Accueil Blogues Mathieu Régnier 50e d’Expo 67 : aucune nostalgie pour l’industrie de la forêt

50e d’Expo 67 : aucune nostalgie pour l’industrie de la forêt

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Le pavillon de l'Industrie des pâtes et papiers d'Expo 67 était l'un des pavillons les plus emblématiques de l'exposition universelle. 50 ans plus tard : retour nostalgique tourné vers l'avenir.

Pour le pavillon de l'Association canadienne des pâtes et papiers (CPPA), ancêtre de l'Association des produits forestiers du Canada (APFC), l'architecte Peter M. Acres et le designer William Kissiloff avaient imaginé un toit formé d'une cinquantaine de pyramides avec différents teints de vert pour évoquer une forêt de conifères. Le CPPA s'est servi du pavillon comme outil de promotion et de marketing tout en garantissant une vocation éducative incontournable pour respecter l'esprit de l'exposition universelle. Son thème ? L'une des plus importantes ressources naturelles canadiennes : la forêt et l'ensemble de ses produits dérivés.

Beauté et utilité

Le thème du pavillon était « Beauté et utilité de la forêt ». Ces sujets étaient traités dans quatre sections du pavillon. Le premier espace offrait au visiteur une expérience sonore accompagnée d'animations projetées sur les murs où se démenaient quelques acteurs. Cette section devait rappeler l'importance des forêts dans l'imaginaire collectif en évoquant des légendes issues de l'univers des forêts à travers le monde. Les acteurs abordaient l'histoire de l'industrie. Pour l'époque, l'installation était considérée très évoluée au plan technologique. Ceci s'accompagnait parfois de petits ennuis techniques que les acteurs devaient affronter en improvisant. Le deuxième espace était un théâtre avec des murs qui ressemblaient à des rouleaux de papier géants. On y apprenait l'histoire du papier. L'espace suivant décrivait l'impact économique de l'industrie au Canada et, juste avant de sortir du site, Lab 67, un immense jeu-questionnaire scientifique, présentait les différents aspects chimiques qui entrent dans la composition du papier y compris ses utilisations futures infinies. C'est aussi à cet endroit que l'on donnait des démonstrations de fabrication artisanale de papier.

Il n'y avait que quelques pavillons parrainés par l'industrie lors d'Expo 67. Parmi ceux-ci, et outre le pavillon qui nous intéresse, le pavillon de l'industrie chimique, le pavillon de l'acier (qui faisait ombrage à celui des pâtes et papiers selon le lieu où se situait le visiteur), le pavillon « polymère » (de l'entreprise Polymer Corporation), le pavillon des brasseries commandité par l'Association des Brasseries du Canada. En comparaison, à l'Exposition de Vancouver de 1986, aucun pavillon de groupe industriel n'était présent malgré une bonne quantité de pavillons commandités comme ceux de VIA Rail, General Motors ou de Telecom Canada.

Exercice de marketing et de sensibilisation

Montréal abritait alors les sièges sociaux des principaux fabricants de papier en Amérique du Nord. Les dirigeants de l'industrie ne pouvaient de toute évidence pas laisser passer l'opportunité d'avoir une telle présence à la foire mondiale. Par ailleurs, en 1967, l'industrie des pâtes et papiers était la plus importante au Canada. Aujourd'hui ce serait l'industrie immobilière.

On raconte que le CPPA était très pointilleux sur le contenu des messages communiqués au pavillon et que les responsables étaient même très impliqués dans la direction artistique. Il fallait démontrer l'importance de l'industrie pour le monde entier et peut-être aussi vendre un peu de pâte à l'étranger ! Chose certaine, on pouvait très bien voir les cônes verts du pavillon des États-Unis, l'immense dôme géodésique qui abrite désormais la Biosphère, un musée de l'environnement. Ces jours-ci, ce musée, comme plusieurs à Montréal, font un clin d'œil au cinquantième de l'exposition. Dans Écho 67, le musée porte un regard sur l'héritage environnemental et culturel de l'événement.

Imaginons un pavillon des produits forestiers...

50 ans plus tard, comment concevrait-on un tel pavillon?? La relation de l'homme avec le papier a certainement évolué et, à l'image de l'APFC, il est possible que le pavillon ait plutôt été celui des « produits forestiers ». Parions que l'APFC – qui n'a pas pu nous répondre ces dernières semaines pour jouer le jeu de la prospective – aurait même ajouté le concept de bioproduit au nom officiel du site.

... aujourd'hui

Les scénaristes de ce pavillon imaginaire d'Expo 2017 s'en seraient donné à cœur joie en posant les jalons contemporains de l'innovation industrielle propre au domaine. On aurait certainement parlé de papier, hier comme aujourd'hui, il s'agit de l'outil principal pour enregistrer la pensée de l'homme. Si Antoine de Saint-Exupéry avait eu à écrire « Terre des hommes » cette année, il est probable qu'il ait utilisé un ordinateur, mais ses lecteurs auraient, très majoritairement, préféré lire son texte dans un livre.

Tenant pour acquis que le mandat de l'exposition de 2017 serait, comme il y a cinquante ans, de raconter l'histoire des découvertes de l'homme sur le monde physique et sa volonté de le découvrir et de le comprendre, il est aussi possible que le pavillon des produits forestiers ait été combiné au pavillon sur le polymère et presque certain qu'il ait été combiné à celui de l'industrie chimique.

Imaginer 2067

Cette vision nostalgique du succès de l'industrie il y a 50 ans ne serait pas complète sans se projeter dans l'avenir. On aurait parlé des produits de 2067 pour faire rêver. Il est proche le temps où fibres et résines utilisées pour fabriquer les avions proviendront de la biomasse forestière et que, pour voler, les American Airlines, Lufthansa ou Air China, brûleront du carburant provenant des mêmes forêts. Si l'industrie était canadienne en 1967 et l'est encore en grande partie en 2017, elle deviendra probablement mondiale dans cinquante ans. Pensons, pour l'expliquer à sa nature fortement concurrentielle et aux nécessités de l'intégration horizontale. L'économie de la forêt de 2067 sera probablement fusionnée à celle des nouveaux matériaux, des énergies propres ou des produits chimiques de nouvelle génération.

Outre les progrès industriels scientifiques et technologiques présentés dans ce pavillon imaginaire de 2017, il y aurait eu une très importante place d'accordée au développement durable et à la responsabilité sociale des entreprises. On aurait parlé de forêts certifiées autant que de bioraffinage, de cosmétiques, de lignine comme substrat pour les imprimantes 3D ou de filaments de cellulose. D'accord, on aurait aussi rappelé que le Canada exporte 9,5 milliards de dollars en papier, 7,6 milliards en pâte et 17,5 milliards en bois. Enfin, autre supposition, les designers s'inspireraient de la fibre pour concevoir le toit et non des épinettes. Les architectes eux, n'utiliseraient cette fois que du bois ; même pour les plus hautes structures du pavillon.

Pour les nostalgiques...

  • L'APFC se replonge dans les archives d'Expo 1967.
  • Un designer montréalais vend des t-shirts dont le design est inspiré de notre pavillon préféré : Pierre-Luc Bouthiller.
  • Retourner voir le site d'Expo 67 cet été. Commencez en visitant Echo 67.

Ce qu'un anniversaire comme celui d'Expo 67 permet c'est une projection vers l'avant. Si l'on rêvait de tel ou tel produit il y a cinquante ans, qu'osons-nous rêver aujourd'hui ? Les directions prises par l'industrie en si peu de temps auraient été inouïes à l'époque. Le Lab 67 du pavillon des pâtes et papiers proposait de considérer le rôle de la chimie dans la fabrication du papier. C'est sous forme de tours de magie que l'on présentait les propriétés particulières de la cellulose. Aujourd'hui, on n'oserait jamais parler de telles sorcelleries, car la cellulose sert déjà à bien d'autres choses que la production de feuilles de papier.


 
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