COVID-19 : Cascades navigue entre optimisme et incertitude

Jaclin Ouellet
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« Traversant la pandémie de la Covid-19 en fournissant à nos clients des produits essentiels tout en assurant la santé et la sécurité de nos employés. »

À la lumière des résultats trimestriels de Cascades Inc., il serait facile de s’emballer et de célébrer des performances, avouons-le, pour le moins inespérées.

C’est à croire que la haute-direction de l’entreprise se pinçait encore le 7 mai dernier en annonçant des hausses successives de ses ventes (+7% à 1 313M$) et de son bénéfice d’exploitation (+25% par rapport au trimestre 1 de 2019 à 90M$). Même les journalistes qui posaient des questions en conférence de presse ne pouvaient s’empêcher de féliciter la direction pour ces résultats plus que probants (la perte de 0,27$ par action au 4e trimestre de 2019 s’est tout de même transformée en bénéfice net par action de 0,24$ au premier trimestre de 2020!).

Il faut dire que, dès le départ, Cascades a eu la chance d’être considéré comme manufacturier de biens essentiels, échappant aux fermetures industrielles imposées. Cette opportunité venait cependant avec son lot de responsabilités : la direction a mis l’emphase sur un environnement de travail sécuritaire en implantant un protocole de lavage et de désinfection et en imposant des restrictions de déplacement à ses employés.

 « Santé et sécurité d’abord, » a maintes fois répété Mario Plourde, PDG de Cascades. La COVID-19 a bien touché quelques employés et/ou leur famille mais aucune éclosion n’a été rapporté par les usines de Cascades. L’implication communautaire, partie intégrante de la culture de Cascades, ne s’est pas démentie pendant cette période. Si bien qu’elle a participé à la confection d’un million de visières médicales et de lavabos portatifs.

Garder la tête froide

JO 13mai20 3Mario Plourde, PDG de CascadesMalgré les événements, Mario Plourde et son équipe ont su garder la tête froide. Ils ont en effet adopté une attitude très prudente face à ces résultats et surtout aux perspectives du prochain trimestre. D’ailleurs M. Plourde n’a pas raté l’occasion de féliciter et de remercier ses employés qui ont travaillé dans un environnement de tempête.

« Nous voulons souligner leur dévouement et le travail acharné. Nous sommes très fiers de leur engagement à soutenir nos clients et nos collectivités en veillant à ce que nos installations répondent à la demande accrue pour les papiers tissu et produits d’emballage essentiels que nous produisons. »

En une seule phrase, M. Plourde a bien saisi l’essentiel de la situation : d’abord n’eut été du mois de mars, Cascades voguait vers un bon trimestre sans plus. Lorsque la planète entière s’est réveillée en confinement pour se protéger de la pandémie de COVID-19, une partie de la population a eu un geste de peur, un geste irrationnel, de se ruer sur des produits essentiels dans le but de se constituer des réserves. Ce fut le cas pour le papier hygiénique : dès la mi-mars, les médias diffusaient des images d’étalages vides et Cascades s’est retroussé les manches pour répondre à ce défi d’approvisionnement.

Autre secteur stimulé par la crise du COVID-19 : celui du carton-caisse. Le confinement et la fermeture des magasins a fouetté les achats en ligne chez des détaillants comme Amazon et n’eut été des prix à la baisse de certains emballages spécialisés, les résultats auraient été encore plus robustes. Reste que l’étonnante croissance par rapport au même trimestre de 2019 « est entièrement attribuable à l’amélioration des résultats du secteur papiers tissu. »

Une fois l’effet de panique passé, Cascades ne peut espérer répéter cet exploit et maintenir la cadence. Il semble que les chiffres du mois d’avril soient restés robustes mais il y a 3 mois dans un trimestre : combien de temps encore Cascades peut-elle échapper à l’écroulement de l’économie mondiale et à l’ascension vertigineuse du taux de chômage?

Après le succès, l’incertitude

Le second trimestre de 2020 risque d’être passablement plus mitigé pour Cascades. « À l’heure actuelle, nous nous attendons à ce que les résultats du 2e trimestre reflètent à la fois les vents favorables et les vents contraires touchant nos secteurs d’activités, » dixit Mario Plourde. Dans le papier tissu, les résultats seront influencés par la hausse des prix des matières premières soit les prix de la pâte blanche de fibres recyclées, et de l’utilisation accrue de pâte vierge découlant des niveaux plus faibles de matériaux recyclés disponibles.

De plus, facteur à considérer entre tous, la tendance des consommateurs à se constituer des réserves de papiers hygiéniques en réaction à la pandémie de Covid-19 s’atténue. Ensuite, la fermeture d’entreprises risque aussi de priver Cascades de certains revenus. Seule lumière au bout du tunnel : le déconfinement graduel dans plusieurs pays frappés par la COVID-19. Dans le secteur des produits spécialisés, à plus court terme, les résultats reflètent une augmentation de la demande d’emballage pour les produits de consommation, ce qui devrait atténuer le ralentissement de l’emballage de produits industriels. En Europe, le déconfinement graduel devrait faire augmenter légèrement les résultats du carton plat et alimenter la demande, de telle sorte qu’on s’attend à implanter des hausses de prix.

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La prudence est de mise

Cascades aborde l’avenir à court terme avec prudence : ainsi l’entreprise maintient un niveau d’encaisse plus élevé (650M$) en cas de besoin et l’inventaire de fibres recyclées tourne autour de 3-4 semaines, ce qui devrait lui permettre de juguler une éventuelle hausse de prix des fibres recyclées.

De plus, la direction préconise une gestion réfléchie des flux de trésorerie au cours des prochains mois afin de ne pas augmenter la dette corporative. Les investissements en immobilisations vont se situer dans une fourchette de 175-200 millions$ comparativement à 250 millions$ il y a un an. Certains projets, comme la conversion de l’usine Bear Island, se poursuivent au ralenti alors que d’autres, dans le secteur papier tissu, vont de l’avant.

« Nous vivons dans un monde incertain et il est difficile de prévoir l’avenir d’une semaine à l’autre. Mais il demeure une certitude : les produits dits essentiels comptent pour 80% de nos ventes. Le 20% qui reste devrait bénéficier des efforts de déconfinement, lequel ne peut que relancer la dynamique sur les marchés, » conclut M. Plourde.  


Jaclin Ouellet, Journaliste, Le Maître papetier

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