Accueil Usines et Technologies Santé et Sécurité L’analyse des risques au cœur de la prévention

L’analyse des risques au cœur de la prévention

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Le succès en matière de santé et de sécurité du travail (SST) repose sur l'absence d'événements indésirables. Pour y parvenir, il faut poser les bons gestes, au moment opportun. Or, plusieurs actions sont posées en réaction à un événement ou à la suite d'une demande quelconque issue d'on ne sait où. Est-ce réellement une stratégie efficace pour éviter les accidents de travail et les maladies professionnelles? Certes oui, mais disons incomplète. En effet, même si plusieurs tâches ou activités n'ont jamais engendré d'événements graves, sommes-nous pour autant en contrôle? Avec le temps, différentes habitudes se sont ancrées dans nos pratiques quotidiennes, mais sont-elles nécessairement acceptables et sécuritaires? Depuis toujours, certaines zones dangereuses ne sont pas protégées, est-ce tolérable? Voilà l'objectif de l'analyse des risques : répondre à toutes ces questions, et ce, avant que ne se produise l'irréparable.

L'analyse des risques traite, sur une base objective, de la probabilité qu'une blessure ou un dommage potentiel se réalise dans différentes conditions. Elle permet d'identifier et de hiérarchiser les tâches ou les activités qui présentent des déficiences sur le plan de l'élimination ou de la réduction du risque, ou de l'absence ou de l'insuffisance de contrôle. L'analyse est au centre du processus de contrôle du risque, et elle est une des composantes essentielles de tout système de gestion. On la retrouve dans tous les systèmes d'évaluation de la performance en SST tels que CSA-Z1000, OHSAS 18001, ISO 31000 et les autres. Sans stratégie d'analyse des risques, l'organisation fait-elle diligence? À vous d'y répondre!

art2-image2Une méthode éprouvée et approuvée

L'ASSIFQ-ASSPPQ a développé une démarche pour réaliser une analyse des risques en six étapes (voir figure 1). Actuellement, elle est utilisée par plusieurs de nos entreprises membres. Celle-ci est universelle et peut donc être utile pour toute entreprise désireuse d'harmoniser ses façons de faire en matière d'identification et d'évaluation des risques à la santé et à la sécurité. De plus, elle respecte les normes prescrites par les organismes de certification en matière de gestion de la SST. Vous trouverez ci-dessous une brève description de chacune des étapes.

Étape 1 : Déterminer la portée

Cette étape consiste à définir le contexte dans lequel se déroulera l'implantation de l'analyse des risques : qui, fera quoi, quand, où, comment et avec quels moyens. Outre le partage des rôles et des responsabilités, la démarche requiert un engagement ferme de la haute direction. Celle-ci doit non seulement accorder les ressources nécessaires à la réalisation de l'inventaire, mais elle doit s'engager à la mise en œuvre des résultats de l'analyse en corrigeant les situations à risque. Des modifications majeures doivent être effectuées en tenant compte des ressources en matière de prévention. Il ne s'agit pas d'en utiliser plus, mais de les assigner davantage aux bons endroits, ce qui n'est pas une mince affaire.

Souvent, nous n'accordons pas suffisamment d'importance à cette étape. Pourtant, elle est indispensable pour un développement harmonieux, une rigueur dans la méthodologie et surtout, pour un suivi efficace des résultats. De plus, cette étape permet d'impliquer et de mobiliser le personnel de l'entreprise. Sans leur engagement, le processus d'amélioration de la santé et de la sécurité est voué à l'échec.

Étape 2 : Faire l'inventaire des risques

L'inventaire des risques représente le cœur de la démarche. Il permet de recueillir auprès des travailleurs et des gestionnaires leurs perceptions, leurs appréhensions, leurs connaissances et leurs expériences face aux dangers qui sont présents lors de l'exécution de certaines tâches ou activités. Il s'agit d'identifier, pour chacune des tâches : 1) les différents risques ; 2) les situations dangereuses qui pourraient engendrer des conséquences à la santé et à la sécurité ; 3) les blessures ou détérioration de la santé possible et, finalement, 4) les moyens de contrôle en place actuellement pour éviter l'événement indésirable, qu'ils soient efficaces ou non.

Plusieurs stratégies existent pour recueillir l'information sur les risques associés aux opérations. On distingue deux grandes stratégies de classement : par poste, qui consiste à identifier chacun des postes de l'organisation et les principales tâches qui y sont réalisées, et par équipement, dans laquelle on déterminera toutes les tâches d'opération et de maintenance réalisées sur un équipement ou une machine en précisant par qui celles-ci sont effectuées.

Pour chaque poste ou équipement, on distingue cinq grandes catégories de risques à inventorier (voir figure 2) : mécaniques, chimiques, ergonomiques, physiques et biologiques. Dans chacune des catégories, on retrouve différents champs d'application. Par exemple, pour les risques mécaniques, on dénombre les risques associés aux machines fixes, aux équipements mobiles, à l'aménagement des lieux de travail. Chaque fois qu'un risque est identifié, peu importe les mesures de sécurité en place, il faut préciser la ou les situations qui l'engendrent.

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Pour soutenir le travail des équipes d'analyse, l'ASSIFQ-ASSPPQ a conçu un aide-mémoire afin de faciliter l'identification des risques. Il s'agit d'un outil simple et efficace, qui permet d'identifier de façon systématique et rapide les différents risques, les situations dangereuses, les conséquences et les mesures correctives pouvant être associés à un travail. Il fonctionne de pair avec la grille de compilation des informations, qui est uniforme pour l'ensemble de l'organisation.

Étape 3 : Estimer les risques

L'inventaire des risques permet d'identifier des dizaines, voire des centaines de risques. Cependant, tous n'ont pas la même importance. Certains ont un potentiel de gravité plus élevé alors que d'autres sont plus fréquents ou encore moins bien contrôlés. Il faut alors utiliser une méthode pour établir des priorités d'action pour les correctifs. Environ deux cent cinquante matrices d'évaluation de risques ont été recensées. Parmi les plus connues au Québec, mentionnons celle de l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST) et celle de la Caisse Régionale d'Assurance Maladie d'Ile-de-France (CRAMIF). Jusqu'à présent, ces méthodes, bien qu'utilisées par un grand nombre d'employeurs, ne font pas fureur auprès de nos secteurs d'activité, car elles ne permettent pas de catégoriser les risques sur une large échelle d'évaluation et surtout, elles laissent place à beaucoup d'interprétations.

La matrice d'évaluation que nous avons développée repose sur trois paramètres : la gravité (G), cotée de 1 à 10, la fréquence (F), de 1 à 5 et la probabilité (ou capacité de contrôle) (P), de 0,2 à 3. Chacun des paramètres est évalué et fait appel à des constantes établies par l'expérience des utilisateurs (ex. : est-ce plus ou moins grave que mon premier risque?). Les trois paramètres sont par la suite multipliés ensemble pour donner un indice de risques (IR) variant sur une échelle de 0,2 à 150, contrairement à celle de l'IRSST qui varie de 1 à 6.

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La matrice permet de classer les résultats de l'analyse par ordre décroissant d'indice de risques. Toutefois, puisque qu'il serait irréaliste de corriger toutes les situations d'un coup, le plan d'action comprendra la mise en place de mesures correctives sur tous les risques que l'entreprise considère comme « intolérables ». Un « seuil de tolérance » est donc fixé en fonction des obligations légales, des capacités financières, de la culture de l'entreprise, de l'expérience de l'organisation, ou autres critères. Par exemple, le plan d'action pourra porter sur le contrôle par ordre décroissant des risques ayant un indice de 72 et plus.

Étape 4 : Choisir les mesures correctives

Il est faux de prétendre que tous les risques peuvent être éliminés. Il serait plus réaliste de penser que tout risque, à défaut d'être éliminé, doit être contrôlé afin d'éviter des lésions et des maladies professionnelles. Le choix des mesures correctives repose sur une multitude de facteurs telle que la conformité aux exigences légales et réglementaires, l'efficacité à résoudre le problème sans en en créer un autre, la stabilité dans le temps, la faisabilité reliée aux ressources disponibles, etc. Cependant, plus le contrôle est orienté vers la source du danger, plus la mesure sera efficace.

Étape 5 : Réaliser le plan d'action et assurer son suivi

Il ne faut pas attendre d'avoir complété les analyses pour corriger les risques avec un potentiel imminent d'accidents graves ; il faut agir immédiatement. La réalisation du plan d'action implique plusieurs intervenants : préventionnistes, ingénieurs, formateurs, opérateurs, personnel de réparation et d'entretien, etc. Elle nécessitera également des ressources financières et matérielles. Il importe, à cette étape de la démarche, de centrer les actions sur les objectifs prévus dans le plan d'action.

Étape 6 : Réévaluer le niveau de maîtrise des risques

Finalement, toute cette démarche serait vaine sans un suivi adéquat. Il s'agit de vérifier si la mesure choisie a été appliquée et si elle est efficace, c'est-à-dire qu'elle a contribué à diminuer l'indice de risque. De plus, il ne faut pas oublier que l'analyse des risques est un processus continu. L'inventaire doit être bonifié, par exemple lors de l'identification de nouveaux risques, la mise en place de nouvelles technologies ou la modification de procédés. Le plan d'action doit être révisé régulièrement afin d'y ajouter ou retrancher les informations pertinentes. Annuellement, l'équipe de direction doit déterminer son nouveau seuil de tolérance et s'assurer que chaque responsable de département demeure impliqué dans la réalisation du plan d'action.

Pour en savoir plus

Implanter une démarche d'analyse des risques peut sembler une lourde tâche, mais il n'en est rien lorsqu'elle est soutenue par la direction et le personnel impliqué et qu'elle est réalisée de façon structurée. De plus, l'analyse des risques est un outil indispensable pour ceux qui veulent agir efficacement en SST. Éviter les accidents et les maladies professionnelles profite non seulement à l'entreprise sur le plan économique, mais également sur le plan humain et social.

Vous désirez en connaître davantage sur cette démarche? N'hésitez pas à communiquer avez nous. Nous pouvons vous renseigner, vous offrir de la formation ou vous accompagner dans son implantation.


Bruno Fortin
Tél. : 418 657-2267, poste 324
N0 sans frais : 1 888 632-9326


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Depuis plus de 75 ans, l'ASSIFQ-ASSPPQ regroupe près de 600 entreprises membres qui mettent en commun leur expérience et leur volonté pour contribuer à un processus d'amélioration continue de la santé et de la sécurité du travail. Elle est constituée d'une équipe de professionnels aguerris, soucieux d'offrir des services diversifiés et complémentaires : expertise conseil, information, formation, mutuelles de prévention, vigie, impartition, activités régionales et bien plus encore.

Visitez notre site Internet au www.santesecurite.org


Bruno-Fortin 

Bruno Fortin est conseiller principal aux Associations de santé et de sécurité des pâtes et papiers et des industries de la forêt du Québec. Il est spécialisé dans la formation et l'implantation de systèmes de gestion de la SST, particulièrement en analyse des risques, sécurité des machines, inspection, enquête et analyse d'accidents.

 
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