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Suzanne Blanchet, Cascades Groupe Tissu

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Cascades Groupe Tissu: un petit joueur qui voit grand

Le 4e producteur en Amérique du Nord poursuit son essor avec un investissement de 30M$

Depuis janvier dernier, Cascades Groupe Tissu s'enorgueillit d'exploiter la machine à papier tissu « la plus verte » d'Amérique du Nord à son usine québécoise de Candiac.

Grâce à un investissement global de 30 M$ et à une contribution financière de 4,9 M$ d'Investissement Québec, Cascades Groupe Tissu compte, depuis octobre 2010, sur la technologie Atmos, du fournisseur Voith, pour réduire son empreinte environnementale (notamment en consommant moins d'eau fraiche lors des opérations de production et en utilisant de la fibre recyclée dans une proportion de 60%) et investir la niche des produits haut de gamme avec un tout nouveau Cascades EnviroMD Ultra.

« A l'instar de notre gamme de produits Premium, qui représente 30% du marché, Ultra s'adresse à un segment de marché d'environ 10%. C'est un papier aux caractéristiques de douceur nettement améliorées, qui coûte plus cher à produire en terme de temps machine mais qui permet des économies énergétiques comparativement au papier traditionnel, tout en exigeant moins d'ajout de produits chimiques, » explique la PDG de Cascades Groupe Tissu, Suzanne Blanchet. « De plus, nous atteignons ces caractéristiques avec un apport important en fibres recyclées, contrairement à la concurrence qui fabrique du papier hygiénique de qualité Ultra avec des fibres vierges. »

Croissance accélérée

Mme Blanchet, qui accueillait Le Maître papetier à son bureau de Candiac le 29 avril dernier malgré un horaire fort chargé, est le catalyseur de l'expansion accélérée de Cascades Groupe Tissu, particulièrement depuis l'acquisition de Papiers Perkins par Cascades en 1995.

Forte d'une formation en comptabilité de l'Université du Québec à Trois-Rivières, Suzanne Blanchet a fait ses débuts chez Cascades en 1978. Un an après son arrivée, elle était nommée contrôleur chez Industries Cascades, une usine spécialisée dans la confection de papier tissu. Elle en deviendra la directrice générale en 1985.

Après avoir quadruplé le chiffre de ventes du Groupe Tissu, Mme Blanchet organise l'expansion de Cascades aux États-Unis avec l'acquisition d'une première compagnie américaine. Elle a aussi contribué activement à l'entrée de Cascades sur le marché du détail en 1992, un secteur marqué par une vive compétition.

À la suite de l'acquisition de Papiers Perkins, Suzanne Blanchet devient Vice-présidente exécutive, dotée d'un mandat visant à accroître la profitabilité de l'entreprise. En 1997, elle devient PDG de Papiers Perkins, ce qui en fait l'une des rares femmes à occuper un poste stratégique au sein d'une multinationale.

Aujourd'hui, Cascades Groupe Tissu compte globalement 18 usines sur le continent nord-américain (8 au Canada, dont le siège social de Candiac et 10 aux États-Unis). Avec une production de 263 000 tonnes courtes en 2010, Cascades Groupe Tissu est le deuxième joueur en importance au Canada (32% du marché) derrière Kruger (37% du marché). Du point de vue capacité de production, en Amérique du Nord, Cascades Groupe Tissu (595 000 tonnes) n'est devancée que par Procter & Gamble (1,3 million de tonnes), Kimberly-Clark (1,5 million de tonnes) et Georgia-Pacific (2,4 millions de tonnes). Mme Blanchet dirige un réseau d'usines comptant environ 2000 employés et affichant un chiffre d'affaires de 858 M$, soit 22% du chiffre d'affaires global de Cascades l'an dernier (3,959 G$).

Le TAD équivalent

Suzanne-Blanchet-photo3Pour son projet de mise à niveau de machine, un projet de type « fast track » qui n'a pris que 9 mois à réaliser (voir texte supplémentaire sur le déroulement du projet), Cascades Groupe Tissu a jeté son dévolu sur l'équipementier Voith et sa technologie Atmos. Il s'agit d'une première nord-américaine puisque le seul autre papetier à faire appel à cette nouvelle technologie de fabrication se trouve au Chili. Contrairement à ses concurrents, Cascades n'a pas opté pour un procédé TAD (Through-air-dried) authentique mais plutôt pour ce qu'il est convenu d'appeler un procédé TAD équivalent ou TADe.

« Le procédé TAD est utilisé par la plupart des papetiers dans la confection de papier tissu haut de gamme, mais chacun a ses variations : Georgia-Pacific fait appel au eTAD, alors que Kimberly-Clark nomme son procédé de fabrication le UCTAD (pour uncreped TAD), explique Mme Blanchet. Il s'agit de la même technologie apprêtée à la sauce maison! Ici nous avons opté pour un procédé TAD hybride, fonctionnant à basse vélocité et température, qui permet de produire une feuille de tissu très structurée. Un procédé de fabrication conventionnel repose en grande partie sur moulage de la feuille de papier tissu, alors qu'Atmos agit sur le bout sec de la machine et permet d'atteindre une siccité plus élevée de la feuille aux presses grâce à l'influx d'air chaud et à l'aspiration que procure le système. Le procédé hybride Atmos permet en outre de produire du papier tissu de façon conventionnelle. C'est une flexibilité appréciée qui permet de passer d'un grade à l'autre plus facilement. » Si le projet est venu insuffler une deuxième vie à la machine à papier actuelle, cela est aussi venu conforter les emplois de l'usine et assurer la compétitivité à long terme de celle-ci.

Mais pourquoi produire du haut de gamme dans le papier hygiénique et le papier essuie-tout, alors qu'on compose avant tout avec des produits de commodité? Et qu'entend-on par haut de gamme finalement? « Tout simplement parce que c'est la tendance du marché », répond Mme Blanchet. « Procter & Gamble a initié la tendance il y a 15 ans avec son papier Bounty très absorbant et dont la structure n'est pas facilement altérée par les liquides. Puis, est arrivé le papier hygiénique Charmin qui a aussi établi un nouveau standard. En général, le papier tissu haut de gamme est plus doux, plus épais et plus bouffant, il absorbe donc mieux. La demande pour ces produits est réelle, et nous voulions rapidement profiter de cette tendance pour investir le marché, tout en améliorant nos performances et notre gamme de produits. » Ces produits sont destinés au marché du détail (2/3) ainsi qu'aux institutions, comme les tours à bureaux et les hôtels (1/3). Contrairement au marché du détail, en croissante robuste, le marché Hors foyer connait une croissance moins rapide mais stable.

Défis présents et futurs

Cascades Groupe Tissu n'en est pas à un défi près. La compagnie relève déjà celui de l'environnement, grâce à l'utilisation de fibres recyclées dans ses produits et d'une consommation d'eau en baisse constante. En 2010, la compagnie Cascades a utilisé en moyenne 12,4 m3 d'eau par tonne métrique de papier produit, soit cinq fois moins que la moyenne de l'industrie papetière canadienne pour la même période (60 m3). Cascades Groupe Tissu a récemment souligné la contribution de 23 clients et distributeurs du segment Hors foyer dont les achats de près de 1 million de caisses de papier tissu fait de fibres recyclées à 100% ont permis d'économiser 580 684 397 litres d'eau l'an dernier, ce qui correspond à la capacité de 232 piscines olympiques. Cascades a choisi cette année la gestion de l'eau pour illustrer sa contribution environnementale parce qu'elle se classe parmi les dix plus importantes préoccupations liées aux décisions d'achat des organisations (sa clientèle). De plus, Suzanne Blanchet confirme que le plan de développement durable 2010-2012 de Cascades prévoit une réduction supplémentaire de la consommation d'eau au cours des deux prochaines années.

Si l'environnement est une variable relativement facile à contrôler, il en va autrement du coût de la fibre et de la valeur du dollar canadien. Lorsqu'on demande à Suzanne Blanchet quelle variable fait le plus mal à l'entreprise ces temps-ci, elle pointe du doigt sans trop hésiter le coût des fibres recyclées, qui flirte avec les 300$ la tonne alors qu'il était autour de 125$ il y a deux ans. « Le dollar canadien plus robuste permet en fait aux Américains d'entrer plus facilement leurs produits au Canada. Nous devons donc composer avec cette compétition supplémentaire. Pour ce qui est de nos ventes aux États-Unis, le dollar fort nous touche moins car nous y sommes plus producteur qu'exportateur. » Mme Blanchet ajoute que la récente augmentation de prix du papier tissu annoncée par le marché devrait contribuer à mieux juguler ces fluctuations de coûts.

Quant aux défis futurs, Suzanne Blanchet demeure discrète sur ses visées à moyen ou long terme. « Nous allons d'abord maximiser l'utilisation de la machine à papier nouvellement modernisée. Ensuite il serait intéressant de disposer d'une deuxième machine Atmos. Le moment et l'endroit restent à déterminer, » ajoute-t-elle. L'entreprise explore par ailleurs du côté des nouveaux produits. Ce fut notamment le cas en 2010 avec son papier essuie-main antibactérien IntelligentMC de Cascades. Lancé après la période de vaccination contre la grippe H1N1, le produit connaît un départ lent. « Il reste un travail d'éducation à faire, avoue Mme Blanchet, notamment dans le milieu de la santé, qui utilise surtout les gels alcoolisés. Or l'agent désinfectant qui s'y trouve, l'alcool, s'évapore, ce qui n'est pas le cas pour le papier antibactérien de Cascades qui a une rémanence de 30 minutes. Il est maintenant disponible pour le marché de consommation sous la marque Cascades DefensiaMC»

L'expansion de l'entreprise passera-t-elle par d'autres acquisitions d'entreprises et à quel endroit? « Cascades est présent ailleurs dans le monde et cette présence pourrait s'accroître. Nous regardons pour notre part en Amérique du Sud, notamment au Brésil, où il se passe des choses intéressantes. Mais nous ne faisons qu'observer pour le moment, » conclut-elle.

Technologie TADe : un succès d'implantation en seulement 9 mois

Lorsque le premier rouleau de papier essuie-tout TADe est sorti de la machine à papier de l'usine de Candiac en novembre 2010, il n'y avait que neuf mois que le projet de modernisation avait été enclenché.

Voulant capitaliser le plus rapidement possible sur la tendance des produits haut de gamme, Cascades Papier Tissu s'est engagé dans un projet « fast track » qui n'était pas forcément facile. Suite à l'entente avec le fournisseur Voith, en novembre 2009, l'usine a procédé à un premier arrêt de production de 33 jours en août 2010, dans le but de procéder à l'installation des équipements. La machine démarre en mode conventionnel le 10 septembre 2010, pour s'arrêter de nouveau pendant sept jours en octobre. Le premier rouleau d'essuie-tout TADe est produit le 31 octobre, puis le premier rouleau de papier hygiénique moins de deux mois plus tard.

L'échéancier serré aura été mis à l'épreuve en août 2010 lors du lock-out des débardeurs au Port de Montréal. L'équipement de la machine s'est retrouvé bloqué au port par le conflit pendant quelques jours.

À l'usine, l'étendue des travaux à réaliser était considérable. Même si on parle d'une modernisation de machine, une bonne partie de ses composantes ont été remplacées. « Nous avons récupéré des docteurs, des douches, le ramasse-pâte (save-all), le bout humide ainsi que la presse, le Yankee et les hottes. Tout le reste a été modernisé, y compris la section enroulage qui a reçu un nouveau Master Reel, » explique Jean-David Tardif, directeur de l'usine de Candiac depuis quatre ans et gestionnaire sur l'équipe du projet de modernisation. « Par contre la pâte passe maintenant par une nouvelle caisse d'arrivée qui fonctionne par moulage humide, ce qui se traduit par une feuille plus structurée dans la section des presses. »

« Les plus gros changements se retrouvent au niveau de l'aspiration (des pompes à vide ont été ajoutées), et du nombre de rouleaux et de douches. Sur l'Atmos on en retrouve 2,5 fois plus que sur une machine conventionnelle, » poursuit M. Tardif. « Avec des contraintes d'espace assez sérieuses en terme de longueur de machine, il a fallu faire appel à un design plus vertical, de sorte qu'une section de presse se retrouve à l'étage inférieur de l'usine. « Le résultat est un taux de siccité plus élevé aux presses à plus grande vitesse. Et le papier produit a toutes les caractéristiques de douceur et d'absorption d'un papier de qualité Ultra. »

Dans le cadre du projet de modernisation, la ligne de conversion B de l'usine de Candiac recevra en juillet prochain une cure de 1,5 M$ ainsi qu'un robot emballeur pour en améliorer la vitesse et la flexibilité, surtout pour la préparation des produits haut de gamme vendus aux États-Unis. « Depuis l'acquisition d'Atlantic Packaging il y a deux ans, et avec la conclusion du projet de machine TADe, Candiac voit sa vocation de plus en plus axée sur la fabrication de produits haut de gamme, » conclut M. Tardif.

 

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