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Pour en finir avec la gestion à court terme

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Ce que j'ai entendu de Kathy Buckman le 1er février dernier était une musique à mes oreilles : la gestion des affaires à court terme perd sérieusement du galon!

C'était pendant le diner de PAPTAC marquant l'ouverture de Paperweek 2011. Cette année l'Association avait eu l'heureuse initiative de stimuler ses convives par des diners conférences avec panélistes invités. La compagnie Buckman, qui commanditait l'événement du 1er février, avait organisé sa conférence autour du thème du développement durable. Le sujet a été traité maintes fois dans le passé, pour ne pas dire galvaudé, adapté à toutes les sauces et modelé selon les campagnes publicitaires et de marketing corporatifs. Je ne m'attendais donc pas à grand-chose de cette démonstration, par ailleurs ponctuée d'un très bon buffet.

Lorsque Kathy Buckman a lancé sa présentation, j'en ai presque échappé ma fourchette : « Il n'y a plus de place pour la gestion à court terme. La durabilité n'est pas une mode mais une valeur que l'industrie doit intégrer. C'est justement la gestion à court terme, d'un trimestre à l'autre, qui nous a touchée de la façon dont on sait depuis 2008. Si nous sommes sérieux à propos de la gestion durable, il nous faut penser à long terme. » Est-il enfin possible qu'un VP quelque part s'ouvre finalement les yeux sur les torts de la gestion trimestrielle au cours des 15-20 dernières années, et pas seulement dans les pâtes et papiers mais dans presque tous les secteurs de l'économie? Mme Buckman persiste et signe : « Il faut changer notre manière de gérer. En fait, nous devons prendre des décisions organisationnelles dans une perspective de planification à long terme, exactement comme nous le faisons avec nos familles. En ce sens, la gestion durable de notre industrie et de nos entreprises n'est pas une destination, mais bien un voyage perpétuel. »

Une petite parenthèse contextuelle est ici nécessaire. Kathy Buckman travaille à partir des États-Unis. Or, bien qu'on entende parler de la profondeur de la crise économique qui sévit chez notre voisin depuis trois ans, on ne soupçonne pas combien celle-ci a marqué et changé les mentalités. Les tenants d'un capitalisme débridés se sont tus, et la tendance populaire est à un retour vers des valeurs plus humaines. De nombreux Américains qui ne juraient que par la maximisation du profit à court terme se sont retrouvés complètement sans le sou. Ils sont aujourd'hui forcés d'admettre que la course effrénée au profit, ça ne marche pas. Ce n'est certes pas la façon de gérer des corporations parce que celles-ci sont bien plus que des chiffres sur un bout de papier. Il ne s'agit pas d'entreprises virtuelles dont le nom et la valeur du titre défilent sur un tableau, mais bien d'entités vivantes, composées d'ouvriers humains qui assurent son bon fonctionnement. C'est cette perspective que les Américains avaient perdue avec la gestion trimestrielle. De plus, si l'actionnariat public permettait aux entreprises de nourrir leurs ambitions expansionnistes et leur appétit pour des capitaux, il favorisait indument une seule classe, soit celle des actionnaires. Au détriment des travailleurs, des partenaires et même de la direction, qui perdait en principe une partie de ses pouvoirs en diluant ou réduisant ses propres parts dans l'entreprise pour faire de la place à des actionnaires qui ne connaissaient rien à l'industrie dans laquelle ils investissaient, leur seul objectif étant de générer plus de valeur (pour les investisseurs).

Finalement, le propos de Kathy Buckman avait surtout quelque chose de rafraîchissant. La culture de la gestion durable chez Buckman date déjà de quelques années, le fabricant de produits chimiques spécialisés ayant été visé très tôt par la conscientisation populaire face à l'empreinte écologique de ses activités. Les Laboratoires Buckman adhère aujourd'hui aux 12 principes de la chimie verte élaborés par l'EPA (Agence américaine de protection de l'environnement). Et elle publicise du mieux qu'elle peut son implication. Mme Buckman trouve d'ailleurs que l'industrie papetière doit mieux vendre ses performances environnementales. « Les papetières ont réduit l'ensemble de leurs émissions atmosphériques de 62% ces 15 dernières années, celles de dioxyde de soufre ont baissé de 70%, et celles de dioxyde d'azote de 43%. Qui se charge de rapporter ces faits en 2011, l'année de la forêt, telle que décrétée par l'Organisation des Nations Unies? »

Jusqu'à maintenant, les principes de gestion durable ont surtout visé les activités d'approvisionnement, de fabrication et de vente (ce qu'on appelle communément la chaîne de produits). S'ils ont déjà changé la façon dont les papetières opèrent leurs activités forestières (biodiversité, fermes forestières, gestion intégrée du paysage), imaginez l'impact de ces principes dans la gestion de la main-d'œuvre! Ceux-ci permettront un jour de considérer cette main-d'œuvre non pas comme une monnaie d'échange de la gestion trimestrielle des activités, mais bien comme un atout et un investissement à long terme que toute entreprise voudra nourrir et protéger. Avec ce que nous avons entendu à Paperweek 2011, tous les espoirs sont permis.

« Le bio-argent ne pousse pas dans les arbres »

A la suite de la conférence de presse de l'Association des produits forestiers du Canada (FPAC) lors de Paperweek 2011, le Financial Post, par la voix du journaliste Terence Corcoran, s'est élevé contre le programme d'écologisation de 1 milliard$ de Ressources naturelles Canada destiné à stimuler les initiatives énergétiques dans l'industrie des pâtes et papiers. Se moquant au passage de la « biorévolution » en cours dans l'industrie des produits forestiers, d'où le titre de l'article daté du 8 février cité plus haut, M. Corcoran décrit cette industrie comme « l'assisté sociale » du gouvernement, abonnée qu'elle serait à son aide financière. Cet article, qui trahit la méconnaissance de l'auteur vis-à-vis les pâtes et papiers, rate sa cible de deux façons : d'abord par un maladroit parallèle avec l'industrie du camionnage, qui poursuit un implacable lobby pour de l'aide financière du gouvernement. Ensuite en ignorant le fait que l'État fédéral appuie historiquement (depuis des décennies) la R&D dans différents domaines. Et n'en déplaise à M. Corcoran, les bioproduits ont le potentiel de révolutionner les activités de l'industrie des produits forestiers. Les projets que Ressources naturelles Canada vient appuyer par sa participation financière sont le fruit de plusieurs années de recherche et d'études de marché. L'implication d'une entreprise comme Domtar et l'engouement généralisé pour la nanocellulose cristalline constituent deux indicateurs du sérieux de ces activités de R&D. Nous sommes loin des divagations de rats de laboratoires que semble dépeindre le Financial Post. D'ailleurs, le programme d'écologisation a été annoncé en 2009 et les fonds ne sont attribués que depuis la fin de 2010. Voilà qui démontre du sérieux de l'initiative. Dommage que M. Corcoran n'ait pas observé la même rigueur avant d'émettre son opinion à l'échelle nationale.


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