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Renaud Gagné, VP, SCEP Québec

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«Le projet de Loi 11 représente le strict nécessaire pour les papetiers retraités»

En mars 2009, dans une entrevue au quotidien Rue Frontenac, il avançait que la faillite éventuelle d'AbitibiBowater serait un désastre comparable à la faillite du fabricant d'automobiles GM. Aujourd'hui, AbitibiBowater a réussi à s'extirper de la faillite mais Renaud Gagné, vice-président du Syndicat des travailleurs des communications, de l'énergie et du papier (SCEP) au Québec, est d'avis que la partie est loin d'être gagnée pour les travailleurs et retraités de l'entreprise (on compterait près de 9000 retraités de l'entreprise fusionnée).

M. Gagné, qui en a vu « des vertes et des pas mûres » dans l'industrie au cours de sa carrière, a eu raison en avril dernier lorsqu'Abitibi a annoncé la fermeture d'une machine à papier à l'usine de Baie-Comeau, causant la perte de 90 postes. « Ce que j'ai du mal à comprendre, c'est que pendant que les employés syndiqués acceptent à contrecoeur, dans le cadre de la récente convention collective, une nouvelle baisse de production de 4%, les cadres s'accordent des primes et gonflent leurs revenus par des options sur l'action de la nouvelle compagnie, et ce à l'abri des impôts. Pour un travailleur qui n'arrête pas de se serrer la ceinture, c'est assez indécent merci!!»

Projet de Loi 11

Depuis plusieurs mois, le cheval de bataille de M. Gagné est le projet de loi 11, qui vient amender la Loi sur les régimes complémentaires de retraite. « Ce projet de loi représente en fait un long processus de 18 mois avec AbitibiBowater pour protéger retraités et travailleurs, précise M. Gagné. Ce n'est pas l'entente du siècle, mais c'est la formule la plus acceptable dans les circonstances, assure celui qui dénonce les bonis aux cadres supérieurs d'Abitibi, alors que des primes de séparation aux employés licenciés n'ont toujours pas été versées.

Les amendements du projet de loi 11 proposent principalement deux choses : d'abord d'accorder 15 ans au lieu de 5 ans à une compagnie en réorganisation financière (l'entreprise ne doit pas être en faillite, il doit y avoir entente avec les créanciers pour un refinancement) pour renflouer la caisse de retraite des employés. Ensuite, les retraités d'une telle entreprise auraient le choix de mettre leurs contributions à l'abri des intempéries avec la Régie des rentes du Québec (RRQ), donc de garantir les prestations, en échange d'une légère baisse de la rente. Le SCEP attend impatiemment d'avoir la liste de ceux et celles qui opteront de transférer leur rente à la SSQ pour évaluer l'impact de cette clause du projet de loi 11.

« Pendant que nous étions occupés à sauver AbitibiBowater, la compagnie Papier Fraser, elle aussi en difficulté, a confirmé nos pires craintes en se montrant incapable de financer la caisse de retraite de ses employés. Résultat, les retraités ont vu leur rente coupée de 35% d'un coup, » explique M. Gagné. Et l'histoire risque de se répéter avec Papiers White Birch, dont l'acheteur intéressé, Black Diamond Capital Investment, est le créancier principal de l'entreprise! Pas étonnant que le futur acheteur fasse tout pour ne pas avoir à financer le trou de 175 m$ dans la caisse de retraite de White Birch. »

En commission parlementaire, le projet de loi a suscité « une certaine opposition provenant de groupuscules, » selon M. Gagné, mais l'enjeu de son adoption dépasse les simples caisses de retraite. « Dans le cas d'AbitibiBowater, il y a trois différents projets sur la table, dont le recrutement d'un promoteur pour la vente possible de l'usine de Gatineau. Ces processus sont bloqués à l'heure actuelle, puisqu'ils sont conditionnels à l'adoption du projet de loi 11. D'autres négociations de convention collective, notamment avec Kruger et Domtar, sont aussi en attente de développement du côté de la Loi sur les régimes complémentaires de retraite. »

Fibrek

La signature d'une convention collective à l'usine de pâte Fibrek de St-Félicien constitue un des récents succès du SCEP. Un article sur le manque à gagner de la caisse de retraite s'inspire justement du projet de loi 11 : la compagnie bénéficie d'une période de 15 ans pour renflouer cette caisse. « Si les profits corporatifs atteignent un certain niveau, la compagnie peut alors choisir entre une hausse des montants de remboursement ou la réduction de la période de remboursement. C'est une formule flexible que nous cherchons à intégrer à l'intérieur de nos autres dossiers, » avoue M. Gagné.

La convention chez Fibrek, qui sert de convention type pour les usines de l'Est du Canada, est d'une durée de cinq ans. Elle prévoit un gel des salaires pour les trois premières années, suivi d'augmentations de 1,5% les deux dernières années. Les bénéfices marginaux sont maintenus, dont l'âge de la retraite avec tous les avantages, qui demeure à 57 ans. « Le moratoire sur le régime de retraite est maintenu jusqu'en avril 2014, moment auquel les dispositions de la Loi sur les régimes cibles s'appliqueront, » ajoute M. Gagné. La convention modèle du SCEP vise en particulier les usines de pâte et de papier journal. Ce qui n'empêche pas de la proposer dans d'autres usines, comme celle de papiers fins de Domtar, à Windsor, ou les travailleurs ont rejeté les offres patronales par une majorité de 97% lors d'un vote récent. Certaines usines sont sans contrat de travail depuis plus d'un an.

Tembec Matane

A l'usine Tembec de Matane, les syndiqués ont déclenché la grève le 10 mai dernier, après un rejet des offres patronales par une majorité de 93%. Selon Renaud Gagné, compte tenu de l'attitude intransigeante de la compagnie lors des négociations de 2004, le dossier n'est pas prêt de se régler. L'entreprise demande à ses syndiqués un gel de salaire de trois ans et des modifications au plan de retraite. Le syndicat souhaitait une augmentation de 2,5 % par année.

« Dans le cas présent, c'est clair que Tembec tente de profiter du contexte difficile du marché pour arracher toujours plus de concessions aux travailleurs. À un moment donné, ça suffit, les travailleurs n'ont pas à tout supporter, » commente M. Gagné. Il souligne que l'usine de Matane est l'une des rares divisions du groupe qui est rentable et qu'ils ont déjà accepté des réductions salariales par le passé. « Le marché de la pâte va bien, les subventions américaines sur la liqueur noire leur permettent des économies de l'ordre de 34$ la tonne. Nous sommes déçus de la position patronale, mais Tembec devra tôt ou tard se rasseoir à la table des négociations. »

M. Gagné ajoute que les demandes de Tembec sur le régime de retraite sont inadmissibles. « Tembec voudrait passer d'un régime à prestation déterminée à celui de contribution déterminée. Nous comprenons qu'avec une masse salariale d'environ 5 millions$ pour Matane, Tembec désire contrôler ses dépenses et améliorer sa compétitivité. Mais nous lui rappelons aussi qu'elle profite de subventions non transférables pour des projets d'investissement, comme à l'usine de Témiscaming. »

En juillet 2010, les syndiqués de l'usine Témiscaming ont accepté, par une faible majorité de 53%, l'entente de convention collective prévoyant des investissements de 300 millions$. Parmi les concessions consenties par les travailleurs, une semaine de travail de 42 heures (au lieu de 40), et une paye de vacances équivalant à 2,2% du salaire (au lieu de 2,4%).

Situation toujours critique

Renaud Gagné estime que la situation de l'industrie des produits forestiers dans son ensemble est encore critique, malgré une timide amélioration. « La valeur du dollar canadien rend nos exportations moins attrayantes aux États-Unis, l'activité dans la construction domiciliaire tourne toujours au ralenti et le secteur du bois d'œuvre peine à faire remonter ses prix. »

Une réduction de 10% de la pénalité de 17,5% qui frappe les exportations de bois d'œuvre vers notre voisin américain devrait cependant venir jeter un baume sur l'industrie d'ici le mois de juillet 2011. « En vertu de l'entente canado-américaine sur le bois d'œuvre, nos exportations de bois sont taxées de 5% à la frontière. Une pénalité supplémentaire de 10% était imposée pour non-respect des quotas d'exportation, ainsi qu'une autre de 2% pour les subventions gouvernementales consenties aux compagnies canadiennes pour l'aménagement de chemins forestiers. C'est la pénalité de 10% qui tombe en juillet, pour ne laisser qu'une taxe totale de 7,5% à la frontière américaine. » M. Gagné ajoute que les exportations de bois vers la Chine constitue une porte de sortie, mais que des investissements supplémentaires sont nécessaires pour développer ce marché.

Quant aux pâtes et papiers, Renaud Gagné estime que la sortie de crise se fait lentement. « La principale vague de rationalisations est passée, les prix des produits s'améliorent, mais la maturité des marchés nord-américains nous rappelle que la demande pour plusieurs produits ne peut que baisser. » Dans un tel contexte, le défi de réduire judicieusement les coûts d'opération continuera de dominer le paysage papetier.

À propos de Renaud Gagné …

Diplômé en technique de fabrication mécanique en 1978, Renaud Gagné est embauché chez Domtar, à East Angus, sa région d'origine. Après un passage à l'usine Kruger, de Bromptonville, il se retrouve à Amos pour participer au démarrage de la nouvelle papetière de Donohue-Normick .

C'est aussi à ce moment que M. Gagné fait ses premières expériences dans le monde syndical en occupant divers postes au sein de sa section locale. Dès 1984, le Syndicat canadien des travailleurs du papier (SCTP), l'un des syndicats fondateurs du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), l'engage comme conseiller syndical. Pendant les 23 années suivantes, il travaillera dans de nombreuses régions du Québec notamment en Abitibi, en Outaouais, au Témiscamingue, dans le Nord du Québec, en Montérégie, dans les Laurentides et à Montréal. M. Gagné a participé aux négociations de plus de 150 conventions collectives dans les secteurs du papier, de la transformation du bois (scierie, panneaux carton) et de la forêt.

C'est en 2007 qu'il est élu vice-président du SCEP au Québec comme dirigeant responsable du secteur papier et forêt. Bien que son accession à ce poste soit concomitante avec la crise sans pareil que cette industrie a connue, M. Gagné s'est taillé une solide réputation en mettant de l'avant des solutions innovatrices pour la sauvegarde des emplois et des conditions de travail, tout en rencontrant les exigences des employeurs.

 

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