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Patrick Moore : l’écologiste pro-coupe forestière

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La dernière conférence de haut niveau offerte aux participants de PaperWeek Canada 2015 était donnée par Patrick Moore un consultant qui se définit lui-même comme écologiste. Il distingue le terme « écologiste » du terme « environnementaliste ». Pour Moore, l'écologiste est le spécialiste de l'écologie et l'environnementaliste serait plutôt associé à l'activiste, au militant. Voilà une distinction d'importance pour le fondateur controversé de Greenpeace. Celui qui est passé de l'action « extrémiste » au conseil en communication pour les grandes entreprises, possède un doctorat en écologie de la faune. Il y a quelques années, il a quitté l'ONG environnementale dont il critiquait les actions et surtout une philosophie qui « se détourne des faits scientifiques au profit de l'émotion et du sensationnalisme ».

Il y a des choses qui ne changent pas. Au début des années 1970, Moore confrontait les baleiniers japonais dans une petite embarcation motorisée. Aujourd'hui, Moore fait encore des vagues. Il affirmait récemment qu'il n'y avait pas de preuve scientifique aux changements climatiques. Plus récemment, alors que Greenpeace discréditait les pratiques de coupes forestières de certaines grandes entreprises canadiennes, Moore, concluait que l'industrie des pâtes et papiers était, au contraire, une entreprise respectueuse de l'environnement, et ceci, « de par sa nature même ».

« L'industrie extractrice la plus durable de la planète »

Dans une entrevue accordée à PaperAdvance, il explique en quoi l'industrie des pâtes et papiers était la plus respectueuse de l'environnement parmi les autres industries « primaires » ainsi que parmi celles « issues de l'extraction de ressources renouvelables ». Il compare en effet l'industrie de l'extraction du bois de l'industrie agroalimentaire terrestre ou marine (aquaculture). La première oblige le remplacement de tout un écosystème, souvent remplacé par des monocultures néfastes pour la biodiversité. « Or cette réalité n'est pas bien connue du public et des décideurs politiques et économiques », déplore-t-il. Il suggère aux industriels du secteur de mettre en commun 1% de leurs budgets pour communiquer cette réalité. L'heure est arrivée, dit-il, de changer les mentalités et d'intensifier la production de bois.

« Au meilleur de nos connaissances, aucune espèce vivante n'a été perdue à cause de la foresterie et les forêts se régénèrent. » Si cette vision des choses est parcellaire, elle est fondée sur des faits indéniables. Certains parleraient d'un sophisme. En effet, c'est la combinaison d'un ensemble d'activités anthropiques qui contribue aux problèmes environnementaux que nous connaissons. La fragmentation des écosystèmes est une menace sérieuse sur la biodiversité. Elle est à l'origine de la disparition d'espèces animales par exemple. Or cette fragmentation est due à l'agriculture, à l'étalement urbain, aux infrastructures de transport ou encore... aux coupes forestières.

Plus de vie dans une forêt coupée que dans un champ de patates

L'argument de Moore sur le caractère durable de l'activité même de coupe forestière est intéressant. Il explique que même dans les cas de coupes à blanc, « pratiquement inexistantes au Canada », des forêts en santé réapparaissent toujours. Cette « résilience écosystémique » joue à l'avantage de l'industrie, car la régénérescence, surtout lorsque planifiée, permet aux espèces végétales et animales de réintroduire ces espaces.

Images à l'appui, il souligne que nous avons tendance à juger de la santé environnementale d'un territoire en fonction de valeurs esthétiques préconçues. Ainsi, « une zone de coupe forestière qui apparaît comme dévastée au plan environnemental est beaucoup plus riche en biodiversité qu'un paysage agricole pastoral auquel nous nous sommes habitués depuis des générations. » Mieux ? Selon Moore, les jeunes forêts, celles qui repoussent demeurent sauvages pendant de nombreuses années avant d'être exploitées à nouveau lorsque matures. Encore mieux ? Une grande proportion des procédés industriels sont devenus écoresponsables et les matériaux produits sont meilleurs pour l'environnement à bien des égards en comparaison à plusieurs autres. L'acier, le ciment ou le plastique nécessitent beaucoup plus d'énergie dans leurs processus de production que le bois.

« Utilisons plus de bois : pour l'environnement »

Patrick Moore reprend une conclusion du 4e rapport de synthèse du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et la résume en six mots : « Cultivez plus d'arbres, utilisez plus de bois » (Grow More Trees - Use More Wood). Dans un langage moins sexy, le GIEC, parle, en effet d'une stratégie à long terme de gestion durable des forêts qui cible le maintient ou l'augmentation des stocks de carbone forestier, tout en produisant un rendement annuel soutenu en bois, en fibres ou en ressources énergétiques issues de la forêt sera la meilleure stratégie d'atténuation des changements climatiques. En parallèle, Moore souligne l'importance de ne pas exploiter ou de « protéger » une proportion importante du territoire forestier. « Mais pas trop » dit-il. Il rappelle qu'une forêt bien gérée a moins de chances de souffrir de feux de forêts ou d'insectes ravageurs.


 

 

 
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