Accueil Nouvelles Internationales Le berceau des forêts saines

Le berceau des forêts saines

Envoyer Imprimer PDF

La pépinière veille sur les jeunes pousses et semences comme s'il s'agissait de sa propre progéniture. Les génomes vigoureux constituent la base des forêts saines.

En une belle matinée d'automne, nous visitons une paisible pépinière répartie sur 27 hectares, dans une région rurale de l'est de la Finlande. Nous sommes à Joroinen, une municipalité qui profite d'un microclimat exceptionnellement chaud pour cette région du monde. La région ne compte aucun marécage pour rafraîchir les températures, ce qui rend la terre compatible avec la culture d'arbres. Reposant dans le lit d'un ancien lac, cette terre est molle et dépourvue de cailloux. Aujourd'hui, elle abrite une pépinière de 27 hectares.

C'est la seule et unique pépinière de Finlande qui appartient à une société forestière. Elle exporte des centaines de kilogrammes de graines et des millions de jeunes pousses d'épicéa, de pin et de bouleau. Partout dans le monde, UPM fournit plus de 50 millions de jeunes plants par an, y compris pour la production d'eucalyptus en Uruguay.

L'automne est la saison des récoltes en Finlande. À Joroinen, cela se traduit par la préparation des jeunes pousses pour l'hiver. Les salariés se répartissent entre les serres et les parcelles extérieures. Eux aussi développent les qualités nécessaires pour remplir au mieux leur rôle de pépiniériste, et sont souvent amenés à prendre eux-mêmes des décisions pour prodiguer les meilleurs soins à leurs « petits ». L'expérience a montré qu'il fallait au moins trois ans pour qu'un salarié comprenne le langage particulier des jeunes pousses.

Tout commence par la graine. Avec des graines de qualité supérieure, il faut au moins 30 ans pour faire pousser une forêt robuste et en pleine santé qui soit rentable pour son propriétaire. Son parcours, de la graine à l'arbre adulte d'une douzaine de mètres, est long et éprouvant. La pépinière de Joroinen aspire à offrir à chaque jeune pousse le meilleur départ possible.

Plantes vivantes et automatisation

D'une main, la directrice de la pépinière Anne Immonen mélange doucement des graines de pin contenues dans un récipient, sa méthode préférée pour lutter contre le stress. Anne Immonen explique qu'un lot de 1,5 kg de graines peut suffire pour produire 150 000 jeunes pousses et une forêt de pins d'environ cinq hectares.

Quel gâchis de les conserver simplement dans un récipient ! Mais aucune inquiétude : ces graines ne peuvent plus germer, contrairement aux lots qui patientent dans des boîtes en plastique dans l'entrepôt de graines qui proviennent toutes de forêts et de fermes finlandaises. UPM n'achète jamais de graines étrangères afin d'éviter la propagation de maladies végétales. Par ailleurs, il y a toujours un risque qu'une graine étrangère et l'arbre qui en résulte ne parviennent pas à survivre aux conditions d'enneigement finlandaises difficiles.

Anne Immonen connaît l'origine de chaque lot de graines. Cela signifie que chaque lot sortant de graines issues de Joroinen est étiqueté pour indiquer son origine. Les pépiniéristes sont également très prudents pour sélectionner les jeunes pousses et leur destination. Leur génotype décide. Les jeunes pousses provenant des graines du nord sont envoyées au nord, tandis que les jeunes pousses du sud sont envoyées au sud.

Au moment de la récolte, Anne Immonen peut dire le lieu d'origine d'une jeune pousse uniquement d'après sa couleur. Les jeunes pousses originaires de Kainuu, au nord, sont d'un ton vert profond, car elles se préparent à affronter l'hiver plus tôt que celles originaires des régions méridionales. Anne Immonen explique le « code couleur » pendant que nous observons de plus près de jeunes pousses d'épicéa d'un an.

« Vous voyez, ces jeunes pousses rougeâtres affichent déjà leurs couleurs hivernales », nous fait-elle remarquer.

Il est vrai que les différents tons sont faciles à distinguer si on les regarde d'assez près. Au début, la pépinière ressemble à une mer monotone de jeunes arbres, mais quand on prend l'habitude de l'observer, on commence vite à remarquer sa diversité. Bien entendu, un œil non averti ne fait pas le poids face au regard expert des pépiniéristes. Ces derniers ayant pris soin des jeunes pousses depuis leur germination, ils sont bien conscients de ce à quoi devraient ressembler des pousses vigoureuses à chaque stade de leur croissance.

« Nous n'utilisons que les meilleures graines, car l'état de santé d'une forêt dépend de la qualité de ses graines. Tout comme pour le vin, aucune année ne ressemble à la précédente, et nous connaissons chaque cru », assure Anne Immonen.

Diplômée à la fois en ingénierie forestière et en administration commerciale, Anne Immonen est productrice de jeunes pousses jusqu'au bout des ongles. Elle est responsable de la pépinière depuis 2006. Depuis qu'elle occupe ce poste, l'activité a évolué sur le plan technique : la main d'œuvre physique importante a été remplacée par des processus automatisés pour faciliter les tâches quotidiennes.

Le dernier investissement en date est une nouvelle chaîne d'emballage robotisée pour les jeunes pousses. Une chaîne d'ensemencement automatique devrait bientôt prendre place à ses côtés. La nouvelle salle de contrôle est presque prête. Les pépiniéristes pourront y surveiller, via des moniteurs, la germination des graines, la ventilation du local à plantes, les exigences en termes d'engrais pour jeunes pousses, ainsi que d'autres facteurs. Cela améliorera l'ergonomie au travail et libérera de la main-d'œuvre pour d'autres tâches dans la pépinière.

Les jeunes pousses vivantes restent les vedettes de la pépinière. Anne Immonen fait visiter les lieux avec l'assurance d'un guide expérimenté. Il faut ouvrir les yeux et les oreilles !

Irrigation et emballage

Près d'un lot de jeunes pousses, nous rencontrons la pépiniériste Mari Nykänen, occupée à surveiller l'équipement d'irrigation suspendu au-dessus de jeunes pousses d'épicéa. Dernièrement, des pluies fréquentes ont réduit les besoins en matière d'irrigation.

Une fois l'irrigation terminée, Mari Nykänen accomplira la dernière tâche avant l'arrivée de l'hiver : l'application de l'engrais spécialement conçu pour l'automne. Une juste dose d'azote procure aux jeunes pousses le regain d'énergie nécessaire pour les aider à affronter le froid.

Le personnel fait particulièrement attention aux prévisions météorologiques. Le pépiniériste Tero Kallinen vérifie les derniers rapports sur son smartphone. Toutefois, la couleur des jeunes pousses plantées en extérieur est plus éloquente que l'écran de son téléphone. Un seul coup d'œil suffit à un véritable expert pour déterminer si une plante doit être déplacée et s'il faut ajuster ses quantités d'engrais et de nutriments.

« L'engrais peut être fragilisé si la pluie ne cesse de le diluer, ou vous pouvez appliquer le mauvais engrais au mauvais moment », explique Tero Kallinen.

« Ici, tout dépend de la météo. Cet été, il a encore fallu réagir rapidement lorsque nos projets d'origine ont dû être modifiés », poursuit-il.

Prendre les bonnes décisions nécessite de la prévoyance et de l'intuition.

« Par chance, nous sommes beaucoup à surveiller les plantes », plaisante Anne Immonen.

De l'emballage manuel à l'emballage automatisé

Nous rencontrons Tuija Räisänen, Jutaphak Jarotram et Mikael Smolander alors qu'ils procèdent à l'emballage au milieu des lots de jeunes pousses. Ils sont entourés de plateaux et de boîtes, et au milieu se trouve une machine d'emballage. Jutaphak Jarotram inspecte les jeunes pousses une par une pour en retirer les mauvaises herbes et éliminer les jeunes pousses mal portantes. Une jeune pousse en bonne santé se reconnaît par son sommet bien développé, sa motte vigoureuse, ainsi que par l'absence d'insectes « évêque » et de fourches sur son tronc.

L'étiquette de provenance qui dépasse de la rangée de jeunes pousses indique que ces trois salariés s'affairent sur les descendants d'une forêt de la municipalité de Pohja, au sud de la Finlande.
Une fois les contrôles qualité terminés, Tuija Räisänen retire les jeunes pousses du plateau et les place dans l'une des boîtes. Ce travail semble délicat, comme le démoulage d'un gâteau. J'ai bien envie d'essayer. Mais, ça alors ! Un seul plateau pèse six kilogrammes ! En l'espace d'un mois, le personnel soulève et porte l'équivalent de 30 tonnes de jeunes pousses. Lorsque la nouvelle chaîne d'emballage automatisée sera prête, cette étape de levage sera éliminée. Il ne fait aucun doute que la santé et le bien-être des salariés s'en trouveront améliorés.

Au cours de l'étape finale, Mikael Smolander place les jeunes pousses, mottes comprises, dans des boîtes, puis met ces boîtes dans des conteneurs. Le spécialiste en logistique de la pépinière, Timo Ikäheimo, a organisé au préalable le transport des jeunes pousses pour que leur déplacement ait lieu au moment le plus opportun. Mais parlons d'abord de ce qui se passe à l'intérieur.

Atterrissage en douceur dans un monde de brutes

La musique est tonitruante près du mur de la serre. Le volume est tellement fort que même ceux qui travaillent en plein milieu de cette grande structure peuvent l'entendre. Trois salariés sont couchés sur une étrange machine. La machine en question s'appelle le wagon de désherbage, et les trois salariés qui se trouvent dessus ne cessent de se baisser pendant qu'ils discutent.

Devant nous se dressent un million de pousses d'épicéa minuscules, âgées de moins de trois mois. Eija Hynninen, Anne Hassinen et Jari-Pekka Koskinen sont perchés sur le wagon qu'ils surnomment « la Ferrari », et enlèvent les mauvaises herbes. Les jeunes pousses doivent être nettoyées pour l'hiver afin d'éviter les moisissures et autres problèmes.

« Ce sont nos bébés. Leur rythme de croissance et leur longévité sont proches de ceux des humains », déclare Anne Immonen.

Les jeunes pousses sont plantées chacune dans leur propre plateau, dans de la tourbe. Le sol est recouvert d'une fine couche de sciure pour que la terre reste sèche et qu'aucune mousse n'y pousse.
Il est important d'encourager la croissance des racines dans les premiers stades de développement d'une jeune pousse.

Les jeunes pousses sont retirées de la serre pour qu'elles s'endurcissent.

« L'automne est une période un peu difficile pour nous, car nous devons ouvrir en grand les portes de la serre et laisser l'air froid submerger notre multitude d'enfants », déclare la pépiniériste Anne Hassinen.

Frêles et délicates, les jeunes pousses se développaient jusqu'alors dans des conditions contrôlées. Or, elles ont besoin de ce choc thermique initial pour se préparer à leur futur repiquage. Les arbres finlandais doivent être capables de supporter des températures extrêmes : en été, le thermomètre peut atteindre les 30 °C, alors qu'en hiver, il peut descendre jusqu'à –30 °C.

À l'extérieur, les jeunes pousses sont enduites d'une neige artificielle qui les protège de la rigueur hivernale. À l'âge d'un an, les jeunes pousses sont suffisamment fortes pour être vendues au printemps. Certaines jeunes pousses sont plantées au printemps, d'autres en automne.

Le travail à la pépinière suit le rythme des saisons : les graines germent au printemps, les jeunes pousses grandissent pendant l'été, et la récolte suit en automne.

Collaboration pour l'innovation et la recherche

Outre la culture basique de jeunes pousses, la pépinière crée également de nouveaux produits. Le pikkukoivu (mini-bouleau) et le pikkolomänty (pin piccolo) comptent parmi ses innovations les plus abouties. La pépinière travaille en étroite collaboration avec les universités et les instituts de recherche.

La directrice de la pépinière, Anne Immonen rêve d'étendre un jour la pépinière. Le travail préparatoire pour la future croissance a déjà été accompli, avec notamment les nouvelles lignes d'emballage et d'ensemencement. Pour le moment, l'emballage des jeunes pousses n'est réalisable qu'à l'extérieur et lorsque la météo le permet. Mais dans un futur proche, cet emballage sera possible toute l'année. Ainsi, la pépinière pourra proposer des graines de qualité supérieure tout au long de l'année.
Notre visite prend fin à l'entrepôt de graines. Le spécialiste en logistique Timo Ikäheimo ouvre plusieurs armoires pour nous montrer des boîtes remplies de graines blanches, sur lesquelles sont apposées des étiquettes d'identification. Ces graines sont des arbres sains sous forme embryonnaire, et les jeunes pousses élevées à Joroinen représentent le stock génétique de premier choix qui constitue la base des forêts florissantes finlandaises.

Source : UPM

 
paptac-portal

inscription-infolettre

acces-infolettres
le maitre papetier
Spi-Bio
buckman banner
Vision Biomase Québec
paper & beyond
fpinnovations banner
cristini banner
le maitre papetier