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Vieux papiers : un environnement complexe

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Le papier récupéré est la matière première emblématique chez Cascades. Malheureusement, sa qualité se détériore et sa quantité baisse. Trois experts de Cascades dressent le portrait d'un marché influencé par plusieurs variables – du contenu des bacs bleus à l'humeur de l'économie chinoise.


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La qualité de la matière récupérée était bonne alors que les programmes de recyclage commençaient à s'implanter à la fin des années 1980. Aujourd'hui, la contamination de la matière est devenue un enjeu sérieux pour plusieurs utilisateurs comme Cascades. L'entreprise opère de plus dans un environnement qui s'est complexifié et pourtant, elle profite d'une récente stabilité des prix. Cascades est la première récupératrice de papier au Canada et se positionne comme la 3e plus importante utilisatrice de fibres recyclées et la 5e plus importante récupératrice de vieux papiers en Amérique du Nord.

Trois experts de vision

Vincent Renaud s'intéresse autant aux meilleurs trajets de transport qu'aux prévisions de marché. Directeur du Groupe corporatif des achats de fibres recyclées chez Cascades, sa compréhension du marché est ancrée dans le quotidien. Patrice Clerc, est directeur approvisionnements et services chez Cascades Recovery. Sa vision et ses opinions bien arrêtées n'engagent que lui. Cascades doit être fière d'avoir chez elle un expert qui est aussi un homme de conviction. De son côté, Marie-Ève Chapdelaine possède une vision d'ensemble des enjeux liés à la responsabilité sociale de l'entreprise. Elle supervise notamment la production des rapports de durabilité comme conseillère en développement durable. Récemment, avec Patrice Clerc, elle mettait en place l'initiative « #SuperIlsRécupèrent ». L'idée est de partager les bons coups des entreprises.« Beaucoup de mythes entourent le monde du recyclage et c'est d'autant plus le cas en ce qui concerne les pratiques et méthodes utilisées par l'industrie », soutient-elle.

Le bac bleu entre offre et demande

La fibre recyclée provenant du papier et du carton récupéré est l'un des matériaux les plus largement recyclés au monde. Depuis 1990, les Américains ont recyclé plus d'un milliard de tonnes de fibres et, en seulement deux décennies, le taux de récupération de papier et de carton a plus que doublé. Ce segment de marché avoisine les neuf milliards de dollars. Seulement aux États-Unis, près de 80 % des usines de pâtes et papiers utilisent du recyclé dans leurs processus de fabrication. La fibre recyclée permet des économies de coûts, d'énergie et possède des avantages environnementaux importants. On comprend qu'elle soit tant demandée.

En 2001, Cascades créait le Groupe des achats de fibres recyclées maintenant dirigé par Vincent Renaud qui gère le quotidien des entrées et sorties de matière à grande échelle. Situé en banlieue de Montréal, le groupe est responsable de l'approvisionnement des 21 usines du groupe Cascades. « Nous sommes l'équivalent d'un service à la clientèle pour Cascades même. » Les achats du groupe se font au Québec, en Ontario et aux États-Unis et sont souvent fonction de l'emplacement des usines utilisatrices.

Cascades : top 10 mondial

Selon RISI (2014 Outlook for Global Recovered Paper Markets), en incluant l'Europe, Cascades est aujourd'hui le 10e joueur mondial en matière de consommation de vieux papiers. Notons qu'au haut de la liste, Nine Dragons mène de loin. Elle utilise environ 14 millions de tonnes par année alors que le deuxième plus gros joueur, Lee & Man, a une consommation qui avoisine les 6,5 millions de tonnes. Cascades, consomme, elle, autour de 3 millions de tonnes. Là-dessus, le carton recyclé représente 66 % de ses achats.

Vincent Renaud explique qu'avec la popularité croissante du commerce électronique, de plus en plus de boites de carton sont mises au recyclage dans les bacs des citoyens. « Ceci représente un défi dans la gestion de la chaîne d'approvisionnement pour les recycleurs qui s'approvisionnaient auparavant directement de détaillants dont les déchets étaient moins contaminés ». Pour une entreprise comme Cascades qui est à la fois récupératrice et productrice de cartons ondulés vendus aux géants de la distribution en ligne, cette situation possède des pour et des contre. Les cartons de grade 12 valent plus cher, car ils sont moins contaminés et qu'ils proviennent directement des grands magasins. Le grade 11 vaut entre 10 et 15 $ de moins par tonne métrique. C'est celui que l'on retrouve dans la collective sélective résidentielle. Outre le carton, le « vieux papier » consommé par Cascades représente 8 % de papier journal et 26 % de grades blancs à base de pâte kraft chimiquement blanchie. En 2014, 2,6 millions de tonnes courtes de fibres recyclées ont été intégrées aux produits de Cascades. Ces fibres recyclées comptent pour 80 % de sa consommation de fibres et de pâte.


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Survol du marché

Tous les fournisseurs de papier récupéré sont basés en Amérique du Nord ou en Europe. À ce sujet, il est intéressant de noter que Cascades se trouve à la fois en tête des utilisateurs et des consommateurs mondiaux. Le modèle n'est pas si commun. Seuls SKG et DS Smith se positionnent, chez les grands, dans les deux catégories.

En plus d'un taux de change qui la favorise, Cascades profite du coût stable du vieux papier; du jamais vu depuis près de quinze ans. Le carton à 85 $ US la tonne est un bon exemple explique Vincent Renaud. Quand il est arrivé chez Cascades il y a près de trois ans, le prix était de 130 $ la tonne. La Chine qui subit un ralentissement économique influe moins sur le cours de la matière. Même les périodes de basses et de hautes générations de matières n'ont pas influé sur les coûts et Cascades ne prévoit aucun changement dans un avenir proche.

Parmi les facteurs qui influencent le marché, on compte l'arrivée des produits électroniques comme les tablettes. Depuis les cinq dernières années, on observe une baisse annuelle de 5 % dans l'utilisation de papier. Cette baisse continuera au même rythme pendant cinq ans. Sur dix ans, ce sera près de la moitié de la consommation de papier qui aura été coupée. Pour les récupérateurs, ceci implique une dilution de la qualité autant qu'une baisse de quantité.

« Contrairement à l'aluminium, la fibre ne se recycle pas à l'infini » souligne madame Chapdelaine. Patrice Clerc renchérit : « il faudra toujours de la fibre vierge car chaque fois que l'on recycle, on scinde la fibre ce qui exige d'en ajouter de la neuve pour obtenir la résistance voulue ». Selon le grade du papier, il y aurait une perte de 10 à 30 % de la fibre à chaque fois que l'on recycle.


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La réponse n'est pas seulement dans le bac

Quels sont les impacts de la campagne de sensibilisation « #SuperIlsRécupèrent » sur l'industrie? Est-ce que l'on va aller chercher du tonnage avec un hashtag ? « La question est mal posée répond madame Chapdelaine avec le sourire. Le hashtag ne modifiera pas le tonnage par magie, mais nous croyons que c'est en modifiant les modes de recyclage que nous pourrons nous diriger vers de meilleures performances dans le secteur ». La conseillère considère « qu'il est nécessaire que les acteurs de la récupération et du recyclage comme Cascades maintiennent leur effort de sensibilisation et ajoute : face à l'ampleur de cette tâche, nous ne pouvons pas laisser les organisations comme Recyc-Québec agir seules ».

Bien entendu, plus il y a de la matière au recyclage plus c'est à l'avantage de l'entreprise. Patrice Clerc précise : « il faudra prévoir des systèmes de tri plus modernes pour pouvoir séparer cette matière correctement sinon, Cascades, comme d'autres, ne sera plus en mesure de la consommer ». Ceci devra signifier des investissements importants dans des centres de tri qui pourraient alors séparer les différents types de fibres plus efficacement. Le papier de bureau, le carton plat et le journal sont des matières qui peuvent être recyclées assez facilement, mais il n'en va pas de même pour chaque type de vieux papier et ceci ne comprend pas la contamination avec le verre brisé qui est très dommageable.

Globalement, on parle d'une hausse dans la collecte de vieux papiers de 1,3 % entre 2011 et 2013. Comment expliquer ce chiffre? « C'est dû aux taux de recyclage qui sont déjà très hauts », explique Patrice Clerc. Il faut dire que le papier est l'une des premières matières à avoir été récupérée dans les processus industriels au sein des pays de l'OCDE. Au Canada, le taux de recyclage serait de 70 % selon l'Association des produits forestiers du Canada. C'est un taux plus élevé que la moyenne mondiale de 58 %. Au Québec, la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles prévoit le recyclage d'ici la fin de l'année, de 70 % du papier et du carton. Il s'agit d'un objectif qui laisse perplexe quand on sait que ce taux était déjà de 70,8 % il y a cinq ans. Facteur atténuant ; la consommation de papier diminue ici comme ailleurs.


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Taux de recyclage ou taux de réutilisation?

« Attention aux chiffres » prévient Patrice Clerc. En effet, ce n'est pas 70 % de la matière qui est réutilisée pour fabriquer de nouveaux produits. Si 50 ou 60 % de ces 70 % sortent du pays, ça ne va pas créer des entreprises canadiennes bien fortes. Il y a pire, soutient l'expert ; « lorsque les produits nous reviennent, ils ont souvent subi des traitements chimiques que nous avons du mal à contrecarrer dans nos processus industriels ».

L'utilisation sans discernement des termes « taux de recyclage » et «taux de récupération » génère de la confusion. « Au Québec, on parle de quantité de matériaux que l'on envoie à la récupération et non de celle qui est réutilisée/recyclée. » Or, toujours selon monsieur Clerc, le plus grand facteur de réussite d'un taux élevé de récupération d'une matière reste la faculté qu'a l'industrie à l'utiliser. Pour lui, l'importance que nous accordons aux taux de récupération favorise un désintéressement par rapport à la réutilisation. « Il faut repenser notre modèle pour y incorporer l'industrie utilisatrice. » Ce que l'expert préconise ? Une collaboration solide entre les deux secteurs. « Sans lien entre utilisateurs et fournisseurs, nous serons à la merci des fluctuations des marchés extérieurs. »

Chez Cascades, environ 20 % des fibres blanches recyclées qui sont consommées proviennent du Québec. Le reste provient du papier mixte dont la majeure partie est inutilisable. Ce vieux papier est donc vendu à l'étranger. « Nous en prendrions plus rétorquent Vincent Renaud et Patrice Clerc, mais la ressource n'est tout simplement pas disponible en assez bonne qualité. » On estime dans certains milieux politiques que la récupération du papier et du carton est optimisée au Québec. Or aujourd'hui, 500 000 tonnes de papier et de cartons roulent encore vers le dépotoir. Ceci représente presque la consommation annuelle de la nouvelle usine Greenpac de Cascades.


 

 
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