Prix élevés du bois d’œuvre : voici pourquoi

Photo : Archives LMP

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Après trois semaines consécutives à progresser à des niveaux records, les prix du bois d’œuvre de pin jaune du sud (SYP – southern yellow pine) ont encore fait un bond record creusant la marge par rapport à la semaine précédente. A la mi-août, le prix du bois d’oeuvre SYP selon Forest2Market a augmenté de 106$ en seulement une semaine!

Pour bien mettre les chiffres en perspective, disons que le prix du bois d’œuvre composite pour la semaine se terminant le 14 août a atteint les 798$/MBF, soit 39% de plus que le niveau de prix le plus élevé atteint à ce jour, soit 576$/MBF atteint en juin 2018.

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Résultat, la chaîne d’approvisionnement en scierie nord-américaine est sous forte pression; l’industrie produit à pleine capacité alors que les distributeurs et revendeurs mettent la main sur tout ce qui bouge. Cette tendance lourde n’est pas unique aux régions du sud. Les données en provenance de Madison’s Lumber Reporter en Colombie-Britannique, démontre un scénario tout à fait semblable pour les produits de bois d’oeuvre de résineux.

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Un tel prix suscite la question suivante : quels sont les fondements du marché derrière les prix du bois d’œuvre?

  1. Construction résidentielle: Historiquement, la bougie d’allumage des prix du bois d’œuvre a toujours été la construction résidentielle aux États-Unis, laquelle repose sur une chaîne d’approvisionnement bien huilée, sur un flot continu d’exportations (surtout du Canada) ainsi que des quantités importantes de bois d’œuvre fini, de contreplaqué, de panneaux OSB et autres matériaux de construction.
  1. Inventaire de bois d’oeuvre: la capacité du marché à produire du bois d’œuvre est l’autre facteur clé derrière la poussée du prix. Les fabricants doivent être en mesure de fabriquer et de stocker une quantité de produits spécifiques et de grades dans le but de répondre à la demande des chantiers de construction.
Ce qui influence le prix record du bois d’oeuvre maintenant

Les prix du bois d’oeuvre ont récemment atteint des sommets records, mais ces mêmes prix pour la plupart des produits finis de bois d’œuvre ont commencé l’année 2020 bien en deçà du niveau de prix moyen des cinq dernières années. Toutefois, tel que l’illustre Forest2Market avec l’indice composite SYP, les prix ont explosé de 140% depuis le début janvier. Trois facteurs principaux expliquent cette tendance des prix :

  1. Mises en chantier résidentielles plus fortes que prévu et demande innatendue dans le secteur de la rénovation.
  2. Ajustements de la capacité et de la chaîne d’approvisionnement
  3. La spéculation sur le marché qui alimente l’incertitude
Forte demande

Comme on s’y attendait, les mises en chantier résidentielles ont été plongées dans la tourmente par la pandémie de COVID-19. Les mises en chantiers résidentielles ont reculé de 30% en avril pour un taux annualisé de 891 000 unités, bien en deçà de la moyenne du premier trimestre 2020 qui s’établissait à 1,5 million d’unités. Cette forte baisse, on le sait, prenait sa source dans le confinement qui a affecté le marché pendant toute la saison printanière, surtout dans les états américains jugeant la construction comme secteur non essentiel. La construction a cependant rebondi en mai et juin et les mises en chantiers tournent actuellement autour de 1,2 million d’unités.


Malgré cette volatilité dans les mises en chantier, la demande pour les rénovations domiciliaires n’a jamais vraiment ralenti ce printemps, ce qui a pris le marché par surprise. Au cours des derniers mois, les données de Forest2Market démontrent d’une forte demande continue pour le bois d’œuvre de type « decking » de première qualité habituellement vendu par les détaillants plutôt que les grades de construction qui parviennent normalement aux entrepreneurs en construction.


L'Association nationale des constructeurs résidentiels (NAHB – National Association of Homebuilders) et l’Indice RMI confirment la tendance : « Au deuxième trimestre, toutes les composantes et sous-composantes de RMI étaient bien au-dessus des 50 points (tout chiffre de plus de 50 indique que plus de rénovateurs perçoivent le marché de façon positive). L’indice des conditions actuelles (Current Conditions Index) tournait autour de 77, les grands projets de rénovation (50 000$ et plus) avoisinant les 70 points. Les projets entre 20 000$ et 50 000 $ se chiffraient à 78 points alors que les projets de moins de 20 000$ ont atteint le chiffre de 83. »

Ajustements de capacité

Les scieries modernes sont remarquablement efficaces à répondre à la demande du marché et à transformer des billes de bois en planches, et ce en générant très peu de rejets. Elles sont cependant conçues pour atteindre une certaine capacité et maximiser certains taux d’efficacité. Une usine à l’arrêt peut prendre des semaines à redémarrer la production, à ajuster sa chaîne d’approvisionnement et à livrer un produit fini sur le marché.

Lors du pic de la pandémie, plusieurs scieries ont été forcées de couper dans la production, voire de fermer leurs portes, rayant ainsi du jour au lendemain un pan important de capacité pour le marché. Ces manufacturiers capables de continuer à travailler ont donc dû faire face au revirement considérable de la demande. Mais ce qui devait être une dégringolade de la demande s’est transformée en simple baisse de courte durée, grâce à la demande globale du secteur de la rénovation. Lorsque la mi-avril s’est pointée et que la production américaine de bois d’oeuvre eut ralenti, les expéditions canadiennes de bois d’oeuvre vers les États-Unis – qui compte pour un pourcentage significatif de l’approvisionnement – avait suivi la cadence avec un recul de 20%.

Marché spéculatif

Avec la fluctuation de capacité de production, les patrons de la demande ont changé et le secteur de la fabrication de bois d’œuvre devait composer avec une cible mouvante à partir du début du printemps. Pour les acheteurs et revendeurs de produits finis, qui achètent habituellement leurs inventaires plusieurs semaines à l’avance, la situation a créé un sentiment de confusion qui explique un certain comportement de panique. Eux aussi composent avec une cible en mouvement puisqu’ils veulent sécuriser une certaine limite d’inventaires pour garder un avantage compétitif et respecter les cédules de travaux.

Lorsque ce genre de panique s’empare du marché des commodités, on assiste alors à la naissance d’un scénario spéculatif qui fait dévier les prix de façon significative par rapport à leurs valeurs intrinsèques.

Cette combinaison d’événements a créé un écart considérable sur le marché. Même si les producteurs de bois d’œuvre augmentent la cadence et tentent d’ajuster la production en fonction des tendances de la demande, la volatilité risque de demeurer en attendant que la demande et l’approvisionnement se rencontrent et que le marché nord-américain retrouve une certaine stabilité.


Source: Forest2Market


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