Accueil Usines et Technologies Optimisation Dur dur de désencrer…

Dur dur de désencrer…

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Lors d'une chronique précédente, nous avons discuté des technologies de désencrage. Or, il semble depuis un certain temps que la qualité du fourni (vieux papiers) se détériore en raison de la moins grande disponibilité dans le marché local ainsi que de des techniques de tri utilisées depuis qu'on introduit toutes les matières recyclables pêle-mêle dans le même grand bac bleu à roulettes. On se demande donc aujourd'hui comment faire pour pallier à cette qualité décroissante de la matière première pour réussir à tout de même produire une pâte désencrée acceptable...

Au début des années 90 plusieurs usines de pâte désencrée se sont implantées au Québec et ailleurs en Amérique du Nord. Je parle ici des usines qui recyclent les vieux papiers à base de pâtes mécaniques (ONP) ainsi que les magazines (OMG). Ces usines bénéficiaient alors d'une qualité de fibres relativement bonne, puisque les ONP étaient catégorisées selon la qualité du tri qu'elles avaient subi. Il était donc possible d'avoir un certain contrôle sur la qualité de la matière première. Aujourd'hui, plusieurs phénomènes ont modifié cet état de choses : Premièrement, la collecte de matières recyclables domestiques se fait dans un grand bac bleu dans lequel on introduit ensemble les vieux papiers avec le plastique, le métal et le verre. Dans les usines de tri, on commence par retirer ces dernières composantes avec différents procédés, mais désormais, ce qui reste à la fin une fois les métaux, verres et plastiques retirés, ce sont les papiers qui sont malheureusement mélangés avec tous les autres contaminants qui se retrouvent dans les fameux bacs. Autrefois en effet, les papiers étaient introduits séparément dans les camions de recyclage. On obtenait donc une meilleure matière première. Un autre phénomène qui explique la baisse de la qualité et même de la disponibilité, c'est celui des bateaux de marchandises qui arrivent de la Chine et qui retournent là-bas avec des tonnes de nos fibres recyclables. Ils paient le gros prix et ont donc main mise sur de la fibre de qualité, lorsque ce n'est pas qu'ils achètent carrément nos matières recyclables pour les trier eux-mêmes sur le bateau en retournant là-bas... Un producteur de pâte désencrée m'expliquait récemment que ces phénomènes ont pour conséquence que la brillance initiale du fourni non désencré qui historiquement se situait aux alentours de 51-52 se retrouve désormais bien en-deçà de la barre des 50 (45-50)... On doit donc maintenant composer avec une matière première beaucoup plus difficile à utiliser et surtout à faire atteindre les cibles de brillance désirées. Là où on réussissait à atteindre 57 à 60, on peine maintenant à obtenir au-dessus de 55. Alors comment on fait ??

beaulieu11-photo2Il est clair qu'on doit alors opérer sur deux fronts : améliorer l'extraction des encres par flottation, mais également considérer l'utilisation d'un stage de lavage plus poussé, ainsi qu'une phase de blanchiment améliorée. On doit également retirer les contaminants de façon mécanique et ce de façon plus efficace. Pour la flottation, on doit favoriser l'utilisation d'un agent tensio-actif (surfactant) plus puissant, possiblemement un alcool gras alkoxylé, afin de mieux détacher les encres rebelles. La combinaison avec un acide gras saturé assurera un rendement optimal au niveau de la flottation. Bien entendu, le tout doit se dérouler dans un environnement favorisant le gonflement de la fibre et donc passablement alcalin (pH 10). J'ai en effet de la difficulté à croire qu'avec les conditions extrêmes vécues de nos jours avec la basse qualité des fibres que l'on puisse se contenter d'un faible niveau d'alcali ou même de l'utilisation de la chimie neutre pour réussir à obtenir les résultats voulus. L'effet jaunissant de l'alcali utilisé (soude caustique) devra évidemment être compensé par l'utilisation d'un procédé de blanchiment approprié (peroxyde d'hydrogène jumelé à un stade réducteur à l'hydrosulfite de sodium), celui-ci devant être bonifié pour compenser pour les contaminants supplémentaires retrouvés dans nos matières premières. Il serait également pertinent de reconsidérer l'utilisation d'un agent chélatant tel le DTPA. Il est clair que si plus de métaux se retrouvent dans notre fourni, il sera difficile d'obtenir une efficacité de blanchiment au peroxyde optimale. On complète le tout avec un stage de lavage approprié. C'est probablement là que des investissements seront nécessaires puisque plusieurs de nos usines de désencrage ont davantage mis le focus sur les stages de flottaison que sur ceux de lavage...

Finalement, certaines usines, mises en face de ce fait accompli qu'est la basse qualité du fourni, ont plutôt opté pour réduire la production de pâte désencrée au profit de l'utilisation de la pâte vierge. Ce phénomène s'amplifie alors que les coûts des fibres secondaires n'ont cessé d'augmenter au cours des dernières années. Il semble également que les exigences de certains imprimeurs quant à la quantité de fibres recyclées dans leurs produits finis ne soit plus celles qu'elles étaient... Assisterons-nous donc à un déclin des papiers à contenu recyclé ?

Vous avez des expériences qui corroborent nos dires ? Vous avez des précisions ou des corrections à apporter ? N'hésitez pas... Notre but est toujours le même : Aider les papetiers à améliorer la qualité de leur produits ou bien à en réduire les coûts de fabrication. Alors, fournisseurs, gens de la R&D et consultants, faites-nous part de vos idées... et papetiers, faites-nous part de vos défis !!


Gilles-Beaulieu
Collaboration spéciale de Gilles Beaulieu, Directeur technique,
chimie de la partie humide, Pâtes et papiers, chez Quadra Chimie, Québec, QC.

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