSC pour une entreprise ?

FD : FSC est reconnu par plusieurs comme l'étalon-or en matière de gestion durable des forêts. C'est d'ailleurs de cette manière que nous aimons nous positionner – un leader dans la certification des forêts. Une nouvelle étude du WWF a démontré qu'il existe un avantage économique concret pour une entreprise en se conformant à notre certification. Les entreprises forestières récupèrent une somme supplémentaire de 1,80 $ pour chaque mètre cube de bois certifié FSC. C'est une moyenne bien entendu, mais ce chiffre en dit beaucoup. À nos yeux, nous ne pouvons avoir du succès dans la protection des forêts du monde s'il n'y a pas d'avantages financiers pour les entreprises participantes. Avec 30,000 certificats de chai?ne de traçabilité, le label procure un accès garanti à un marche? d'e?chelle mondiale. Le FSC est mondial est voilà déjà un point qui le distingue de CSA (Canada) ou de SFI (Amérique du Nord). Par ailleurs, dans le cas de CSA, bien qu'elle repose sur ISO, elle n'a pas de structure de gouvernance démocratique.

Pour une entreprise, la certification permet aussi de réduire le risque relié à la chaine d'approvisionnement. De grands joueurs comme Ikea, Kingfisher, Tetra Pak, Procter & Gamble ou Kimberly Clark se prévalent entre autres de notre certification pour cette raison. La certification constitue donc le cœur de notre travail, mais notre pouvoir de rassemblement nous donne aussi une chance unique d'agir pour le bien commun; celle de créer de nouveaux outils pour bonifier de manière continue la certification tout en répondant aux grands enjeux forestiers mondiaux. Ainsi, seulement à titre d'exemple, nous avons implanté des critères stricts en matière de normes du travail. Nous adhérons aux principes du Bureau international du travail – la seule certification à le faire – pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'exploitation du travail des enfants ou qu'il y ait parité dans les conditions de travail entre hommes et femmes.

LMP : Quelles sont les normes et exigences les plus difficiles à surmonter pour les grandes entreprises forestières au Canada ?

FD : Chaque pays est différent. Chaque biome possède ses particularités. Notre grande proportion de forêts boréales et de grandes forêts intactes caractérise la situation canadienne. L'approche FSC demande donc d'être très précise, très collée sur les circonstances nationales, et d'aller souvent au-delà des exigences des lois environnementales et forestières en place. En simple matière d'aires forestières protégées, nous demandons d'aller plus loin que ce que certaines provinces exigent. Les compagnies y voient de manière volontaire. Basées sur les principes des forêts à haute valeur de conservation, certaines parties des territoires seront mises de côté par les détenteurs de certificats pour s'assurer qu'elles soient protégées. Autre caractéristique canadienne, nous demandons un consentement des peuples autochtones.

LMP : FSC est un système international de certification et d'étiquetage dédié à la promotion de l'aménagement responsable des forêts qui évolue dans le temps. De quoi dépend cette évolution?

FD : Nos activités sont en effet inscrites dans une perspective évolutive. Ce sont des facteurs tels que les avancées scientifiques et technologiques ainsi que les tendances internationales ou les nouveaux traités qui influent sur notre transformation continuelle. Notre plus récente révision d'importance est la deuxième dans notre histoire. La dernière date de 2012. Ce qui en découle ce sont des principes déclinés au niveau d'indicateurs généraux qui peuvent être adaptés au plan national. La nouvelle norme canadienne de FSC sera présentée pour consultation publique d'ici peu. Nous y travaillons depuis un an et demi. Une deuxième ébauche sera prête au printemps et la version finale pour approbation sera prête pour l'automne 2016.

LMP : Que ressort-il de la dernière Assemblée générale de FSC en 2014 ?

FD : Plusieurs points pourraient être soulignés. Notre travail est d'en informer les membres et le grand public. Une foule d'informations sont disponibles en ligne à ce sujet. Globalement, il y aura une plus grande place accordée aux critères sociaux, mais, dans le contexte canadien, il faudrait souligner l'importance du concept de paysages forestiers intacts (PFI). L'idée vient d'être avalisée bien que nous en discutions depuis longtemps. Ici, un territoire forestier pourrait être classé en tant que PFI s'il répond à une série de conditions. On y inclut par exemple la nécessité d'une large superficie boisée d'au moins 50,000 hectares. Il s'agit d'un critère de non-fragmentation très important en matière de protection de la biodiversité. Cela doit être intégré à la révision de notre norme d'ici l'année prochaine.

LMP : Comment se structurent les rapports entre FSC Canada et les entreprises sur le plan de la gouvernance ?

FD : Nos liens se structurent de différentes manières, formelles et informelles. D'abord, au conseil d'administration, l'industrie possède deux représentants sur huit. L'industrie a aussi des représentants sur le conseil d'administration de FSC International. Au sein du Comité de développement de la norme, nous privilégions une approche équilibrée des représentants des quatre chambres : économique, autochtone, sociale et environnementale. Dans la chambre économique, on parle de compagnies qui produisent ou qui consomment. En ce moment, les membres de la chambre économique sont tous des compagnies forestières productrices comme Domtar, Tembec, Alberta Pacific, etc. Enfin, certains événements sont aussi adressés aux représentants de la chambre économique.

LMP : Vous décrivez FSC comme une vaste table de concertation entre différents acteurs ? Comme label environnemental est-il possible que les groupes environnementaux soient avantagés par défaut ?

FD : C'est une question qui revient souvent et qui est fort intéressante. Il faut bien entendu comprendre FSC en fonction de sa mission et de son histoire. Celle-ci est jonchée d'avancées en matière de protection des écosystèmes forestiers. Il est normal que les gens considèrent que notre rôle est d'abord celui de défenseur de l'environnement. Toutefois, nous sommes aussi un allié des exploitants commerciaux de la forêt et ceci depuis les tout débuts en 1992. Les décisions chez nous se prennent sur la base du consensus. En ce sens, une chambre d'intérêt ne peut pas imposer ses vues de manière indépendante. Chaque représentant dans les comités ou au conseil d'administration a le même poids électoral. Ainsi, comme institution, nous sommes dans l'obligation de présenter des approches toujours équilibrées afin que le consensus prévale. Ce qui avantage aussi cette structure de gouvernance c'est le partage de valeurs communes et l'adhérence à une mission. Ces valeurs tournent donc autour de la protection de l'environnement et, en ce sens, ce ne sont pas les groupes environnementaux qui ont une voix plus forte, mais c'est l'intérêt de la forêt qui prédomine. Cet intérêt va se décliner de diverses manières et notamment en matière d'utilisation durable de la ressource ligneuse.

LMP : FSC est très présent en Amérique du Nord et en Europe, mais très peu dans les pays tropicaux.

FD : Oui. Il faut se demander comment FSC peut s'introduire plus efficacement dans ces pays où il y a beaucoup de PME qui opèrent sur de petits territoires. J'ai participé récemment à un événement dans cet édifice (Maison du développement durable) sur le cadre d'analyse de l'Alliance financière pour le commerce durable (FAST). FAST a élaboré un nouveau cadre d'analyse pour promouvoir l'investissement d'impact en foresterie. Cette conférence de Cataléthique a permis de souligner l'importance de cadres d'analyse, moins stricts que les nôtres, afin d'ouvrir la porte au développement durable dans les petites entreprises, qu'elles soient en Amérique latine ou en Afrique par exemple. Nous avons besoin de ce genre de partenariat pour faciliter notre implantation efficace dans l'hémisphère sud. C'est l'une de nos faiblesses. C'est aussi celle de l'ensemble des certifications forestières voire même des certifications en développement durable au sens large.

LMP : Est-ce un enjeu international ?

FD : Oui, c'est un enjeu international dans le sens où une grande proportion des forêts riches en biodiversité se trouve dans les tropiques. Certains considèrent que les indicateurs de FAST et d'autres initiatives similaires sont un premier pas vers la certification. Les PME y apprennent les techniques de collecte de données ils les présentent aux investisseurs. Ceux-ci peuvent ensuite décider de financier un processus de certification. Ces mêmes données peuvent être réutilisées ensuite pour FSC. Notre Plan stratégique mondial touche la période 2015-2020. Nous souhaitons d'ailleurs doubler notre part dans les échanges commerciaux de produits forestiers pour atteindre 20 % du total mondial et ceci passera obligatoirement par l'inclusion des pays du sud. Pour y voir, il faudra donner une voix aux personnes les plus affectées par la mauvaise gestion des forêts comme les petits exploitants et l'une des manières de le faire sera de rendre la certification accessible et à des coûts raisonnables.

LMP : À quel moment jugerez-vous que vous aurez réussi en tant que président de FSC Canada ? Quels sont vos principaux défis ?

FD : Il faut atteindre une masse critique de forêts certifiées au Canada : à terme, la moitié des forêts productives canadiennes devraient être certifiées FSC. Ceci pourrait nous amener à une centaine de millions d'hectares. C'est ambitieux, mais très réalisable. Il y a une impulsion internationale et nationale en matière d'utilisation durable des forêts. On parle parfois en coulisse d'une nouvelle industrie qui se profilerait comme celle de la gestion du carbone. Nous développons des outils en ce sens dans le contexte du programme REDD des Nations-Unies et développons un référentiel en matière de services écosystémiques qui saura répondre aux besoins de l'ensemble de nos membres. En résumé, l'idée est de dégager une valeur supplémentaire à la protection de la forêt.

Par ailleurs, je voudrais aussi voir à l'implantation de notre nouvelle norme en 2016. Nous croyons qu'elle répond bien aux exigences des Canadiens surtout dans le contexte du respect des droits des autochtones. Le gouvernement au fédéral en est pleinement conscient. Nous sommes dans une période de transition et de grands changements. En ce sens, FSC se trouve à un point tournant. Le marché est instable ce qui amène beaucoup de questionnements et d'inquiétudes de la part de nos membres. C'est le cas chez les entreprises qui s'inquiètent de leurs rendements. Nous le comprenons et cherchons à répondre aux enjeux liés à cette instabilité afin d'offrir une valeur tangible à toutes nos parties prenantes mais pour y parvenir, la collaboration de tous sera nécessaire.


 

 

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