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Résister à l'envahisseur

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Le campement qui s'est établi ces dernières semaines près de l'usine AbitibiBowater à Dolbeau-Mistassini, au Lac Saint-Jean, n'est pas sans rappeler le village gaulois d'Astérix et d'Obélix que Goscinny et Uderzo ont popularisé à travers leurs albums de bandes dessinées. Les médias utilisent d'ailleurs abondamment ce parallèle, faisant état du soulèvement des employés de l'usine mais aussi de la population de la ville contre l'envahisseur, AbitibiBowater, qui veut fermer une usine apparemment en bonne santé financière. Si la compagnie va de l'avant avec son projet de fermeture, on promet un coup d'éclat pour sauver les emplois de l'usine.

Derrière cette fronde publique, se cache surtout le désarroi de travailleurs qui ont tout fait, ces dernières années, pour maintenir la bonne santé de l'usine. « J'ai 49 ans, qu'est-ce que je vais faire si ça ferme?, » peut-on entendre sur plusieurs lèvres. Ce même désarroi, il est palpable ces temps-ci à Baie-Comeau, à Beaupré mais aussi à Trois-Rivières ou Kruger a aussi emboîté le pas à la vague de restructuration. Partout, des employés qui avaient fait des concessions ces dernières années (l'industrie papetière n'a pas fait de profit depuis 1996!) se voient dépossédés de leur gagne-pain.

Comment expliquer que la grogne à Dolbeau-Mistassini puisse aller un cran plus loin qu'ailleurs? On pourra toujours souligner au passage le caractère combattif des « Bleuets du Lac Saint-Jean », des gens qui ne s'en laissent pas imposer. J'ai moi-même vérifié sur le terrain la fierté et la détermination des habitants du Lac, mais s'en tenir à ce seul facteur serait trop simpliste. L'usine de Dolbeau-Mistassini est, depuis ses premières années d'existence, un exemple d'efficacité. Domtar Inc., qui a aussi fermé des usines par le passé, y a inculqué une philosophie de gestion très serrée mais aussi une certaine décentralisation des décisions. Cette décentralisation s'est encore accentuée lorsque Domtar a créé Produits forestiers Alliance. Avec Pierre Monahan à sa tête, l'usine de Dolbeau-Mistassini s'est épanouie et a pris les moyens pour assurer sa viabilité à long terme, notamment avec l'ajout d'une nouvelle machine à papier et d'une usine de cogénération d'électricité. C'est d'ailleurs sur un litige avec Boralex, exploitant de l'usine de cogénération, qu'AbitibiBowater justifie la fermeture prolongée actuelle de l'usine.

L'arrivée de Bowater dans le décor au début des années 2000 en a laissé plusieurs perplexes. Le ressentiment de confier les rennes de l'entreprise à des Américains a fait place à de la colère lorsque Bowater a annoncé la fermeture d'une machine à papier à l'usine de Donnacona. La résistance à Dolbeau s'organisait déjà. L'acquisition de Bowater par Abitibi-Consolidated fut la cerise sur le sundae. Comment une entreprise qui gérait déjà la décroissance (interne et de ses marchés) pouvait-elle avaler un compétiteur endetté de la taille de Bowater sans rationaliser dans ses actifs? Cette mauvaise transaction allait d'ailleurs sonner le glas de plusieurs usines. Lorsque AbitibiBowater a fermé l'usine Belgo à Shawinigan en novembre 2007, les travailleurs de Dolbeau savaient que tout était possible. Après tout, Belgo comptait sur de bonnes machines à papier, et surtout sur un atelier de désencrage ultramoderne construit au début des années 90. Cette fermeture a d'ailleurs déclenché une compétition sans précédent entre les usines d'AbitibiBowater, dont l'objectif ultime était d'éviter la fermeture ... Très sain comme environnement de travail, n'est-ce pas?

Au-delà du blocus de routes pour empêcher le bois destiné à l'usine de Dolbeau-Mistassini de sortir de la région, ou de l'occupation pure et simple de l'usine, l'impasse actuelle n'offre pas beaucoup de scénarios de dénouement. On chuchote que Québec pourrait prendre une participation majoritaire dans AbitibiBowater et assurer ainsi sa survie à court et moyen terme. Est-ce là un scénario réaliste lorsque le gouvernement multiplie ces temps-ci les messages d'augmentation des tarifs de ses services parce que ses finances sont dans le trou? Même avec la plus belle détermination gouvernementale, il est peu probable que les contribuables québécois accepteraient de faire les frais de cette opération de sauvetage hautement risquée.

L'autre scénario veut qu'AbitibiBowater vende l'usine au syndicat et aux employés. Si les prétentions syndicales se vérifient (l'usine aurait encaissé un profit de 25 millions$ durant les six premiers mois de 2009) et que les marchés reprennent de la vigueur, cela pourrait s'avérer la meilleure solution. Mais attention : les exemples de reprise d'usine par des travailleurs ne sont pas légions au Québec et les histoires à succès non plus. On n'a qu'à penser à Tripap, dans les années 90, dont le projet (pour toutes sortes de raisons) n'a jamais décollé. Même le Fonds SFK Pâte, à St-Félicien, tire de la patte. L'entreprise, créée en 2002, évolue pourtant dans le marché cyclique mais essentiellement plus lucratif de la pâte commerciale. C'est dire combien il est difficile d'opérer avec succès une usine dans un contexte de restructuration du secteur, de l'internationalisation des marchés et de marasme de l'économie mondiale.

On aime : la présence, pour les deux prochaines années, de Marie Dumontier au poste de directrice adjointe du Programme d'écologisation des pâtes et papiers. Femme d'action s'il en est une, Mme Dumontier a passé les deux dernières années à restructurer l'Association technique des pâtes et papiers du Canada. Nous ne savons pas encore très bien ce que produira ce Programme pour une industrie qui en fait déjà beaucoup du point de vue environnemental, mais Mme Dumontier est certainement hautement qualifiée pour en orienter les tenants et aboutissants, et faire en sorte qu'il ne s'agisse pas d'un autre programme fédéral bidon.

Pas du tout impressionné : Le marché du bois d'œuvre vit la pire crise de son histoire, mais le Canada a quand même exporté trop de bois aux États-Unis, en vertu de l'Accord sur le bois d'œuvre de résineux entre les deux pays, et devra verser 68 millions$ en compensations. Le Canada proposait de verser 47 millions$ mais les Américains ont porté la cause en arbitrage et la Cour internationale de Londres a tranché. Avec un ami et partenaire comme notre voisin américain, qui a besoin d'ennemi??

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