Accueil Gens de l'industrie Entrevues André Tremblay, président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ)

André Tremblay, président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ)

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''La relance de l'industrie passe par l'innovation et l'image''

André Tremblay est président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ). Le Maître papetier l'a interviewé afin de connaître sa lecture de la relance de l'industrie forestière.

Le Maître papetier : Le CIFQ a tenu un premier congrès en quatre ans les 23 et 24 mai derniers. Est-ce un signe de la relance de l'industrie forestière?

André Tremblay : La crise nous a contraints à remplacer notre congrès annuel par une assemblée générale. Maintenant que les conditions économiques s'améliorent, les gens avaient le goût de reprendre les activités, de discuter et de partager leurs expériences. L'esprit a été relativement positif. Nous ne sommes pas sortis des temps difficiles, mais les gens voient que le pire est derrière nous. Ils sont plus en mode « on se crache dans les mains et on avance » qu'en mode licenciement. On regarde vers le futur.

LMP : Qu'est-ce qu'il faut pour assurer la relance?

André Tremblay : Il faudra deux choses. D'une part, nous aurons besoin que le marché du bois d'œuvre s'améliore aux États-Unis et que l'on développe de nouveaux marchés d'exportation. On voit une amélioration générale des conditions économiques, mais pas encore assez pour assurer la relance complète.

Pour le papier, c'est plus compliqué. La demande pour le papier journal ne reviendra pas. Il faut donc se tourner vers les produits où il y a une plus forte demande, comme l'a fait l'usine de Thurso qui s'est tournée vers la rayonne. L'industrie doit continuer à trouver de nouveaux produits, à se moderniser et à se renouveler en maximisant ses rendements, en diminuant ses coûts afin d'être plus compétitive.

LMP : Quels sont les domaines d'avenir dans le domaine des pâtes et papier?

André Tremblay : La demande se maintient ou est en croissance avec le carton caisse, le papier impression, les papiers tissus et l'emballage carton.

LMP : Est-ce que l'annonce de 150 MW supplémentaires pour le programme d'achat d'électricité provenant de centrales de cogénération à la biomasse forestière est une avenue intéressante pour optimiser les usines?

André Tremblay : C'est une bonne nouvelle pour plusieurs raisons. Le programme de cogénération permet aux usines de générer de la vapeur dont ils ont besoin et de produire de l'électricité qu'ils revendront à Hydro-Québec à un prix intéressant, ce qui leur permettra d'augmenter leur rentabilité. Cette vapeur générée par de la biomasse remplace l'utilisation du mazout lourd, ce qui nous permet d'améliorer notre bilan environnemental. C'est donc bénéfique pour toute la population.

LMP : Comment appréhendez-vous le nouveau régime forestier? Y voyez-vous des contraintes ou des opportunités?

André Tremblay : La loi 57 représente un bon défi. On espère que sa mise en place n'aura pas d'impact à la hausse sur les coûts de matière première. Il va falloir tester l'application du système pour en voir les conséquences, car le diable se cache dans les détails.

J'y vois tout de même des opportunités. Le nouveau régime est un pas dans la bonne direction vers le marché libre, ce qui favorisera les échanges sur le marché américain. Il reste à voir comment ça va se passer, mais la mise aux enchères du bois pourrait favoriser les consolidations d'usines, car certains joueurs pourront acheter plus de volume. Pour certains, je pense que ça va être favorable. Il reste à voir le prix auquel se vendra le bois.

LMP : Quelle est votre réaction quand on parle de protéger 50 % du territoire du plan Nord à toute forme d'industrie?

André Tremblay : Nous avons eu beaucoup de discussions à ce sujet avec le ministère et les groupes environnementaux et personne ne veut arrêter de récolter, car ça couperait 25 % de l'approvisionnement du Québec. L'industrie est d'accord pour qu'il y ait plus d'aires protégées, mais on doit aussi se demander ce qu'on va faire pour augmenter la productivité de notre forêt. On pourrait remettre en production plusieurs sites improductifs comme les landes forestières. Il ne faut pas oublier que l'industrie forestière crée 64 000 emplois au Québec et il faut lui donner les moyens de vivre.

Il faut se demander « Est-ce important pour nous de conserver l'industrie forestière? » Au Québec, la possibilité forestière est calculée sur 48 % de la superficie forestière, alors que ce taux atteint 85 % dans les pays scandinaves. Il y a certainement de la place pour augmenter la possibilité forestière en regardant notre manière de la calculer.

LMP : Est-ce que le manque de relève vous préoccupe?

André Tremblay : C'est le principal défi auquel on doit faire face. On travaille beaucoup avec les comités sectoriels sur des actions ciblées et des formations en entreprise pour attirer les jeunes. Mais fondamentalement, on a besoin d'actions plus globales. Les gens doivent savoir que l'industrie forestière a de l'avenir, qu'elle se modernise et que son développement est très motivant. On a vu des fermetures d'usines au cours des dernières années, mais cette vague-là est derrière nous. Il faut modifier l'image de l'industrie pour que les gens sachent qui on est et où on va. Il faut susciter l'intérêt.

LMP : Avec les gros salaires offerts dans les mines, est-ce que le Plan Nord rend le recrutement encore plus difficile?

André Tremblay : C'est certain que le Plan Nord a un impact. Tout le monde se tiraille pour la main-d'œuvre, et ça vient multiplier les problèmes. Notre avantage, c'est que nos usines sont dans les villages. Le fly in, fly out, ça peut être intéressant, mais ça fait son temps. Les mines, ça fera de l'emploi un certain temps, mais les emplois en forêts, eux, vont rester.

LMP : A-t-on encore de la difficulté à vendre la foresterie et ses produits comme des produits durables et écologiques?

André Tremblay : Les produits du bois ont acquis une bonne notoriété grâce au travail que l'on a réalisé avec la Coalition bois et la stratégie bois du gouvernement du Québec. Je pense que les Québécois savent que le bois est un matériau écologique. Le problème, c'est qu'ils ne veulent pas qu'on coupe d'arbre! C'est important de souligner que le Québec est le territoire le plus certifié au monde avec une couverture de 90 %.

LMP : Vous demeurez optimiste?

André Tremblay : Malgré le portrait assez complexe, on croit que l'industrie a un avenir et qu'elle redeviendra un fleuron du développement économique comme elle l'a déjà été. Les produits forestiers font partie de la solution aux problèmes environnementaux, car ils nous permettent de substituer les produits fossiles par des produits renouvelables. On est confiant que d'ici quelques années, on ne pourra plus passer à côté du bois, que l'on parle de biocarburants ou de matériaux de construction. On est confronté à des problèmes et il va falloir agir.


Faire des omelettes sans casser des œufs, c'est que souhaitent plusieurs personnes. On veut utiliser le bois dans la construction et des produits renouvelables, mais on ne veut pas couper d'arbres. La clé du succès de l'industrie forestière passe par son image. Il est possible de faire de la foresterie durable, d'innover et d'être un chef de file mondial dans le domaine. Il faudra maintenant que l'industrie puisse convaincre la population que c'est le cas. La relève suivra.


 

 

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