La Commission de transition énergétique avertit que la demande de biomasse est susceptible d'excéder l'approvisionnement durable

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Un nouveau rapport de cette coalition mondiale du secteur privé exhorte les industries et les décideurs à utiliser les bioressources dans les domaines des matériaux, de l'aviation et des applications énergétiques de niche en priorité

biomasse2 14juillet21 2LONDRES, 12 juillet 2021 -- Dans son dernier rapport, la Commission de transition énergétique (ETC) révèle que la demande rapidement croissance de bioressources pourrait excéder l'approvisionnement durable. Cette tendance pourrait compromettre les efforts d'atténuation du changement climatique et de conservation de la biodiversité, à moins que des options sans carbone soient rapidement développées à plus grande échelle et que les bioressources soint soigneusement allouées aux secteurs prioritaires.

Intitulé Bioresources Within a Net-Zero Emissions Economy: Making a Sustainable Approach Possible, le rapport montre clairement que même si les bioressources sont en principe renouvelables, les biomasses ne sont pas toutes « bonnes » et leurs applications ne sont pas toutes bénéfiques sur le plan de l'environnement. Pour être durable, la production de biomasse doit émettre peu de gaz à effet de serre tout au long du cycle de vie. Elle doit aussi tenir compte du « coût d'opportunité » lié au carbone qui pourrait être séquestré sans intervention, tout en évitant :

  • d'empiéter sur les terres destinées à la production alimentaire ;
  • de provoquer des changements dans l'exploitation des terres qui pourraient entraîner la libération de stocks de carbone dans l'atmosphère (la déforestation en particulier) ;
  • de nuire à la biodiversité et à la santé des écosystèmes.

Par conséquent, la biomasse utilisée comme énergie doit uniquement provenir des déchets et des résidus, ou de cultures énergétiques exploitées sur des terres dégradées, marginales ou dont les cultures ou pâturages actuels peuvent être remplacés.

L'ETC est une coalition réunissant plus de 45 leaders d'entreprises énergétiques mondiales, d'industries énergivores, d'institutions financières et de défenseurs de l'environnement, notamment ArcelorMittal, Bank of America, BP, Development Research Center of the State Council of China, EBRD, Heathrow, HSBC, Iberdrola, Ørsted, Tata Group, Volvo Group et l'Institut mondial des ressources, entre autres.

Faits saillants du rapport

En s'appuyant sur des critères de durabilité stricts, l'ETC avance un scénario prudent où la quantité de biomasse clairement durable devrait atteindre 40 à 60 Ej par an d'ici le milieu du siècle, à condition que l'exploitation des terres, la technologie et le comportement des consommateurs ne subissent pas de changements dramatiques. Par ailleurs, ce volume pourrait atteindre environ 60 Ej par an si, et seulement si : i) nous libérons les terres productives en amorçant un virage majeur vers les régimes végétaux ou la viande synthétique, en améliorant la productivité agricole et en réduisant le gaspillage alimentaire ; ii), nous intensifions la production d'algues à des fins énergétiques ; iii) nous améliorons la collecte et la gestion des déchets organiques. Ces prévisions prudentes sont bien inférieures à celles de nombreux scénarios d'atténuation du changement climatique, notamment les scénarios de l'AIE (Agence internationale de l'énergie) et de l'IRENA (Agence internationale des énergies renouvelables).

À mesure que les pays et les entreprises se sont efforcés de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, l'utilisation de la biomasse comme carburant alternatif à faible teneur en carbone a connu une croissance spectaculaire, celle-ci pouvant facilement se substituer à certaines matières premières et aux combustibles fossiles dans les processus de combustion industrielle. Dans les secteurs de la mobilité, de l'industrie et du bâtiment, bon nombre de segments et d'acteurs prévoient d'utiliser la biomasse pour atteindre leurs objectifs de décarbonation. Toutefois, la demande potentielle excède largement l'approvisionnement durable, et si ces tendances ne sont pas contrôlées, elles exacerberont les conséquences d'une gestion non durable des bioressources, notamment la déforestation, la perte de biodiversité et l'épuisement des sols. Le rapport révèle que les politiques actuelles omettent souvent de tenir compte des revendications sur les bioressources de manière holistique. Cette lacune complique la gestion durable des bioressources, car elle encourage leur utilisation dans des secteurs où il existe des alternatives.

Il est donc impératif de rapidement mettre au point des solutions alternatives sans carbone, comme l'électrification et l'hydrogène propres, afin de réduire la nécessité d'avoir recours à des solutions basées sur la biomasse. Les coûts ont déjà diminué de façon considérable et ceux-ci devraient baisser encore plus dans les domaines de la production d'énergie renouvelable, de la production d'hydrogène propre et de la gestion de la stabilité du réseau. Les industries et les décideurs doivent donc restreindre l'utilisation des bioressources dans les domaines où des alternatives moins chères existent déjà ou sont à portée de main, par exemple les secteurs du transport routier, de la production d'électricité en gros sans CSC (captage et stockage du carbone), du chauffage résidentiel et du transport maritime (à l'exception de certains créneaux spécialisés comme les réseaux de chaleur locaux alimentés par la transformation des déchets en énergie), en particulier dans les endroits où les bioressources sont abondantes.

Adair Turner, président de la Commission de transition énergétique, a déclaré : « La biomasse peut apporter un soutien vraiment précieux à la décarbonisation mondiale. Toutefois, le volume de biomasse réellement durable étant limité; son utilisation doit être réservée aux secteurs prioritaires où d'autres options de décarbonisation n'existent pas. La bonne nouvelle, c'est que l'électrification et l'hydrogène propres s'avèrent souvent une solution moins coûteuse. Pour les décideurs politiques, le défi est de développer ces alternatives rapidement et de restreindre l'utilisation de la biomasse là où elle est plus nécessaire, par exemple les applications liées aux matériaux, à l'aviation et à l'élimination du carbone, tout en faisant preuve d'une vigilance constante pour veiller à ce que l'approvisionnement en biomasse reste réellement durable. »

L'ETC préconise l'utilisation de la biomasse dans quelques secteurs prioritaires où il n'existe pas d'alternatives :

  • Selon elle, il est plus avantageux d'utiliser la biomasse comme matériau que de l'utiliser comme source d'énergie : cela permet de tirer parti de ses caractéristiques inhérentes et d'éviter de polluer l'air inutilement avec la combustion. La biomasse peut notamment être utilisée pour remplacer les produits de bois, tels que le bois d'œuvre, les pâtes et le papier, ainsi que les matières premières biologiques destinées à l'industrie des plastiques. Les applications énergétiques de la biomasse, elles, s'avèrent rarement viables sur le plan de l'efficacité des ressources et de la compétitivité des coûts attendue à long terme. Il existe toutefois une exception : l'aviation. En effet, les biocarburants pourraient jouer un rôle majeur au cours des prochaines décennies, car il se peut que les carburants synthétiques issus de la technologie « power-to-liquids » n'atteignent pas la compétitivité des coûts requise et qu'ils ne se développeront pas assez rapidement pour répondre aux besoins du secteur.
  • En outre, l'utilisation de la biomasse est appropriée quand la combinaison de la bioénergie et du CSC (aussi appelée BECSC ou BiCRS) permet d'éliminer le carbone. Cette application, ainsi que la décarbonisation rapide du secteur, joueront un rôle essentiel pour limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C. Une tarification efficace du carbone est donc nécessaire pour rendre cette entreprise économique.

Nigel Topping, champion de haut niveau de l'action climatique du Royaume-Uni, COP26, a affirmé : « Le dernier rapport de l'ETC montre que nous devons redéfinir l'ordre de priorité lié à l'utilisation durable de la biomasse dans les secteurs où les options de décarbonisation sont peu nombreuses. Les tendances actuelles amèneront les bioressources à être utilisées à des niveaux non durables, ce qui risque de compromettre les objectifs d'atténuation du changement climatique et de préservation de la biodiversité. Nous pouvons et nous devons rapidement mettre au point des solutions alternatives sans carbone, telles que l'électrification et l'hydrogène propre, afin de réduire le besoin d'avoir recours aux solutions basées sur la biomasse. »

Recommandations

Le rapport présente quatre objectifs prioritaires autour desquels l'industrie et les gouvernements doivent se mobiliser afin d'assurer l'utilisation optimale des bioressources :

  • Définir et faire appliquer des normes de durabilité claires pour l'approvisionnement en biomasse : adopter des normes d'approvisionnement en biomasse complètes et précises, interdire la transformation des écosystèmes naturels préservés à des fins d'exploitation commerciale de la biomasse ; créer des mécanismes pour assurer la transparence et la traçabilité des chaînes d'approvisionnement en biomasse ; améliorer l'analyse et la surveillance des données pour informer les politiques d'exploitation des terres.
  • Rechercher des occasions d'accroître encore l'approvisionnement durable : améliorer la collecte des déchets ; apporter des innovations dans la production d'algues à des fins énergétiques ; encourager des changements alimentaires à grande échelle et stimuler le développement technologique afin de réduire la quantité de terres requise pour produire de la viande animale et des aliments.
  • Favoriser l'utilisation ciblée des bioressources : employer la tarification du carbone pour distribuer les ressources rares de façon durable ; adopter des politiques pour décourager les applications sous-optimales et encourager l'utilisation des bioressources dans les secteurs prioritaires ; élaborer des stratégies nationales et locales explicites tenant compte de la manière dont les terres sont exploitées localement.
  • Soutenir les technologies essentielles à l'efficacité et à la durabilité de l'approvisionnement en bioressources : améliorer l'efficacité des techniques actuelles d'exploitation des terres ; accroître la collecte des déchets ; orienter le financement vers les technologies émergentes de bioénergie et de biomatériaux.

« Nous nous rapprochons d'un avenir axé sur les énergies renouvelables, fondé sur de l'électricité sans carbone abordable et abondante. Ce rapport bienvenu de la Commission de transition énergétique examine le rôle de la bioénergie durable et à faibles émissions de carbone dans l'économie. Le monde possède une quantité finie de terres, bien que la demande ne cesse de croître en matière d'aliments, de fibres, de stockage de carbone et de biodiversité. Nous ne pouvons pas adopter une stratégie globale. De véritables compromis devront être faits, ce qui exige de notre part de prendre des décisions éclairées. Cette analyse aidera à lancer ce dialogue », a déclaré Manish Bapna, président et PDG par intérim de WRI.

Pour lire la version intégrale du rapport « Bioresources Within a Net-Zero Emissions Economy: Making a Sustainable Approach Possible », rendez-vous sur le site : https://www.energy-transitions.org/publications/bioresources-within-a-net-zero-emissions-economy/.

Bioresources Within a Net-Zero Emissions Economy: Making a Sustainable Approach Possible est un rapport élaboré par les commissaires avec le soutien du secrétariat de l'ETC, et de SYSTEMIQ. Le rapport regroupe et s'appuie sur les publications antérieures de l'ETC, élaborées en étroite consultation avec des centaines d'experts issus d'entreprises, d'initiatives industrielles, d'organisations internationales, d'organisations non gouvernementales et d'universités.

Le rapport s'appuie sur des analyses effectuées par les partenaires du savoir de l'ETC, SYSTEMIQ et BloombergNEF, et certains de ses éléments ont été développés en étroite collaboration avec Material Economics. En outre, le rapport puise abondamment dans les travaux réalisés par la Food and Land Use Coalition en partenariat avec l'IIASA (Institut international pour l'analyse des systèmes appliqués ) et l'Institut mondial des ressources. Il référence également des analyses de l'AIE et de l'IRENA. Nous remercions chaleureusement nos partenaires du savoir et nos collaborateurs pour leurs contributions.

Ce rapport présente une vision collective de la Commission de transition énergétique. Les membres de l'ETC soutiennent l'orientation générale des arguments présentés dans le présent rapport, mais il ne faut pas tenir pour acquis qu'ils sont d'accord avec toutes les conclusions et recommandations. Les institutions auxquelles les commissaires sont affiliés n'ont pas été invitées à approuver formellement le rapport.

Pour plus d'informations, veuillez consulter le site Web de l'ETC à l'adresse : www.energy-transitions.org.

La liste complète des commissaires de l'ETC peut être consultée ici.

Citations de nos commissaires : Cliquez ici pour consulter les citations des commissaires de l'ETC.


Source : Energy Transitions Commission