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Trois questions à Luc Bouthillier sur les marchés d'exportation du bois

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Depuis plus d'un an, l'industrie forestière canadienne fait face à l'imposition de droits compensateurs sur le bois d'œuvre exporté aux États-Unis, sans parler d'une taxe antidumping. La mise en vigueur d'un nouvel accord commercial avec le gouvernement américain n'a pas mis fin à ces frais. Soucieux d'aider à mieux vendre ce produit, le gouvernement fédéral vient d'annoncer un financement de 700 000 dollars pour aider les exportations vers d'autres pays. Une initiative intéressante selon Luc Bouthillier, professeur au Département des sciences du bois et de la forêt.

Quel impact aura le coup de pouce financier du gouvernement fédéral sur le Bureau de promotion des produits du bois du Québec (QWEB)?

Depuis plus d'une vingtaine d'années, cet organisme cherche des marchés d'exportation vers d'autres pays que les États-Unis. J'ai participé récemment à une mission au Japon. D'autres ont lieu régulièrement en Europe et même en Turquie. Même si les coûts d'exportation restent élevés vers ce genre de destination, cela pousse les entrepreneurs canadiens à produire mieux. Le QWEB a ainsi conçu une stratégie pour vendre des produits à valeur ajoutée, pas de simples «deux par quatre». Ils cherchent aussi à développer la bioénergie. Il y a vraiment un marché à saisir pour les scieries, qui se retrouvent avec des surplus autrefois utilisés par l'industrie des pâtes et papiers. L'avenir, c'est peut-être d'approvisionner les centrales électriques en Angleterre, qui utilisent des granulés de bois provenant de copeaux. Dans ce contexte, l'aide gouvernementale peut aider les industriels à prospecter de nouveaux débouchés et à faciliter la signature de contrats.

Comment l'industrie du bois fait-elle face à l'imposition de taxes d'importation du bois d'œuvre vers les États-Unis?

Lorsque ces droits compensateurs sont entrés en vigueur, les prix de vente étaient très intéressants, soit environ 750 dollars américains pour 1 000 pieds de planche. Sans compter de l'avantage que constituait le taux de change. N'oublions pas que les coûts de production sont en dollars canadiens, tandis que les revenus sont en dollars américains, soit 30% de plus. Souvenez-vous qu'en 2007, durant la crise de l'industrie forestière, la même quantité de bois se vendait seulement 250 dollars, avec un taux de change égal du dollar américain et canadien. Cependant, depuis quelques mois, les prix sur le marché aux États-Unis ont beaucoup diminué. La construction domiciliaire a ralenti et de nouveaux joueurs venus du Chili, d'Allemagne et de la Suède font leur apparition. Par conséquent, les producteurs canadiens ne peuvent plus passer toute la facture au consommateur américain. Ils doivent assumer une partie de la taxe. Actuellement, l'industrie continue quand même à faire des profits, car le prix de 500 dollars pour 1 000 pieds de planche correspond au double des frais de production. Cependant, le climat actuel de guerre commerciale avec les États-Unis devrait pousser les producteurs canadiens de bois à diversifier leurs marchés d'exportation. Cela fait 30 ans qu'on en parle, il est temps que cela se fasse!

Avez-vous des exemples de pays qui ont réussi à diversifier leurs exportations?

On peut penser aux Finlandais qui exportent vers le Nord de la Chine des systèmes de construction en bois, soit des composantes de murs, de toits et de planchers de maisons. Ils établissent aussi des partenariats avec des universités sur place afin d'enseigner l'ingénierie du bois à la finlandaise. Cela constitue une stratégie commerciale assez imbattable. Les autres pays producteurs de bois d'œuvre, comme l'Allemagne, l'Autriche et la Suède misent sur des exportations de produits à valeur ajoutée, soit des produits fabriqués en bois. C'est la direction à prendre. Depuis 2012, la Charte du bois du Québec fait la promotion de panneaux de lamellés croisés et de poutres en lamellés collés. Il s'agit de modules de construction, bien différents des pièces de bois à assembler sur les chantiers. Plusieurs entreprises de ce type s'ouvrent, et même un des gros acteurs de l'industrie du bois d'œuvre, Maibec, se concentre aujourd'hui sur les produits de finition. Le Québec a pas mal de retard comparé à la Finlande. Mais il a pris une longueur d'avance par rapport à des provinces comme l'Ontario ou la Colombie-Britannique. À titre d'exemple, les Japonais apprécient certains panneaux de bois d'érable piqués par une bactérie dont ils font des tablettes, des parements sur les murs intérieurs ou des bols. C'est vraiment un produit de niche.

Source : Le Fil (Université Laval)

 
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